RÉFÉRENDUM SUR L’AVENIR DU QUÉBEC

RÉFÉRENDUM SUR L’AVENIR DU QUéBEC

Le bateau péquiste commence à tanguer

Nestor Turcotte
Matane
aristote@ma.cgocable.ca

La boussole est un instrument qui indique le nord magnétique à l’aide d’une aiguille aimantée mobile, fixée au centre d’un cadran. Le chasseur avisé la porte constamment sur lui; le navigateur ne part jamais en mer sans l’emporter. Celui qui n’en a pas, regarde la marche du soleil pour fixer son orientation et guider ses pas perdus en contrée isolée. Dans la nuit noire, l’étoile polaire lui sert souvent de repère pour se retrouver.

Le Parti québécois – ou ce qu’il en reste – aurait besoin, à ce moment-ci, d’une bonne boussole, d’un regard vers le soleil qui progresse et monte dans le firmament, d’une étoile polaire pour l’orienter. Le Parti a véritablement perdu le nord, et, s’il y a encore une boussole sur son embarcation agitée, l’aiguille est tellement affolée, qu’il ne sait plus dans quelle direction avancée. Bref, il est prêt à tout sacrifier, même la boussole qui lui indique où est le nord, afin de rester sur le pont du navire du pouvoir, avec plus ou moins de gouvernail, vous l’aurez sans doute remarqué.

François Gendron vient de nous donner, il y a quelques jours, une démonstration non équivoque que son parti politique n’a plus aucune boussole. Le parti dans lequel il milite toujours semble prêt à prendre n’importe quelle direction, pourvu que le pouvoir ne lui glisse pas entre les mains, le jour des élections annoncées.

Le Parti québécois, faut-il le rappeler, a été fondé pour réaliser l’indépendance du Québec. C’était l’étoile polaire qui guidait les navigateurs embarqués dans cette aventure lorsqu’elle fût lancée en octobre 1968. Rien ne pouvait être accompli d’une façon satisfaisante, tant au point de vue économique, social et politique, sans cet instrument indispensable convoité. A partir de 1976, le Parti québécois a commencé à perdre de vue ce point fixe, ce point d’attraction qui unissait tous les volontaires de la cause de la souveraineté. René Lévesque, sous l’influence de Claude Morin, nous promettait à l’époque «un bon gouvernement» dans le régime fédéral que l’équipage condamnait depuis tant d’années. Ce qui était tout le contraire du discours original, lorsque nous avions pris la mer ensemble, à la fin de 1968, tous unis et serrés dans la cordée. A partir de cette date, on a commencé à aimer le pouvoir plus que l’indépendance, comme vous avez pu le constater. Le prise du pouvoir devait permettre la réalisation de l’indépendance et devait permettre de la réaliser plus facilement et plus rapidement. Or, il s’est avéré, à l’expérience, que le pouvoir ne pouvait pas conduire le peuple à l’indépendance, parce que ceux qui s’en étaient emparés avaient pris le goût de le garder, même au détriment de la cause, de l’étoile polaire qui devait les guider, pour laquelle l’équipage continuait de ramer.

Le référendum de 1980 fut la première fumisterie, la tentative d ‘une libération déguisée. Au lieu de faire un référendum sur l’indépendance du Québec, René Lévesque s’était contenté de demander au peuple québécois un mandat pour négocier la souveraineté-association. Le bateau fut alors vite mis en pièces par l’armada fédérale, il faut bien se l’avouer. Celle-ci ayant décelé les intentions du bateau péquiste qui voulait amener le peuple au port de la souveraineté en utilisant une question qui semblait ne pas l’y mener, permit aux forces fédéralistes de «nous tirer dessus» de toutes les façons, jusqu’à ce que le bateau coule, et que l’on retrouve quelques marins affalés sur quelques radeaux de sauvetage ça et là éparpillés. A cette époque, j’avais essayé de démontrer, d’une part, que la question référendaire n’avait pas de sens telle que formulée, et que, d’autre part, on ne pouvait pas poser une telle question aux Québécois pour la raison que je vais mentionner. La raison ? La souveraineté d’un peuple ne peut jamais se négocier. On la décide ensemble ou on ne la décide pas, et cela en toute lucidité. Une fois décidée, on peut négocier, avec nos voisins immédiats ou plus éloignés, différentes formes d’associations économiques, comme il convient entre peuples civilisés.

La défaite référendaire laissa une brèche profonde dans le bateau péquiste. Certains matelots, et non les moindres, quittèrent le navire dès qu’ils virent se pointer «le beau risque» d’un René Lévesque désabusé et dès qu’ils s’aperçurent que les commandes allaient être passées au «nationaleux» Pierre-Marc Johnson, plusieurs fois questionné sur ses allégeances pour la cause de la souveraineté. Liquidé par les circonstances et par le verdict électoral, celui regagna vite ses occupations personnelles et le bateau reprit sa route en direction de l’indépendance lorsque l’amiral Parizeau s’amena à la barre d’un bateau presque chaviré. Avec lui, plus de doute : on allait voguer enfin vers le but visé, à savoir l’existence d’un nouveau pays, comme on le criait déjà par milliers, dans les rues de Montréal, le jour de la Saint-Jean arrivée . La question allait être très claire : voulez-vous, oui ou non, un nouveau pays qui s’appellerait le Québec, dans la prochaine année qui allait s’écouler? C’était ça…la loi de la clarté!

L’entrée en scène de la chaloupe bloquiste et du radeau adéquiste allait une fois de plus jeter le brouillard sur la mer déjà fort mouvementée. Quoiqu’il en soit, le bateau mouillait déjà, dans l’esprit de la majorité, avec Parizeau au commande, dans les vertes prairies de la liberté si longtemps espérée. La question référendaire fut encore l’objet d’un obscur trafic, afin de s’allier le chef de la marine bloquiste qui mouillait à l’étranger et du radeau dumontiste qui se tenait à peine à flots sur la mer démontée. La brume référendaire allait à nouveau embrouiller la route souverainiste et sur le navire, on y vit des gens qui allaient dans toutes les directions, sauf celle que le commandant en chef avait bien envisagée, soit la souveraineté politique du Québec, telle qu’il l’avait imaginée. L’interprétation des résultats de la consultation populaire se firent aussi dans toutes les directions imaginées, comme vous avez pu le constater. Les fédéralistes crurent à un moment donné qu’ils avaient perdu presque leur cause, alors que les indépendantistes arc-en-ciel s’ingéniaient à interpréter de leurs côtés les résultats, chacun selon sa faction, son intérêt, ses visées électoralistes envisagées. L’amiral démissionna dès le lendemain du scrutin et les matelots, épars sur les ponts, prirent toutes les directions, il faut en convenir, les années passées. Il restait à chercher un nouveau chef : l’unanimité se fit autour du seigneur de Verchères, puisque personne autre que lui, n’osa s’avancer. Il avait passé tant d’années à espérer un jour devenir chef de l’équipée, qu’il n’allait pas laisser passer cette occasion rêvée.

Après son entrée fracassante sur la scène politique québécoise et la désormais célèbre épisode des «chiffons rouges», tout le monde a crû, un moment, que l’arrivée de Landry allait donner un solide coup de barre vers la marche de l’indépendance tant espérée. Sa visite en Belgique fit déchanter les matelots qui y croyaient encore sur leur bateau fragilisé. A deux mots près, l’illustre nouveau premier ministre désigné, affirmait exactement ce que Bourassa avait dit quelques années auparavant dans la même ville belge visitée, position à cette époque si hargneusement décriée par l’équipage péquiste sur le pont assemblé. De plus, dans la même foulée, au début de juin 2001, Bernard Landry, toujours premier ministre désigné, ne craignait de dire à l’Assemblée nationale du Québec que la thèse de Mario Dumont ressemblait à la thèse du Parti québécois et qu’il l’invitait à adhérer à son Parti, puisque le sien et le P.Q. se ressemblaient comme deux frères siamois à ne pas s’y tromper. La métamorphose, sous le seigneur de Verchères, était bien consommée.

Rapidement, les souverainistes s’aperçurent vite que le seigneur de Verchères n’était pas aussi indépendantiste qu’on l’avait imaginé, malgré sa réputation de« pur et dur » entretenue et souventes fois vérifiée. On s’aperçut vite qu’il s’était bel et bien converti à la thèse adéquiste, qui est celle d’une nouvelle Confédération, avec parlement confédéral élu, parlement à l’européenne, tel que déjà approuvée dans les vieux pays qu’il avait visités. Le temps a donné raison à ceux qui craignaient l’impossible. Pendant que Bernad Landry, il y a quelques jours encore présidait à la translation des restes du général Montcalm, flanqué de Mgr Couture, archevêque de Québec, le moussaillon François Gendron, dans un caucus préparatoire à la nouvelle session d’automne, a rassemblé les troupes sur le pont du bateau péquiste pour sonner l’alarme et inviter les marins à travailler, non plus en vue d’un référendum qui pourrait sanctionner la décision prise en vue de la libération nationale si longtemps souhaitée, mais en vue de l’élection prochaine qui s’en vient à n’en pas douter.

Alors que le premier ministre «officiait» dans un cimetière de la vielle capitale sur la tombe du général tombé, les troupes, rejointes par le bateau bloquiste venu de l’étranger, concoctait quelque chose qui ressemblait une fois de plus à un sabotage de l’option dans le calendrier déjà publié. Le moussaillon Gendron proposait aux troupes désabusées et fortement secouées par les derniers résultats des élections partielles de ne plus parler de référendum, mais uniquement de souveraineté. L’important, maintenant, était de parler de la chose, sans dire quand on pourra faire la chose et si ce sera bien nécessaire dans un avenir plus ou moins lointain de faire la dite chose dont on ne veut presque plus parler parce que ce n’est guère rentable électoralement. L’important, c’était, maintenant, de parler de la souveraineté sans dire au peuple s’il est opportun de la faire, dans ces temps-ci, plutôt maintenant que plus tard, d’ici un an ou en 2005, tel que proposé.

Comme la nouvelle mouvance vers la Confédération à l’européenne dans laquelle le P.Q. est entrée peut se faire sans faire de référendum, ( de bonnes négociations suffiraient ) il est donc devenu inutile de parler de quelque chose dont on entendra plus jamais parler. Il faut éloigner de la pensée des gens quelque chose qui ne touche plus l’intelligentsia péquiste. La nouvelle Confédération projetée par le P.Q. est exactement celle à laquelle pensent Jean Allaire et Mario Dumont. Le prochain geste de Bernard Landry serait d’intégrer Mario Dumont à son cabinet, en le nommant ministre de la Jeunesse, et en lui promettant de réaliser son programme.

Verdict. Les Québécois aiment cela, à n’en pas douter, vivre dans le brouillard. De cette façon, ils peuvent s’imaginer n’importe quoi et penser que ce qui pourrait arriver n’arrivera sans doute jamais comme ils le souhaiteraient, parce qu’ils ont toujours devant eux des gens qui ne savent toujours pas dans quelle direction ils vont les conduire, mois après mois, année après année.

Il y a maintenant une foule de gens, restés sur les quais, qui s’interrogent profondément sur ce qui se passe sur la mer agitée où navigue, ballotté, le navire péquiste, par des vents contraires et souvent imprévisibles, dans les saisons qui viennent, incertaines, en récession obligée. Il y a maintenant une foule de fidèles indépendantistes qui s’interrogent sur la qualité du bateau sur lequel ils se sont jadis embarqués, pris dans le brouillard, privés d’un capitaine à la vision claire et limpide, et qui sait où il va les amener. Il revient bien cependant, sporadiquement, sur les quais de plus en plus abandonnés, des émissaires, pour venir cueillir les dons, prendre le ravitaillement annuel dans les poches des croyants souverainistes engagés, mais ils semblent que ces militants attiédis s’inquiètent de plus en plus de la sincérité de l’équipage, des motifs qui les poussent à voguer en haute mer, dans ce brouillard perpétuel, ne sachant plus trop dans quelle direction avancée.

Le pays que nous voulions n’est donc pas près de se lever. Ceux qui voulaient nous y conduire, semblent depuis belle lurette y croire de moins en moins. Ils sont de plus en plus intéressés par les avantages que procurent la traversée. Ils se sont détachés du peuple, de tous ces gens qui ont oeuvré dans l’ombre et qui oeuvrent toujours, dans certains cas, depuis plus d’une trentaine d’années, par en arrière, et qui aliment l’activisme d’une équipage affolée, sur le pont délabré du bateau qui s’apprête à sombrer. Un bon nombre ont quitté les quais et voguent maintenant sur d’autres navires tout à côté. Peut-on croire encore à des gens qui ne sont pas prêts à rien sacrifier pour faire surgir un pays dont on a tant rêvé? Le jour, où, sur le pont, paraîtra un nouveau chef bien décidé, peut-être que le bateau, maintenant sans boussole, retrouvera son ancienne route oubliée!

En attendant, le bateau ivre du pouvoir a remplacé le bateau ivre d’espoir et de liberté. Je préfère toujours le second, car j’ai encore le choix de la direction pour y arriver. Il ne reste à Monsieur Landry qu’à offrir un poste de ministre au chef du radeau adéquiste pour que la grande famille confédérationnaliste prenne forme de plus en plus et que soit abandonné le bateau souverainiste pour lequel tant de gens se sont dévoués. Le pouvoir aura corrompu la cause la plus légitime qu’un peuple peut se donner : la cause de sa liberté. Nous avons été trahis par ceux-là mêmes qui devaient nous mener vers le pays désiré. Il faut refaire le chemin qui mène à cette liberté, en passant par la voie intérieure qui ne peut que la crier. C’est ce pays qu’ils nous restent toujours à nommer.

Il n’y a qu’un chemin qui peut conduire un peuple à sa liberté, c’est celui de la vérité. L’équipage actuelle du bateau péquiste a vraiment perdu le nord et sa boussole est toute détraquée. Libre à vous de continuer à voguer sur la galère du seigneur de Verchères, accompagné de tous ceux qui souhaitent, comme lui, garder le pouvoir qui donnent tant de petits plaisirs qu’on ne veut pas lâcher. Je ne suis plus de cet équipage puisque je veux avant tout garder ma liberté. Si on veut conduire un peuple à sa souveraineté, il faut plus que des stratégies ou des «mangeux »de pouvoir obligé.

Je rêve d’un homme libre qui nous mènerait vers la liberté. Je ne le vois pas marcher fièrement sur le pont du navire péquiste qui commence à tanguer. Si quelqu’un le trouve dans le brouillard épais accumulé, qu’on me prévienne vite : j’ai toujours le goût de la liberté!