QUÉBEC, PAYS À LIBÉRER !

Québec, pays à libérer !

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Nestor Turcotte
philosophe

La majorité des Québécois est immature,
infantile, déconcertante. Elle espère toujours en un sauveur qui les conduira
en Terre promise. Elle attend un Chef-Sauveur sur qui elle fera toujours reposer
le sens de sa responsabilité qu’elle n’aura jamais osé prendre ni
totalement assumer. C’est la raison pour laquelle, la majorité de ce peuple
peureux, incertain, calculateur n’arrive jamais à se libérer des chaînes qu’elle
tisse si tristement depuis des décennies.

Duplessis, Lesage, Bourassa, Lévesque,
Parizeau et…Bouchard sont les derniers-nés de la série des sauveurs qui ont
promis de nous mener quelque part mais qui, en définitive, ne nous ont jamais
conduit plus loin que le statu quo politique, le rêve impossible à réaliser.
Les Québécois ont adulé, adoré, vénéré, idolâtré parfois l’un ou l’autre
de ces chefs qui incarnaient une partie de leur être. Certains de ces chefs ont
profité du culte de la personnalité qu’ils entretenaient délibérément
pour mener ce peuple mou, sans échine, sans vision et sans racine profonde,
vers des pâturages où ne poussaient que les illusions, les mirages, les
demi-vérités, les détours orchestrés, les cul-de-sac prévisibles. Trente
ans plus tard, la récolte est bien mince : on ne sent que désillusion,
écoeurement, apathie, découragement, division, déchirement, incertitude.

Les indépendantistes sont incapables, eux
aussi, de se libérer de cette attraction du chef couronné et adulé. Ils
laissent à celui qu’ils plantent en avant, avec «un score» avoisinant les
90 %, le soin de bâtir le pays qu’ils ne sont pas capables d’imaginer ou de
dessiner. Ils s’amusent à définir la souveraineté à leur guise, selon leur
goût du moment, selon leur tendance, selon les amis qu’ils côtoient, en
quête d’un job parfois longtemps désiré. Ils imaginent un soir ou un matin
la souveraineté avec ou sans trait d’union, avec plus ou moins de
partenariat, accompagnée d’un nombre plus ou moins grand de référendums,
avec une question plus ou moins alambiquée et un nombre de mots bien trouvés
selon une stratégie bien concoctée, avec uniquement comme perspective la
possibilité de gagner le scrutin promis, sans trop savoir ensuite «quoi» on
aura gagné, si on gagne, et ce que l’on fera du résultat, si jamais le
résultat est le moindrement positif, tel qu’espéré.

Le colonialisme, c’est ça, mes chers amis.
Quand on a pas le courage de choisir la liberté, on choisit l’ambiguïté. S’il
faut reprendre (?) le débat sur l’indépendance du Québec, il faut le faire «dictionnaire
à la main»,
publier un glossaire rédigé par des gens intelligents et
qui n’ont pas peur de la signification des mots utilisés. Une sorte de bill
C-20 québécois, mieux que celui de Jean Chrétien, qui affirmerait que la
signification des concepts gravitant autour de la notion de souveraineté ne
fera jamais peur à ceux qui croient «au Québec libre» souhaité, à ceux qui
veulent dire leur être collectif et leur choix affirmé en toute lucidité. On
ne va pas vers la liberté sans assumer le partage de la vérité.

L’indépendance d’un peuple n’est donc
pas fait de stratégies, de calculs, de mots couverts, de façons de dire, de
discours compliqués. Il est fait de liberté, de courage, d’abnégation et
surtout d’une bonne dose de sacrifices joyeusement acceptés. Si, en creusant,
pour rejoindre les racines de ce peuple qui se meurt à s’étourdir et à se
divertir allongé dans une amnésie totale avec laquelle il se plaît à
cohabiter, on trouve ces éléments dont je viens de parler, il vaut la peine de
«continuer le combat» pendant tant d’années mené. Le Messie-Sauveur
politique ne nous donnera pas ces qualités : il ne fera que les canaliser.
L’examen de conscience de chacun, la mise en route des regroupements qui
veulent à la fois saisir toutes les racines de l’histoire et découvrir les
fibres qui tissent les composantes de notre être collectif, fera que la
réponse surgira d’elle-même, à un moment donné. La volonté de libération
naîtra de la compréhension de ce que nous avons été, de ce que nous sommes
devenus, – l’histoire bien assimilée- et de ce que nous pourrions être, avec
un peu de volonté

Et grands dieux, qu’on se libère aussi à
jamais des clivages qui divisent et stratifient les êtres, qui condamnent le
citoyen sur la place publique et à l’Assemblée nationale, qui démobilisent,
qui tuent dans l’âme l’espoir qui sommeille dans le coeur de ceux pour qui
la liberté est la valeur la plus fondamentale de l’existence humaine bien
assumée. Que cessent surtout le clivage cultivé par le monde journalistique et
celui des experts venus de tous les horizons nous dire quoi penser, ce clivage
entre les purs et les impurs, entre les vrais et les pas vrais, entre ceux qui
ont le droit chemin et ceux qui errent, entre ceux qui savent comment faire et
ceux qui cherchent à savoir comment le faire. Que cessent surtout les débats
épistolaires entre ceux qui luttent pour une même cause et qu’ils se
rejoignent enfin, – humilité dans le coeur et dans les pensées- sur l’agora,
où le peuple, tant de fois oublié depuis tant d’années, ne peut plus savoir
où tout cela le mène, puisqu’on a tout fait pour ne pas qu’il le sache et
tout fait pour qu’il l’ignore, propagande commandée…

Bref, grands dieux, que la liberté s’exerce
enfin dans l’écoute et la joie de l’autre retrouvé, dans la compréhension
de ce que chacun est et dans le partage de ceux qui ont encore le courage d’écouter.
Nous n’avons pas mérité le pays que nous voulions parce que nous n’avons
pas trouvé le pays que nous étions. Il reste à trouver, au coeur de chacun,
le pays qui l’habite depuis tant d’années écoulées.

Demain, personne ne sera surpris de voir
naître le pays recherché et personne ne sera surpris de le voir apparaître
dans une terre renouvelée. Il en va des pays comme des fleurs qui pointent dans
la climat printanier : elles aspirent à germer, mais seule la terre bien
préparée peut faire naître le jardin souhaité, le fleurs espérées. Le pays
n’est pas loin : il est tout près du coeur de chacun et il attend de naître
tellement le temps l’a préparé. Un petit coup du coeur et le pays… va
changer!

Nestor Turcotte
Matane
aristote@globetrotter.net

(Le 15 janvier 2001)