PAS D’ACCORD, COCO ! LA BOURSE SPÉCULE SUR L’ABANDON DU FRANÇAIS

Extrait de l’hebdomadaire "Marianne" (29 janvier-4 février 2001),
page 38, l’article suivant, signé Jack Dion :

"PAS D’ACCORD, COCO ! LA BOURSE SPéCULE SUR L’ABANDON DU
FRANçAIS".

L’anglais (la langue, s’entend) s’attaque à un nouveau bastion : la Bourse.
Jusqu’ici, en vertu de la loi Toubon de 1994, revue et validée par le Conseil
d’Etat, les prospectus d’information destinés aux investisseurs devaient être
rédigés en français. Grosse colère de certains groupes d’actionnaires, pour
qui la traduction des documents découragerait certaines firmes étrangères
désireuses de faire connaître leurs avantages sur la place de Paris. Résultat
: le ministère de l’Economie et des Finances travaille à une nouvelle
réglementation, stipulant que les documents soumis au visa de la Commission des
opérations de bourse (COB) "peuvent être rédigés dans une langue
usuelle en matière financière, sous réserve d’être accompagnés d’un
résumé rédigé en français".

Trois remarques : 1) Nul ne semble s’offusquer de voir l’anglais de Wall
Street institutionnalisé "langue usuelle", comme si les autres
étaient réduites au rang de dialectes. 2) Voir l’information en français
réduite à un simple "résumé" en dit long sur une marginalisation
qui risque encore de prendre de l’ampleur. 3) Si le "résumé" est au
niveau du charabia qui accompagne les notices d’explication de certains objets,
les actionnaires susceptiles de s’intéresser aux firmes étrangères feront
bien d’y regarder à deux fois avant de s’engager.

Pour calmer le jeu, Colette Neuville, présidente de l’Association de
défense des actionnaires minoritaires", a eu ce mot : "Le vrai
problème est que les gens ne lisent pas les prospectus de la COB en français
non plus." Ce n’est pas faux. Mais le résumé d’un document illisible le
rend-il plus compréhensible ?" —- Si l’article a le mérite – rare dans
la presse française – d’informer sur une dépossession qui prend un tour
inquiétant, il ne commente pas l’attitude de Mme Neuville, qui se contente
d’une pirouette. En réalité, la morale est simple : si l’on ne se respecte pas
soi-même, les autres ne le feront pas. Il y a de l’indécence chez les gros
investisseurs en Bourse à prétendre qu’une simple traduction est d’un coût
insupportable. En l’espèce, comme pour les prospectus électoraux, l’important
est de pouvoir lire si on le désire. Il est urgent de rappeler à l’ordre le
ministre des Finances, Monsieur Laurent Fabius, qui par ailleurs insiste dans
ses courriers sur son attachement à la langue française, mais qui s’apprête
à glisser dans les trop fameuses "diverses dispositions d’ordre
économique et financier" une mesure contraire à la loi et à la
Constitution. Chacun peut agir, et demander aux parlementaires d’interpeller le
gouvernement sur ce point. La démocratie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.

(Ce texte nous a été communiqué par notre correspondant M. Denis Griesmar denis.griesmar@wanadoo.fr
)

(Le 29 janvier 2001)