NOM DE LA MÉTROPOLE DE L’OUTAOUAIS

Le 11 juin 2001

Madame Louise Harel
Ministre
Affaires municipales et Métropole
Gouvernement du Québec
Québec (Québec)

Madame la Ministre,

Objet : Nom de la métropole de l’Outaouais

Comme vous le savez sans doute déjà, la dénomination de la
future grande ville qui naîtra le 1er janvier prochain dans
l’Outaouais fait l’objet d’un important débat et d’une importante controverse
dans la région depuis l’hiver dernier.

Au début de mars, le Comité de transition a mis sur
pied un Comité du nom et y a nommé sept personnes, sept personnes
possédant des connaissances et de l=expertise
dans les domaines de la culture, de l=histoire
et du patrimoine, des affaires et du marketing; ces personnes furent proposées
par divers organismes ou associations de la région. Dès le début, M. Gilbert
Lacasse, président du Comité de transition, a établi très clairement
que le mandat du Comité du nom consisterait à proposer au Comité de
transition
des critères de sélection ainsi que des mécanismes de
consultation publique.

Le Comité du nom a donc recommandé sept critères
d’évaluation : lien avec l’histoire régionale, lien avec la géographie
régionale, absence de risque de confusion, niveau de difficulté sur le plan de
la prononciation, capacité de rassembler, originalité et projection d’une
belle image; tous ces critères devant être évalués à la lumière d’une
pondération allant de 0 à 5. Le Comité du nom a également recommandé
un appel au public basé sur ces critères.

Malheureusement, comme nous venons de le découvrir
récemment par la voie des médias, le Comité de transition a décidé
unilatéralement de modifier ces critères et, au moment de l’appel au public,
le 1er mai dernier, le critère d’originalité était disparu et le
critère de notoriété, introduit. Cet ajout, naturellement, faussait
complètement l’appel au public puisqu’il ramenait le débat entre Gatineau,
Hull et Outaouais, sauf que le Comité de transition avait pris la
précaution au préalable d’éliminer Outaouais. Or, le Comité du nom
avait déjà discuté de ce critère de notoriété et l’avait rejeté sciemment
estimant, à juste titre, qu=il ferait
pencher injustement la balance en faveur des noms des villes existantes, et plus
particulièrement ceux de Hull ou Gatineau.

Il est plus que probable qu’en raison de cette modification
des critères par le Comité de transition on se soit privé de
suggestions très intéressantes lors de l’appel au public entre le 1er
et le 15 mai. Et c’est bien regrettable, reconnaissons-le, lorsqu’on
constate à quel point la population de la future métropole de l’Outaouais est
profondément divisée à l’heure actuelle.

Ceci dit, après négociations avec le Comité de
transition
, le Comité du nom établit, dans son analyse des quelque
400 noms qui lui avaient été suggérés, qu=il
ne tiendrait pas compte du critère de notoriété et s’en tiendrait aux
critères préalablement acceptés. à la suite d=une
analyse vraiment méticuleuse de tous les noms proposés, il en vint à établir
une liste de 13 noms dans laquelle figurent malgré tout Gatineau et Hull;
cependant, seuls les cinq premiers noms devaient être retenus et furent soumis
au Comité de transition en vue du sondage que ce dernier envisageait
d’effectuer avant de vous remettre sa liste finale de trois noms.

Voici ces cinq noms, dans l’ordre : Rivemont, Asticou et
Trois-Portages (ex aequo); Grand-Portage et Montferrand (ex aequo).

Toutefois, il importe de préciser que le Comité du nom
avait bien avisé le Comité de transition de ne pas entreprendre son
sondage avant d’avoir au préalable obtenu l’opinion de la Commission de
toponymie du Québec
, parce que, bien sûr, advenant le rejet de l’un ou
l’autre des cinq premiers noms, cela était susceptible d’affecter grandement la
valeur du sondage.

Malheureusement, le Comité de transition a préféré
apporter certaines modifications importantes à la liste des cinq noms que lui
avait soumis le Comité du nom; en effet, il a fait sauter l=un
des noms proposés (Grand-Portage), puis il a jugé bon d=ajouter
les noms de Hull et de Gatineau. Il a également décidé d’aller immédiatement
de l’avant avec son sondage, sans attendre les résultats de l’évaluation de la
Commission de toponymie du Québec. Voici les noms soumis à la
population dans le cadre de ce sondage : Rivemont, Asticou, Trois-Portages,
Montferrand, Hull et Gatineau.

étant donné qu’il a été impossible, avec le peu de temps
imparti, d’expliquer adéquatement à la population la signification de chacun
de ces noms, étant donné aussi la position par trop évidente de l’éditeur du
Droit dans ce débat, il est plus que probable qu’en bout de ligne on
retrouvera les noms de Hull et de Gatineau parmi les trois noms que vous
soumettra le Comité de transition.

Bref, nous nous retrouverons à notre point de départ d’il y
a quelques mois, avec un choix essentiellement entre Hull et Gatineau, et, si le
critère de notoriété prévaut, ce sera assurément Hull qui arrivera en tête
de liste.

Visiblement, sans doute en raison de pressions politiques
locales plus qu=évidentes, le Comité
de transition
n’aura pris aucune décision et, somme toute, vous refilera en
quelque sorte une * patate
chaude +, vous laissant le soin
de retenir, ou non, le nom de Hull.

Or, ce nom serait inacceptable pour la plus grande ville
francophone à l’ouest de Montréal, non seulement au Québec, mais dans le
Canada tout entier. Il est impensable que la nouvelle ville se trouve affublée
du nom d’une ville du comté d’York, en Angleterre, qu’un arpenteur britannique
aurait choisi au hasard sur la carte de Grande-Bretagne avant même que ne
commence la colonisation du canton de Hull (la ville de Hull ne
sera incorporée sous ce nom que beaucoup plus tard, en 1875, vingt-huit ans
après Aylmer!) par des Américains du Massachusetts qui n’avaient aucun lien de
près ou de loin avec la ville anglaise de Hull. Il serait franchement
inadmissible qu’un gouvernement du Parti québécois, qui s’est tant battu pour
l’affirmation et la promotion du français en Amérique, recule sur une question
aussi fondamentale que le nom de l’une des plus grandes villes du Québec, juste
en face de la capitale canadienne, Ottawa. Plus encore, étant donné la
scission importante que provoque à l’heure actuelle au sein de la population
locale le débat entre les noms de Hull et de Gatineau, il serait franchement
maladroit d’imposer le nom de Hull à la très vaste majorité de la population
française de cette nouvelle ville. Nous ajouterons que, selon le classement du Comité
du nom
, Hull s’est classée derrière Gatineau, et ce, pour diverses raisons
qu’on aurait tort d’ignorer, notamment : a) l’origine du nom de
Gatineau a au moins un lien quelconque avec l’histoire québécoise et
canadienne; b) sur le plan géographique, le nom de Gatineau fait
référence non seulement aux anciennes villes de Gatineau et de Pointe-Gatineau
d’avant 1975, ainsi qu=à la
municipalité de Gatineau depuis 1975, mais également à la rivière, au parc
et aux collines du même nom.

Ceci dit, un nouveau nom serait sans doute plus rassembleur
à la longue, comme semble l’avoir compris le Comité du nom qui
attachait une assez grande importance au côté *
rassembleur + du nouveau nom, ce qui
va de soi quand on y songe bien et que l’on veut bâtir, à la frontière
occidentale du Québec, une municipalité forte et dynamique dont les citoyens
ont lieu d’être fiers et dont ils n’hésiteront pas à faire la promotion par
la suite.

En conclusion, Madame la Ministre, nous vous invitons à
examiner avec beaucoup d=attention les
suggestions de noms que vous soumettra bientôt le Comité de transition
et vous prions ardemment d’écarter systématiquement toute appellation anglaise
pour la nouvelle ville de près d’un quart de million de citoyens qui surgira
bientôt en face d’Ottawa.

Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de nos
meilleurs sentiments.

Le Président,
Jean-Paul Perreault

c.c.
Monsieur Sylvain Simard
Ministre responsable de l=Outaouais
Courriel : cabinet@sct.gouv.qc.ca

Madame Diane Lemieux
Ministre responsable de la Charte de la langue française
Courriel : diane.lemieux@mcc.gouv.qc.ca

Monsieur Bernard Landry
Premier ministre
Courriel : premier.ministre@cex.gouv.qc.ca

Monsieur Gérald Larose
Commission des états généraux
Courriel : commission@etatsgeneraux.gouv.qc.ca

Comité de transition de l=Outaouais
Courriel : info@transitionoutaouais.org