LETTRE DE YVES MICHAUD, ÉCORCHÉ PAR LE DEVOIR

Lettre de Yves Michaud,
écorché par LE DEVOIR

Monsieur le directeur,

J’ose espérer que LE DEVOIR se
rendra à la mise en demeure de rétraction qui vous a été signifiée de même
qu’au journaliste Stéphane Baillargeon à la suite du commentaire
diffamatoire et insensé écrit par ce dernier et publié dans l’édition du
samedi 3 février. Une attaque aussi mesquine venant d’un media
concentrationnaire m’aurait moins écorché, mais en provenance du seul
quotidien du Québec à la relative indépendance, cela dépasse mon
entendement. Le commentaire de l’auteur, venant de nulle part, tiré par les
cheveux et inséré comme par hasard dans une chronique théâtrale, est
d’une infamie sans limites. Le voici dans son horreur :

« à Paris, en ce moment,
l’Hôtel de Sully propose une exposition intitulée Mémoires des camps,
photographies des camps de concentration et d’extermination nazis. Faut-il
vraiment rappeler l’affaire Michaud et ses ramifications antisémites? »

Associer mon nom aux barbaries
nazies, aux camps de concentration, à des « ramifications
antisémites », est une calomnie à ce point grossière, malicieuse,
de mauvaise foi, destinée à ternir à salir ma réputation, à porter
gravement atteinte à mon honneur et ma dignité. Calomnie à ce point
outrageante qu’elle en devient suspecte.

J’ai peine à croire que le
journaliste a écrit ce commentaire en se faisant uniquement l’écho
des éboueurs de service d’une presse mercantile ou des auteurs des
vilaines tactiques politiciennes qui m’ont valu la réprobation d’une Assemblée
nationale soudainement prise de délire irresponsable. Je n’ai pas l’intention
d’en rester là. La récréation est terminée. Je me défendrai bec et ongles
contre toute attaque malicieuse ou involontaire. J’ai passé cinquante ans de ma
vie à servir le Québec et je monterai au créneau chaque fois que des
malfrats de la presse ou de la politique s’emploieront à les discréditer
et les envoyer à la poubelle. Je le ferai pour moi-même, ma famille, mes
descendants, pour la suite du monde des Québécoises et des Québécois, futurs
coupables de délits d’opinion, que l’on couvrira d’opprobres comme je l’ai
été par des parlementaires serviles, plus soucieux d’obéir à la discipline
de leur parti que de ménager l’honneur d’un citoyen. Périsse un homme pourvu
que nous sauvions la face !

Les jours passent et non
seulement ma colère ne s’apaise pas, elle s’amplifie au fur et à mesure que
des certitudes s’avèrent, dont celle qu’aucun député n’a lu mes propos
avant
de voter leur condamnation. Aberrant ! Inimaginable !
Impensable de la part d’élus responsables ! Cette information est connue des
médias. Elle n’a plus d’importance. Aucun journaliste d’enquête, que je sache,
n’a été affecté aux intrigues et aux dessous de cette "ténébreuse
affaire". Et Dieu sait, s’il y en a ! Omerta, silence de plomb,
indifférence hautaine et commode. On tourne la page. Les médias ont
fait leurs choux gras pendant quelques semaines de l’Affaire Michaud ou
Bouchard . Elle ne les intéresse plus. Que l’offensé se taise désormais
et n’ennuie personne avec ses jérémiades. Les offenseurs eux, vont leur
bonhomme de chemin, enivrés par les frivoles et éphémères caresses des
foules. C’est leur petit lait quotidien. Jusqu’au jour où ces mêmes foules
infidèles les retourneront à l’obscurité de l’anonymat. Ainsi ira leur vie.
La mienne, pour l’instant. est faite de peines, de douleurs, de crachats au
visage, d’amitiés trahies, d’accusations gratuites et sans fondement, de
boueuses calomnies, de ouï-dire chuchotés, de procès staliniens et de
condamnations expéditives.

N’étaient-ce le soutien, la
sympathie et l’appui de milliers de mes concitoyens, je me sentirais un exilé
de l’intérieur, un proscrit dans ma propre patrie que j’ai essayé de servir au
mieux de mon énergie et des talents qui m’ont été donnés. Les élus du Parti
Québécois dont je suis membre depuis bientôt trente ans, à qui, incidemment,
j’ai donné LE JOUR, -seul journal indépendantiste et social-démocrate de l’histoire
du Québec- en y investissant corps et biens, me traînent dans les fanges de la
réprobation publique. Sauf une brève tentative de réconciliation de la part
du Vice-premier ministre avant Noël, avortée par M. Lucien Bouchard, pas une,
pas un seul à ce jour, des députés du PQ dont plusieurs disaient m’honorer
de leur amitié, n’ont levé le petit doigt pour demander réparation de la
grave injustice dont je suis victime.

André d’Allemagne me faisait
parvenir le 30 décembre 2000, un mot me disant qu’il avait lu mon livre
« Je souscris, à quelques détails près, au contenu. ». Une
copie d’une lettre à la vice-présidente du Parti Québécois, Marie Malavoy,
était jointe à l’envoi :

« Madame la
vice-présidente,

Suite à l’odieuse résolution
adoptée par l’Assemblée nationale le 14 décembre, et particulièrement à l’inacceptable
conduite du gouvernement et des députés du Parti Québécois en cette
occasion, je vous renvoie ci-joint ma carte de membre

Sachez bien qu’il m’en
coûte de rompre ainsi une fidélité de plus de trente ans, mais je ne peux
adhérer à un parti qui, alors qu’il est au pouvoir, participe à des manoeuvres
qui transforment le Parlement en une sorte de tribunal inquisitoire et porte
gravement atteinte au droit de libre expression. »

Devrais-je en arriver là ? Devrais-je m’obstiner
à m’inclure dans un parti politique dont toute la députation, sans
exception, a décrété mon exclusion, me causant de ce fait des torts immenses
dont le dérapage du journaliste Stéphane Baillargeon est une choquante et
exemplaire illustration ?

Yves Michaud

Le 7 février 2001