LETTRE DE YVES MICHAUD AU CONGRÈS JUIF DU CANADA

LETTRE DE YVES MICHAUD AU CONGRèS JUIF DU CANADA

1-Auriez-vous l’obligeance de me faire parvenir votre adresse de sorte que
je vous fasse parvenir un exemplaire de mon livre et des propos que j’ai
tenus devant la Commission des états généraux de la langue française. De la
sorte vous serez mieux en mesure de vous prononcer avec intelligence et
bonne foi sur la véritable nature de mes propos, y compris mon éloge
admiratif et inconditionnel sur le peuple juif incitant les
Canadiens-français à suivre " leur âpre volonté de survivance, leur
incivible esprit de solidarité et leur armature morale ajoutant qu’en un
sens les Chrétiens et les Juifs étaient spirituellement des sémites."

2-Je suis avec douze Québécois, ou Canadiens si vous préférez, membre
fondateur de la Ligue des droits de l’homme, en 1962, en compagnie de
Pierre-Elliot Trudeau, et Jacques Hébert ex-sénateur libéral. J »étais
président l`’année dernière de la Fondation Léo Cormier pour la Défense des
droits et libertés . Je suis parrain d’un garçon juif, ma femme est marainne
d’une fille juive, j’habite depuis 37 ans un quartier juif de Montréal en
parfaite harmonie, amitié et convivialité avec mes voisins dont j"ai la
plus
haute estime. Peu de familles québécoises de "souche" ont pareille
feuille
de route. En cherchant un peu l’on pourrait trouver mieux comme profil
d’antisémitisme !!! Je sais que vous n’avez pas prononcé le mot
d’"antisémite" à mon endroit, mais le texte de votre correspondance
avec le
professeur Hilton de l’Université Concordia subodore que j’ai ou j’aurais
pu avoir des "relents" de cette nature.

3-Votre connaissance de la vie publique québécoise me semble imparfaite. Le
B,Nai Brith régional (sic) du Québec, dont M. Robert Libman est le
directeur, a suggéré que l’on débaptise la station de métro Lionel-Groulx de
Montréal pour la remplacer par le nom d’un ancien premier ministre d’Israël.
Groulx a été le phare et le maître à penser de deux générations de
Canadiens-français, devenus Québécois. Cette proposition a été perçue et
l’est encore comme une suprême insulte et injure à la mémoire d’une
personnne vénérée de l’histoire du Québec. Oser telle chose, à mes yeux et
à
ceux de nombre de mes compatriotes, est d’un extrémisme frisant le racisme
anti-québécois. Je ne sache pas, sauf erreur, que votre organisme ait
dénonçé cet outrage à notre mémoire. Le jour même de l’annonce de mon
intention de candidature à l’investiture dans la circonscription de Mercier,
le même B’Nai Brith régional ( sic) du Québéc dirigé par Robert LIbman me
traitait de " dinosaure" et enjoignait le premier ministre du Québec
d’invalider ma candidature en sa qualité de président du Parti Québécois.
Comme si le B’Nai Brith s’arrogeait le pouvoir de désigner les candidats à
l’investure d’un parti politique dont son directeur est un féroce et acharné
adversaire. Avouez que comme culot, il est difficile de faire mieux ! M.
Libman, en outre, est un zélote "partionniste", c’est-à-dire du
dépeçage du
territoire québécois advenant un "oui" majoritaire sur la
souveraineté lors
d’un prochain référendum. à tort ou a raison cela est interprété par
plusieurs Québécois comme un appel à la confrontation qui pourait aller
jusqu’à prendre certaines formes de guerre civile, encore que le pacifisme
débonnaire du peuple québécois n’est guère enclin à ce genre d’activités.
Il lui arrive mëme de pousser la tolérance juqu’à demander pardon à ceux qui
l’insultent !

4- Depuis plus de deux siècles la générosité du peuple québécois (
"ethnie", – si le mot n’est pas sacrilège- non seulement fondatrice
du
Québec mais du Canada) n’a pas de limites à l’égard de tous les citoyens qui
vivent sur son territoire sans égard à leur confession, couleur et origines.
Bémol ! Il est arrivé jadis sur son territoire et dans celui du Canada que
certaines formes d’ostracisme ont été pratiquées à l’encontre des
ressortissants de confession juive, notamment le refus de les admettre dans
des universités et des clubs select, mais cela était le fait de
l’"ethnie"
canadienne-anglaise. J’imagine que vos dossiers à cet égard sont une source
inépuisable de consultation et de renseignements.

Pour conclure, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais de "question
juive"
au Québec, sauf de la part de politiciens mal intentionnés, se servant de la
sensibilité fort compréhensible de votre peuple à des fins suspectes et
déloyales. Vous m’obligeriez en prenant acte de ce qui précéde et d’en
assurer la communication à vos coréligionnaires, avec l’expression de mes
sentiments distingués.

Yves Michaud
Montréal, le 1er février 2001