LE STATU QUO, À L’ARRACHÉ

LE STATU QUO, à L’ARRACHé

Quel navrant spectacle ! Huit heures de délibérations pour
finalement arracher la simple reconduction du statu quo. La
nouvelle ville d’Ottawa ressemblera bel et bien à l’ancienne !
S’il fallait un exemple de plus de l’hypocrisie dans laquelle
s’enveloppe le bilinguisme officiel, c’est bien celui-là qu’il
fallait nous servir. La façade est maintenue, les garanties sont
données que cela ne changera pour ainsi dire rien et que le
fonctionnement des services publics pourra s’accommoder de ce
bilinguisme comme d’un corps étranger? En prime, un Mike Harris
qui laisse tout de même planer encore un peu d’incertitude.

Les choses finiront bien par se tasser et les ténors officiels
clameront haut et fort la magnanimité canadienne. Assez fort
pour enterrer les voix qui protestent sur le sort de l’Hôpital
Montfort, sur les interminables revendications scolaires là où
le nombre le justifie, sur l’angoissante progression des taux
d’assimilation. Car le bilinguisme n’est qu’officiel,
précisément. Il ne prolonge ni n’exprime aucun attachement réel
pour le sort et l’épanouissement des minorités francophones.

Le français reste encore une affaire qu’on endure, pour les uns,
qu’on tolère pour les autres, comme on s’accommode d’une espèce
de malaise chronique. Un mal nécessaire enduré pour contenir
pour contenir le Québec, une espèce de taxe volontaire au
soutien de l’unité canadienne. La ville d’Ottawa va donc
continuer d’être bilingue d’une manière qui servira à tenter de
rendre stérile le rayonnement culturel de la langue française.
Le français comme l’aime le Canada est un code dévitalisé,
réduit à ses seules fonctionnalités instrumentales.

L’opération de cette semaine permettra donc au gouvernement
canadien de manipuler les simulacres. Les Jeux de la
Francophonie Games risquent bien de prolonger l’imposture. Pour
respecter la loi sur les langues officielles du Canada, il
suffit de faire semblant d’accorder une place au français, faire
semblant, c’est-à-dire ne rien lui accorder qui n’exigerait de
revoir la place de l’anglais. La reconnaissance doit rester
aussi inoffensive qu’un symbole creux. Le gouvernement du
Canada ne craint pas le ridicule des Jeux de la Francophonie
bilingues parce qu’il ne fait aucun lien entre la langue de
l’organisation et la dimension culturelle dans laquelle ces jeux
s’inscrivent.

La Capitale du plus meilleur pays du monde illustre bien la
conception que le Canada se fait de la place et du statut du
français. D’un côté de la rivière, le simulacre, sur l’autre
rive la réalité qu’il sert : la minorisation et la
désincarnation. Le statu quo arraché cette semaine n’est donc
pas synonyme d’immobilisme. Ce qui s’est exprimé au cours du
sinistre vaudeville qui s’est déroulé à Ottawa c’est le
déploiement d’une logique qui tue la langue par la façon même
dont l’état la reconnaît.

Robert Laplante
Directeur
L’Action nationale
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