LE QUÉBEC, UNE NATION JUSQUE DANS LE VERBE

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des 29 et 30 mars 2001 respectivement.

Le Québec, une nation jusque dans le
verbe
Suggestion d’ordre lexicographique au Premier ministre du Québec


« Quand on sait le nom des choses, on les
possède
Va-t-en, te voilà payé…»
Gilles Vigneault, Paulu Gazette

Beaucoup de gens s’imaginent que nous, citoyens de la
Francité, ne pouvons utiliser la majuscule dans la notation des sites et des
adresses électroniques. Or si pour l’heure il est en effet impossible de
pratiquer les signes diacritiques (les accents, le tréma, la cédille, etc. ­
ce qui du reste ne saurait tarder si tant est que la francophonie décidât
enfin, ne fût-ce que par égard pour elle-même, de cesser en la matière de
demeurer à la remorque des manières plutôt tyranniques de l’angloétatsunisation
ambiante), en revanche la lettre capitale reste tout à fait la bienvenue dans
le créneau de la communication par voie électronique.

Aussi, et ce en stricte cohérence avec le discours droit et franc de M. Bernard
Landry, pourquoi ne pas libeller les multiples adrélecs de l’ensemble du réseau
gouvernemental de manière à accorder pleinement toute leur valeur ­ ô
combien précieuse pour toute société civilisée ­ aux symboles de l’écriture?
Car ces graphèmes totalement "émasculés" des adresses électroniques
par «interdiction tacite» et parfaitement injustifiée de l’utilisation de la
majuscule atteste, de fait, un comportement que l’on peut qualifier
d’inadmissible au sein d’une grande administration publique ­ qui plus est, en
principe hautement sensible à la Question linguistique en terre française d’Amérique.
Ainsi, puisque le Québec n’est pas une "commune chose" (c.-à-d. «un
québec», comme on dirait «une chaussure»), pourquoi ne pas orthographier
systématiquement l’appellation comme suit: cpm@cex.gouv.Qc.ca (en l’occurrence,
l’adrélec du cabinet du Premier ministre) plutôt que de cette façon: cpm@cex.gouv.qc.ca
(ou mieux encore: CPM@Cex.gouv.Qc.ca)? Autres illustrations: Ministre@Mss.Gouv.Qc.ca
ou Ministre@Justice.gouv.QC.ca et tutti quanti.

J’imagine que ce n’est pas M’dame
Annette Paquot
, professeure au Département de
langues, linguistique et traduction de l’Université Laval, et collaboratrice
toujours empressée de Cité libre (périodique de grande envergure
intellectuelle, comme chacun sait), qui ici me contredira…

Dans la langue française, comme en bien d’autres idiomes, l’usage de la
majuscule ne constitue pas un geste anodin et sans signifiance. Si en effet «québec»
n’est pas une province (auquel cas il se verrait sémantiquement habité, comme
il se doit, par… des provinciaux), ainsi que l’affirme avec force et
non sans raison le chef de l’état québécois, l’allographe «Q» dans l’abréviation
«Qc» ne se révèle-t-il pas en conséquence plus que jamais incontournable?
Ah! quel «bonheur citoyen» ce serait de voir cette graphie «qc»,
minusculisante et réductrice (sinon asservissante et dans tous les cas
indigne), enfin extirpée des milliers d’adrélecs de l’ensemble des
correspondances de l’administration des ministères et des organismes publics du
Québec…

Libérer la capitale en Capitale, ce serait, je crois, déjà franchir le
Rubicon depuis la lettre jusqu’à l’Esprit. Et qui sait ­ si peu que nous le
voulions vraiment ­ jusqu’à la Liberté même.

Jean-Luc Gouin
Québec
Printemps 2001

Sec.ours@vif.com

Rappel
: «
Non propre aux noms communs ! »