LE « NOUVEAU NATIONALISME POLITIQUE »

Le "nouveau nationalisme
politique",

cheval de Troie de la mondialisation L’affaire
Michaud sert de prétexte, sous le couvert d’un débat entre " nationalisme
ethnique " et " nationalisme civique ", d’une offensive
néolibérale qui s’attaque aux fondements de l’existence même de la nation
québécoise. Le texte le plus percutant à cet égard est celui paru dans Le
Devoir du 9 janvier signé par 15 personnes se présentant comme des jeunes de
moins de 35 ans, – dont on a su qu’ils gravitaient autour du ministre André
Boisclair -, et endossé une semaine plus tard par plus de mille personnes.
Intitulé " Pour en finir avec l’affaire Michaud. Le temps est venu de
remettre en question le nationalisme canadien-français ", le texte
présente Yves Michaud comme le porte-étendard d’un " nationalisme
ethnique et religieux " issu des années 1930, 1940 et 1950 et qualifié de
" défensif et revanchard ".
Dé-nationaliser
la question nationale

Se présentant comme des " modernistes
", les signataires opposent à la " nation ethnique " ce qu’ils
appellent la " nation politique animée par l’idée que la nation est
fondée sur l’association démocratique des citoyens dans un état donné
". Ce " nationalisme nouveau ", rapidement qualifié par les
médias de " nationalisme civique et inclusif ", reposerait sur la
" volonté des individus de la collectivité plutôt que sur les
déterminants ethniques " et nous permettrait de " ne plus être
prisonniers de la question identitaire ". Une telle approche, qui repose
" avant tout sur la Charte des droits et libertés de la personne du
Québec ", permettrait un " dialogue ouvert " de tous les
citoyens, " peu importe leur origine ". On pourrait ainsi, affirment
nos " modernistes ", " dé-ethniser " le débat et de mettre
de côté " l’attitude de victime et chasser l’intolérance " envers
les autres Québécois. Avant même d’entreprendre la critique de ce "
nouveau nationalisme ", il faut souligner la malhonnêteté intellectuelle
des auteurs quiidentifient Yves Michaud au nationalisme religieux des années
1930, 1940 et 1950, alors que celui-ci a commencé sa carrière politique au
journal anti-clérical Le Clairon de St-Hyacinthe de T.D. Bouchard. De plus,
tous ceux qui ont quelques notions d’histoire récente savent qu’Yves Michaud a
fait partie de la génération nationaliste des années 1960 et 1970.

La négation de la nation québécoise

Le " nouveau nationalisme ", sous des
allures de " modernisme ", englobe dans sa " nation politique
" tous les individus résidant sur le territoire de la province de Québec,
" peu importe leur origine ". Il nie, par le fait même, l’existence
de la nation québécoise, dissimule le caractère oppresseur de la minorité
anglophone et bafoue les droits des autres minorités ethniques et de la nation
autochtone. En fait, en donnant un statut quasi-constitutionnel à la Charte des
droits et libertés, ce " nouveau nationalisme " élimine les droits
collectifs au nom des droits individuels dans la plus pure tradition trudeauiste
et néolibérale. Nos " modernistes " attaquent la nation québécoise
de tous les côtés à la fois. En présentant leur " nation politique
" comme un simple conglomérat d’individus habitant le territoire
québécois, ils ne considèrent que le moment présent. Ils coupent la nation
québécoise de ses racines historiques. Ils refusent de la reconnaître comme
une communauté historiquement constituée puisant ses origines en
Nouvelle-France et ayant assimilé au cours des siècles des gens de
différentes origines. Une nation, faudrait-il leur rappeler, n’est pas un
phénomène éphémère, mais bien le résultat de relations durables et
régulières résultant d’une vie commune de générations en générations.
Une
langue détachée de sa culture

La langue française n’est pas reconnue par nos
" modernistes " comme le produit de siècles de relations durables des
francophones en terre d’Amérique. Ils l’introduisent quasi honteusement, par la
porte d’enarrière, comme " partie intégrante du contrat social qui lie
les Québécois, peu importe leur origine " ! Mais de quel " contrat
social " parlent-il ? De la loi 101 ? Faut-il leur rappeler que les
anglophones ont contesté et contestent encore toutes les dispositions de la loi
101 devant les tribunaux au nom de la Charte des droits et libertés conçue par
Trudeau précisément à cet effet. (voir article de Jacques Larue-Langlois en
page 17). Sur la base d’une telle conception, on peut se demander ce qui
empêcherait la " collectivité " de nos " modernistes ", de
modifier le " contrat social " et d’intégrer l’anglais sur le même
pied que le français ! ? En fait, nos " modernistes " ont tout
simplement acheté les nouveaux concepts de " langue d’usage public "
élaborés par le Conseil de la langue française pour camoufler le recul du
français sur l’île de Montréal. Cette conception de la langue présentée
comme relevant d’un " contrat social " la dissocie complètement de la
culture nationale qui est, rappelons-le, l’statement de l’esprit d’un peuple.
Leur conception de la langue et de la culture est a-historique et a-nationale.
Comment, sur la base d’une telle conception, justifier une opposition à la
domination culturelle américaine et défendre la spécificité cultuelle
québécoise contre la mondialisation ? Le " nouveau nationalisme "
est bel et bien le chreval de Troie de l’asservissement culturel. Une porte
ouverte à la domination économique étrangère
Le " nouveau
nationalisme " évite soigneusement les questions économiques. Ses adeptes
sont sans doute de chauds partisans du libre-échange, de l’ouverture tous
azimuts aux marchés internationaux (lire : le marché américain) et, bientôt,
de l’adoption de la monnaie américaine. La libéralisation des échanges est la
politique clef de la mondialisation. C’est la destruction du marché national,
la ruine des producteurs locaux, la domination des multinationales
étrangères,principalement américaines. C’est ce qui se déroule présentement
sous nos yeux avec la vente prochaine de Métro-Richelieu, après Provigo, à
des intérêts étrangers pour ne prendre que l’exemple de la vente au détail.
On comprend pourquoi nos " modernistes " évitent soigneusement de se
prononcer sur le nationalisme des années 1960 et 1970 où il était affirmé
avec raison qu’il ne pouvait y avoir d’indépendance politique sans
indépendance économique.
Bientôt, la
nation " montréalaise "

Le seul élément de la nation que les "
modernistes " semblent de prime abord vouloir conserver, c’est le
territoire. Mais de quel territoire s’agit-il exactement ? L’ensemble du Québec
ou simplement le territoire de l’île de Montréal où se retrouve l’essentiel
de la population non-francophone pour lequel le concept de " nation
politique " a été taillé sur mesure. Parions que nos " modernistes
" appuient le projet " Une ville, une île " de création d’une
méga-cité pour répondre aux impératifs de la mondialisation. Il ne serait
pas surprenant qu’ils se définissent bientôt, à la manière des anglophones
de Montréal, comme Montrealers plutôt que comme Québécois. Leurs conceptions
les mèneront inéluctablement à couper le Québec en deux : d’une part,
Montréal territoire du soi-disant " nationalisme civique et inclusif
" et, d’autre part, le reste de la province, lieu honni du "
nationalisme ethnique ". Mais, après tout, n’est-il pas à la mode de dire
que les nations sont aujourd’hui dépassées et seront remplacées, dans le
cadre de la mondialisation, par les cités ? ! évidemment, nulle part ne
trouve-t-on mention du droit à l’autodétermination de la nation québécoise
dans les conceptions de nos " modernistes ". Le droit des peuples est
remplacé par les droits individuels, par " la volonté des individus de la
collectivité, plutôt que sur les déterminants ethniques ". Qu’est ce qui
empêche que cette " collectivité " soit le Canada plutôt que le
Québec, si telle est la " volonté desindividus " qui la compose ?
Déjà, les tenants de ce " nationalisme civique et inclusif " comme
Pierre Paquette du Bloc se bousculent au portillon pour biffer l’article premier
du programme du Parti québécois et examiner les propositions de partenariat
avec le Canada. C’est évidemment beaucoup moins " revanchard et
intolérant".
Le cheval de Troie de
la mondialisation

Sous des allures de " modernisme ", le
" nouveau nationalisme " ne peut mener qu’à la destruction de la
nation québécoise. C’est le cheval de Troie de la mondialisation. Le texte
publié dans Le Devoir est un concentré des concepts développés au cours des
dernières années par des gens comme Charles Taylor, Michel Seymour et Gérard
Bouchard, le frère de Lucien, présenté dernièrement par le journal La Presse
comme le " plus grand penseur actuel du Québec ". Ces idées doivent
être combattues sur la base d’un véritable programme démocratique intégrant
bien sûr la Charte des droits et libertés, mais également une Charte des
droits collectifs de la nation québécoise, de la nation autochtone et des
différentes minorités nationales et ethniques qu’on retrouve sur le territoire
du Québec. Enfin, ces droits individuels et collectifs doivent reposer sur un
véritable programme d’émancipation sociale et de libération économique. Il
ne peut exister de véritable démocratie sociale et nationale dans le contexte
de la dictature du marché. Il n’y a pas de véritable démocratie, sans
démocratie économique. Pierre Dubuc

(Le 13 février 2001)