LE BUDGET MARTIN

LE BUDGET MARTIN

L’Amérique appartient aux états-Unis.

Sur le terrorisme, le budget Martin et les droits (commerciaux) de l’homme

Trois mois après les attentats qui ont secoué New York et Washington, le
ministre fédéral des Finances propose au peuple canadien un exercice financier
quinquennal équilibré qui réjouira la richissime élite de droite mais qui
ressemble davantage aux premiers pas vers une annexion aux états-Unis d’Amérique
pour les autres, les pauvres, les sans voix, les quelques résistants de la
gauche de moins en moins nombreux et de plus en plus sans voix, eux aussi.

Le message de Paul Martin est clair : l’Amérique appartient aux états-Unis.

Sur cinq ans, 7,7 milliards de dollars seront attribués au renforcement des
mesures de sécurité nationale au nom de la lutte au terrorisme. Pendant la même
période, un fond de tiroir de 680 millions pour les moins nantis de notre
société sous forme de contributions paritaires aux provinces et territoires pour
le logement locatif abordable, une somme nettement insuffisante pour combler les
besoins de plus en plus criants en cette matière. Et sur cinq ans encore, aucun
argent nouveau pour les minorités de langues officielles.

7,7 milliards de dollars pour ni plus ni moins aligner les politiques
d’immigration et la « sécurité » des canadiens sur celle des états-Unis. 7,7
milliards de dollars pour ni plus ni moins réduire le peu de marge de manoeuvre
qu’il nous reste et pour ébrécher l’ouverture et la tolérance qui nous
différencient encore de nos voisins du Sud.

M. Martin, en politicien d’expérience, aura donc profité de la paranoïa
collective pour jouer au « bon papa » et se faire rassurant. Sachant mieux que
quiconque ce dont nous avons besoin, il se propose même de permettre à des
policiers armés de prendre place à bord de certains vols de façon aléatoire. Et
pendant ce temps-là, on continuera de confisquer aux voyageurs coupe-ongles et
tire-bouchon…

La lutte anti-terrorisme n’est certes pas à prendre à la légère. Mais cette
lutte prend en ce moment une tangente qui rappelle étrangement la chasse aux
sorcières de l’époque communiste. Au nom des grands principes de liberté et des
droits de l’homme, on répudie l’Autre alors que le seul objectif poursuivi,
soyons sérieux, continue d’être l’ouverture de nouveaux marchés dans lesquels
les multinationales pourront déverser leur surplus de cochonneries. « Le bonheur
appartient à Nestlé », écrivait Frédéric Beigbeder dans son vitriolique roman
99F
. Et McDo, symbole par excellence du « libre » marché version USA, étend
son empire de jour en jour.

Parlant de terrorisme, je ne peux m’empêcher de penser qu’il faudra un jour
faire le constat que si la campagne afghane aura permis le renversement du
pouvoir taliban, elle aura aussi délié les mains du gouvernement israélien pour
qu’il puisse éradiquer le « problème » palestinien avec le consentement de la
plus grande puissance économique et militaire du monde.

Mais revenons au budget Martin du 10 décembre 2001. En réaction au dépôt du
document du ministre des Finances, ses homologues provinciaux répondent en canon
que la conférence fédérale-provinciale sur la question n’aura rien donné. De ce
côté-là non plus, donc, aucun transfert supplémentaire ne sera accordé. Ce qui
m’a le plus étonné, cependant, c’est le front commun de l’Alliance et du NPD à
l’effet que les montants alloués à la Défense sont insuffisants. Quand la droite
et la gauche s’entendent comme larrons en foire, il y a de quoi s’inquiéter…

Je ne sais pas où s’en va le monde mais j’ai l’intime conviction qu’il court
à sa perte. Et que tant que nous ne nous tiendrons pas debout, tant que nous ne
cesserons de remettre notre destin dans les mains de tous ces « bons papas »,
nous ne deviendrons jamais des hommes et des femmes libres.

Stefan Psenak
écrivain
Aylmer
stefan.psenak@interligne.ca

(Le 16 décembre 2001)