LA PÉRÉQUATION : DEVONS-NOUS EN ÊTRE FIERS OU HUMILIÉS?

LA PéRéQUATION :
DEVONS-NOUS EN êTRE FIERS OU HUMILIéS?

Une controverse a lieu ces
jours-ci relativement à la péréquation, ce montant prétendument prélevé
aux trois provinces les plus riches et distribué ensuite aux sept provinces les
plus pauvres, à chaque année. Plusieurs Québécois se disent reconnaissants
de recevoir ce « cadeau » ; d’autres, comme le premier
ministre Landry, y voient une situation plutôt humiliante. Qu’en est-il
vraiment?

LA RAISON DE LA PéRéQUATION :
UN DéSéQUILIBRE STRUCTUREL

Pour y voir clair, il faut d’abord
se pencher sur le déséquilibre qui est à l’origine de la péréquation.

Comme tout le monde le sait, les politiques, les dépenses et les
investissements structurants des gouvernements ont des effets sur l’économie.
Les souverainistes ont, depuis toujours, cherché à discuter des causes du
déséquilibre canadien, sans jamais obtenir d’attention des fédéralistes.
Si l’on faisait porter nos recherches de ce côté-là, on pourrait découvrir
des choses intéressantes.

Par exemple, on pourrait faire un
exercice sur les avantages
de la présence des laboratoires fédéraux en
Ontario, de la présence des Forces armées à Kingston, du Pacte de l’Auto en
Ontario, de la loi Borden qui a favorisé le développement de la pétrochimie
à Sarnia, Ontario, de la contribution d’énergie Atomique Canada Limitée
(EACL) comme principal fournisseur d’électricité en Ontario, contribution
financée à même les taxes de tous les Canadiens. Or, l’électricité est un
facteur non négligeable de développement économique…

Il suffit de regarder les
comtés de l’Outaouais du côté québécois, comtés représentés par des
libéraux fédéralistes. Le gouvernement fédéral a créé 50 laboratoires de
Recherche et de Développement dans la région d’Ottawa. On aurait pu espérer
qu’il en mette quelques-uns à Hull, du côté québécois. Mais non, le
fédéral les a tous installés en Ontario! On peut comprendre que nos amis
ontariens se servent en premier : ils ont le pouvoir entre les mains, au
Canada. Mais les Québécois ne doivent pas fermer les yeux sur cette situation
anormale. En sur-investissant dans la province centrale et en la
sur-industrialisant, c’est le gouvernement canadien lui-même qui crée ce
déséquilibre dans l’économie des provinces et dans la distribution des
emplois de qualité, donc de la richesse collective
.

LA PéRéQUATION : DU B.S.
POUR PROVINCES PAUVRES

Et nous devrions nous réjouir
que les provinces gâtées par le système distribuent ensuite un peu de
péréquation à celles qui ont été négligées? Réalisons-nous que la
péréquation, c’est du B.S. pour provinces pauvres?
Et il nous faudrait
sauter de joie?

Ce que désire le Québec, c’est
de cesser de subir l’humiliation de recevoir ainsi de l’assistance
sociale : ce qu’il veut, pour ses citoyens, c’est la fierté d’un
travail épanouissant et valorisant, la fierté d’une bonne paie bien
méritée tout en ayant le sentiment d’aider à faire prospérer sa
communauté. Ce qu’il veut pour ses enfants? Ce n’est sûrement pas qu’ils
soient obligés de s’exiler en Ontario ou ailleurs au Canada anglais pour y
trouver du travail! Ne serait-il pas plus normal que nos jeunes puissent s’installer
chez eux et ainsi développer le Québec. Actuellement, c’est comme si on
confiait notre budget à notre voisin en espérant qu’il pensera à nous quand
il fera l’épicerie! Aucun de nous n’oserait pourtant agir ainsi dans sa vie
personnelle.

Le Québec est, avec l’Ontario,
l’une des deux provinces les plus industrialisées au Canada. Son économie
est la plus diversifiée, la plus avancée sur le plan technologique, ses
ressources naturelles très abondantes et pourtant, ça fait 40 ans qu’elle
est plus pauvre que la moyenne alors qu’elle devrait être l’une des plus
riches, avec tous ses atouts.

Dans une édition récente d’un
quotidien, un lecteur a émis l’opinion que le Québec était « la plus
grosse province pauvre ». Précisons. Le Québec retire environ 530$
par habitant en péréquation
, alors que l’Île-du-Prince-édouard en
retire 1440$, le Nouveau-Brunswick 1277$, la Nouvelle-écosse 1245$, le Manitoba
931$ et le Saskatchewan 155$.

On constate que ce n’est pas
le Québec qui reçoit le plus en transferts fédéraux par habitant
.
Vu sous cet angle plus réaliste qui compare un individu à un autre, le
prétendu « cadeau » aux Québécois n’apparaît quand même pas
aussi élevé qu’on a pu le laisser croire. On voit qu’il y a pire que soi.
Ce n’est toutefois pas une raison de se réjouir. Il faut chercher la cause de
tout ça.

CE QUE LE QUéBEC VEUT

Si le Québec reçoit plus que
sa part en transferts de péréquation, c’est justement parce qu’il ne
reçoit pas sa part de dépenses créatrices d’emplois
.
Si on veut parler de la part du Québec, pour être honnête, il faut parler de
tout ce que reçoit le Québec, soit en moyenne 18% seulement des achats en
biens et services, 19% des investissements du fédéral depuis 1961. Aussi, cela
se traduit par 19% des emplois dans la fonction publique et environ 15% dans les
Forces armées. Or, comme le Québec représente 25% de la population
canadienne, c’est 25% de tout ce qui est dépensé ou investi par le fédéral
qui devrait être retenu, sinon le Québec se fait flouer. Et les fédéralistes
osent reprocher aux Québécois leur manque de reconnaissance!

C’est peut-être qu’ils
deviennent plus lucides, en s’instruisant! En effet, en 1960, le niveau d’éducation
des Québécois était le plus bas du monde développé. Maintenant, ce niveau
est le plus élevé! Alors, tout ce que veulent les Québécois, c’est la part
qui leur revient
. C’est transformer une
province pauvre en un pays riche, comme dirait Bernard Landry.

Monsieur Marc Lortie, le
mandataire de monsieur Chrétien pour le Sommet des Amériques, disait en
entrevue à Daniel L’Heureux, le 12 mars dernier, que ce qui intéresse la
nouvelle génération de Québécois instruits, ce sont les emplois de haut
niveau. Pour ça, il faut avoir de ce type d’investissements structurants!

Alors qu’Ottawa accumule des
surplus scandaleux de 17 milliards cette année, les besoins sont criants, ici.
Les gens du milieu de la Santé font des miracles pour fournir des services
convenables à la population avec le maigre 15% que nous retourne le
fédéral, alors qu’au départ, dans les années 70, l’entente
fédérale-provinciale était de 50-50. Quand on sait qu’Ottawa prélève des
taxes et des impôts chez tous les acteurs de la Santé (individus et
compagnies), on peut croire que, pour l’exercice net, il retire plus d’argent
qu’il n’en met dans le système de Santé.
A tout événement, sa
générosité est pour le moins assez douteuse.

LES EFFETS MALSAINS DE LA
PéRéQUATION

Les péquistes et les bloquistes
méritent au moins respect et admiration pour leur désir de ne pas ou
de ne plus vouloir être entretenu par les autres.
N’y a-t-il pas quelque
chose de noble dans ce désir d’indépendance, face à la dépendance? Le
Bonheur Intérieur Brut chez un individu dépasse ce qu’il a en porte-feuille!

être bien dans sa peau, cela ne vaut-il pas mieux qu’être toujours dans un
conflit intérieur perpétuel?

Que penserait une femme, si son
mari lui disait toujours « Chérie, regarde les avantages que tu as de vivre
près de moi
», sous-entendant, « par rapport aux
inconvénients que tu aurais en me quittant
». Bien entendu, les
époux auraient développé au cours des ans, (depuis 1957, dans le cas de la
péréquation), une dépendance économique pour l’épouse au foyer, alors que
le mari se cacherait d’une dépendance affective envers celle qu’il aurait
entretenue, pour se masquer la réalité. Dans une relation, la péréquation
devrait être l’exception car elle entretient des rapports malsains, à la
longue.

Avoir le sentiment d’être
toujours entretenu, cela peut blesser profondément une personne. Il en est de
même d’un peuple ou tout au moins d’une partie importante de ce peuple. Les
fédéralistes expriment le plus souvent une vision condescendante du Québec,
vu en femme entretenue et soumise qui devrait être reconnaissante envers son
bienfaiteur, le Canada, mâle protecteur et pourvoyeur.

S’EN SORTIR

Il y a de l’espoir. Le Québec
s’en sortira plus riche et plus épanoui quand il décidera de modifier le
type de relations qui existe avec son voisin de façon qu’il n’y ait plus de
gagnant ni de perdant. Une relation nouvelle et plus saine, basée sur des
rapports différents, d’égal à égal, ne pourrait qu’être bénéfique aux
deux partenaires
. Cette nouvelle relation pourrait prendre la forme d’une
union économique similaire au modèle européen, où des états souverains
mettent en commun certains domaines de la vie économique et politique. Alors,
le nouvel état du Québec aurait comme ami et voisin respecté, le Canada.

Gisèle Belzile,
Brossard
akahle@videotron.ca

(le 4 avril 2001)