LA POLITIQUE TERMINOLOGIQUE ISLANDAISE

LA POLITIQUE TERMINOLOGIQUE ISLANDAISE

Des pays comme la France et le Québec ne sont manifestement pas les seuls à
défendre leur langue contre les anglicismes. L’Islande a également une
politique volontariste en la matière, comme le montre le texte suivant:
« Lors de l’indépendance en 1944, les Islandais se retrouvèrent libres pour
la première fois d’utiliser leur langue nationale à des fins officielles. Mais
ce fut l’affaire de plusieurs années. Il fallut instituer des commissions de
terminologie destinées à moderniser l’islandais resté à l’époque du Moyen
âge, du moins en ce qui a trait aux domaines scientifiques et techniques.

Les différents gouvernements islandais obligèrent les établissements
d’enseignement à enseigner les mots nouveaux et aux journalistes oeuvrant dans
les médias à les employer. Il faut savoir qu’en Islande les terminologues du
gouvernement travaillent à temps plein pour créer des mots islandais et
éviter les emprunts au danois et, maintenant, à l’anglais. L’objectif de la
Commission de la langue islandaise est très clair: éviter les anglicismes et
assurer l’islandisation du vocabulaire, que ce soit dans les écoles, les usines
ou les médias.

Cette pratique existe depuis le XVIIIe siècle. En effet, une loi
linguistique édictée à cette époque interdisait l’intégration de mots
étrangers, de sorte que, par exemple, au lieu d’adopter les termes techniques
et scientifiques internationaux – bien souvent d’origine gréco-latine -, les
terminologues de l’époque formaient des mots composés à partir des souches
islandaises, réutilisaient d’anciens mots tombés en désuétude ou encore
créaient des néologismes à partir de racines de la langue. C’est ainsi qu’une
commission de terminologie a proposé l’ancien terme simi signifiant «lien» ou
«messager» et qui est désormais utilisé par tous pour désigner le
téléphone. Pour former le mot servant à désigner l’ordinateur, on a associé
völva («sorcière» dans un sens positif) et le préfixe t- (qui rappelle le
calcul) pour inventer le terme tölva («ordinateur»).

Aujourd’hui, le système axé sur le purisme linguistique fonctionne à un
point tel que les médias attendent patiemment les nouveaux mots au fur et à
mesure qu’ils paraissent et évitent, entre-temps, d’employer les anglicismes.
Selon certaines sources, il s’agit presque d’une «religion» au sein de la
population islandaise. D’ailleurs, dans ce pays, les terminologues sont
considérés comme des «sages» veillant à la pureté de la langue, et non
comme des fonctionnaires «bornés» campés sur leurs positions. »

Grégoire Rostropovitch
rostropovitch.gregoire@voila.fr
(Le 19 septembre 2001)