LA GRANDEUR EN POLITIQUE, C’EST DE RECONNAÎTRE SES ERREURS

LA GRANDEUR EN POLITIQUE, C’EST DE RECONNAÎTRE SES ERREURS

Pétition d’Yves Michaud à l’Assemblée nationale du Québec

Notes de Yves Michaud. (conférence du 29 avril 2001)

J’ai l’intention de présenter une pétition demandant que je sois entendu par la Commission de l’Assemblée nationale afin que je puisse éclairer ses membres relativement à la motion me concernant, votée le 14 décembre 2000. Je proposerai au président de l’Assemblée nationale qu’il soumette à ses collègues des suggestions visant à modifier la procédure parlementaire de manière à s’assurer que dans l’avenir, une motion de blâme unanime de l’Assemblée nationale ne serait recevable que dans le cadre de la défense des privilèges et immunités de l’Assemblée nationale et de ses membres, ou dans des cas de personnes ès qualités, susceptibles d’avoir porté atteinte à l’intégrité et à l’honneur national. Dans les cas ci-avant mentionnés, l’adoption de la motion visant la ou les personnes concernées serait précédée d’un avis de quarante-huit heures leur accordant la possibilité de faire des représentations.

Quant à la cause et au projet qui unissent la plupart d’entre nous, la souveraineté du Québec, je souhaite que lorsque l’affaire qui porte mon nom sera enfin close, nous investissions nos efforts et nos énergies pour faire en sorte que le Québec accède à sa pleine liberté politique. Dans cette perspective, je redis et réaffirme ce que j’écrivais récemment dans ma lettre aux militants et militantes de Mercier : « Il n’y a pas lieu de désespérer. Bernard Landry, aux incontestables qualités d’homme d’état et de gouvernement , militant souverainiste de la première heure, pourrait ouvrir un temps nouveau pour notre formation politique en revenant aux sources de notre projet national ».

J’espère que l’affaire qui porte mon nom sera l’occasion de restituer ses lettres de noblesse à la fonction de député, difficile, exigeante, peu rémunérée, éprouvante pour ceux et celles qui acceptent de porter la lourde charge de représenter leurs commettants. Fernand Dumont, l’un des plus brillants exégètes de notre nation, habituellement peu porté au pamphlet et à la philippique, en faisant une analyse d’une extême dureté dans Raisons Communes en 1995. Je ne retiendrai de ses commentaires que les moins ragaveurs : « La foi dans la communauté politique, est particulièrement ébranlée. De tous les côtés, on s’inquiète de la perte de confiance de la population envers les politiciens. à voir leurs comportements et à entendre leurs discours, il semble que pas mal d’entre eux soient les seuls à ne pas s’en émouvoir. Leurs louvoiements qui confinent aux mensonges, leur façon caricaturale d’user de la procédure parlementaire avec une inconscience qui frôle le cynisme : tout cela contribue au déclin de la croyance dans la démocratie. ».

"De profundis clamavi"! Des profondeurs du Québec des centaines, voire des milliers de voix crient à l’injustice, au procès d’’intention, à la déformation de la vérité, aux accusations obscènes, à la mise en scène d’un tribunal d’exception, Elles dénoncent les éclabousssures à la réputation intègre d’un citoyen qui a droit comme tous les autres au respect de sa dignité et de son honneur. Ce combat n’est pas seulement le mien ; il est aussi celui des milliers de nos compatriotes de tous les coins du Québec, des démocrates qui récusent l’ostracisme, l’intolérance, le manque de fair-play ; il est celui des souverainistes qui ne veulent pas voir le grand projet auquel ils ont consacré leur vie se prostituer dans les anathèmes de l’excommunication et de l’exclusion pour déviationisme de la pensée unique imposée par des ayatollahs de la rectitude politique.

Dans la célèbre trilogie de Pagnol, César dit à son fils Marius : « L’honneur, c’est comme les alumettes ; ça ne sert qu’une fois » ! C’est le plus grands des maigres biens que je possède. Je ne le négocierai pas à rabais, dussé-je porter au front le reste de mes jours l’étoile de la honte plaquée par une poignée de manipulateurs, horrifiés à la pensée de voir un homme libre revenir sur les banquettes de l’Assemblée nationale.

J’ai toujours combatttu les adversaires de la souveraineté ; je n’ai jamais combattu mes compagnons et compagnes de lutte. J’ai passé l’essentiel de ma vie à servir le Québec. Je monterai au créneau chaque fois que l’on s’emploiera à me discréditer. Je le ferai pour moi-même, ma famille, mes descendants, pour la suite du monde des Québécoises et des Québécois, futurs coupables de délits d’opinion, que l’on couvrira d’opprobres comme je l’ai été par la plus haute et vénérable institution politique de la nation. Avec des milliers de sympathisants qui me font l’estime et l’honneur de m’appuyer, l ‘« Affaire » dont on souhaiterait qu’elle fut balayée sous le tapis ne sera close que lorsque justice sera rendue et à tout le moins apparence visible de réparation faite. Que serait une souveraineté bâtie sur l’injustice, le mensonge, le délit d’opinion et l’emprisonnement de la parole ?

La pétition que je présenterai aux élus de la nation demandant d’être entendue par la Commission de l’Assemblée nationale est prête. Elle est appuyée à ce jour par près de quatre mille signatures individuelles. Si l’on y ajoute les exécutifs des associations du Parti Québécois, d’Outremont, Bourassa, Charlesbourg, La Pinière, Mercier, Cartier, de la région de Montréal-Centre, les comités des jeunes du Parti Québécois de la Capitale nationale, Lanaudière, Ville-Marie, Laurentides, les exécutifs du Bloc Québécois de Anjou-Rivière-des-Pariries, de l’Univesité Laval, les associations souverainistes, plus les signataires de la pétititon au Devoir, qui ont tous et toutes condamné la motion de blâme de l’Assemblée nationale, c’est des milliers et des de milliers de Québécoises et de Québécois qui réclament justice. à travers moi, leurs voix seront-elle entendues ou passeront-elles à la trappe de l’oubli et de l’indifférence ? Si cela devait être, c’est l’Assemblée nationale tout entière qui se déshonorerait en ne voulant pas admettre qu’elle a commis un faux pas en bafouant la première des libertés, celle de la libre opinion et de la liberté d’expression sans lesquelles toute démocratie est un leurre et une escroquerie. « La grandeur en politique, disait récemment Shimon Peres, c’est de reconnaître ses erreurs. »

D’où l’importance que l’Assemblée nationale amende ses règlements afin que la liberté d’opinion et d’expression d’un citoyen ne soit plus jamais l’objet de censure. Il s’agit de la première de nos libertés qui doit être protégée par un périmètre infranchissable de sécurité. Je ne puis espérer dans mon cas personnel que réparation complète soit faite de l’irréparable outrage fait à mon honneur et ma dignité. Je porterai jusqu’à la fin de mes jours le tatouage indélibile de la motion du 14 décembre 2000. Mais la plaie toujours ouverte pourrait se cicatriser, si l’affaire qui porte mon nom et qui devrait porter celui d’un autre, avait le mérite d’élever la réglementation parlementaire à la cime du droit imprescritible à la liberté d’expression telle que décrite dans l’article X1 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen votée par l’Assemblée nationale française le 26 août 1789 et acceptée par le Roi : « La libre communication des pensées et des opinions est l’un des plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas prévus par la loi. »

C’est bien peu dire que je remercie tous ceux et celles qui ont été et sont mes soutiens précieux et indéfectibles dans les moments les plus difficiles d’une vie que j’ai essayé de mettre au service de la nation. Au premier chef ma femme Monique, qui fait route avec moi depuis cinquante ans sur les chemins de nids de poule de la controverse politique, elle pour le pire et moi pour le meilleur, dans le compagnonnage périlleux d’un homme à la libre parole ; les membres du comité de soutien qui ont battu campagne pour la justice ; les militants et les militantes de Mercier qui ont souhaité que je devienne leur porte-voix à l’Assemblée de la nation mais qu’un jeu faussé d’étranges circonstances a rendu impossible ; les milliers de Québécoises et de Québécois, de toutes tendances, origines et confessions confondues, qui ont osé crier leur révolte et élever leurs voix face à l’inadmissible.

En terminant, vous dirais-je que je ne suis pas peu fier et confiant de bénéficier de l’appui de tant de jeunes Québécois et Québécoises qui travaillent à faire fructifier l’héritage laissé par des générations de résistants à l’assimilation. Des descendants, de la « vieille ethnie canadienne-française, que d’aucuns et d’aucunes voudraient jeter à la poubelle de l’histoire. S’ils veulent bien recevoir l’appui d’un "dinosaure" – aimable( ?) qualificatif dont m’a affublé le B’nai Brith- , je suis et serai à leurs côtés sur simple appel tout le temps que vie me sera prêtée par le Grand Horloger. Je ne puis rester insensible à des jeunes qui se tiennent debout et qui prennent des risques. Il n’y a que les rampants qui ne trébuchent jamais. Les jeunes militants et militantes de la souveraineté feront naître le pays espéré depuis des décennies. L’avenir dure longtemps. Il leur appartient. Ils rempliront, ce que ma génération ne verra peut-être pas : les promesses des lendemains qui chantent et le début d’un temps nouveau. La patrie leur en sera reconnaissante et le voeu enfin réalisé de mon ami Gaston Miron qui dort au pied des Laurentides : un Québec qui dira enfin OUI à sa naissance.

YVES MICHAUD

Montréal, le 29 avril 2001