APPRENTISSAGE PRÉMATURÉ DES LANGUES ÉTRANGÈRES

APPRENTISSAGE PRéMATURé DES LANGUES éTRANGèRES
«Si on ne fait rien, on programme la mort de toutes nos langues européennes.
Apprendre l’anglais en premier verrouille tout.»

NDLR – Même les spécialistes de l’apprentissage précoce des langues
étrangères considèrent qu’apprendre l’anglais en premier pourrait
correspondre à la mort de toutes nos langues.

Le « don acquis » des enfants bilingues
Gilbert Dalgalian, spécialiste de
l’apprentissage précoce des langues

A l’heure du débat sur les écoles en breton Diwan, Gilbert Dalgalian défend
l’apprentissage des langues dès le plus jeune âge (1).
D’origine arménienne,
cet ancien directeur pédagogique de l’Alliance française possède une double
langue maternelle, le français et le turc, mais parle aussi le bengali, le
wolof, l’anglais, l’italien et l’allemand.

Quel est votre parcours ?
J’ai été élevé en banlieue parisienne avec mes parents et mes
grands-parents. Ces derniers, d’origine arménienne, ne connaissaient que le
turc. Ma mère me parlait en français. Plus tard, j’ai appris l’anglais,
l’allemand. Le bengali avec ma première épouse, le wolof en vivant au
Sénégal et enfin, l’italien… Je me suis demandé pourquoi cette curiosité
pour les langues. J’ai compris que c’était un don acquis. Les enfants
bilingues tombent dans une potion magique comme Obélix. En grandissant, ils
développent des facilités, un goût pour les langues.

Mais les enfants bilingues sont peu nombreux en France…

Ce n’est pas si sûr. Le gisement de langues est sous-estimé en France. Il y
a des Français qui connaissent les langues régionales, comme l’alsacien, le
breton, le corse, le catalan… Ceux qui sont issus de l’immigration parlent
portugais, polonais, arabe, etc.

Que pensez-vous de l’arrêt du Conseil d’état suspendant l’intégration de
Diwan ?

C’est un très mauvais procès. Les enfants sont plongés dans un bain
linguistique dès 3 ans. Ils passent d’une langue à l’autre sans le recours à
la traduction. C’est naturel, spontané. Ils ne risquent pas de « perdre » le
français. L’apprentissage par immersion dure 6 heures par jour à l’école. à
la maison, ils parlent de toute façon le français. Après le CP,
l’enseignement est à parts égales. On oublie de dire que les partisans de
Diwan veulent redonner vie à une langue éradiquée brutalement, le breton.

Quel est l’intérêt du bilinguisme précoce ?

L’enfant bilingue est mieux armé pour apprendre les langues par la suite que
celui qui ne possède que sa langue maternelle. Il assimilera mieux l’anglais
en troisième position que son camarade qui le choisit en classe de sixième.
En Afrique, les enfants maîtrisent plusieurs langues. Il y a celle d’origine
et le français appris à l’école. L’immersion fonctionne très bien. Apprendre
une langue, ce n’est pas seulement une construction de savoirs. Le
psychomoteur, l’affectif, le relationnel entrent en jeu… On l’acquiert en
jouant, en faisant de l’expression corporelle.

L’école est loin d’enseigner les langues de cette façon…

Je ne vous le fais pas dire ! Toutefois, ce que fait Jack Lang est très
bien. Il faut enseigner les langues de plus en plus tôt. à condition d’y
consacrer plus d’une séance par semaine. Attention au saupoudrage. Une heure
par jour serait l’idéal. Et il faut en finir avec l’anglais unique.

Pourtant, la langue majoritairement enseignée en primaire, c’est l’anglais.
Les parents le demandent et le choix n’est souvent pas possible…

Certes, l’anglais est indispensable. Mais si on ne fait rien, on programme
la mort de toutes nos langues européennes. Apprendre l’anglais en premier
verrouille tout. Après, on ne fait plus d’efforts pour en maîtriser une
autre. Il faut redonner aux enfants le choix de la langue régionale, de
celle des origines ou de la proximité : italien, espagnol…

(1) Il est l’auteur d’Enfances plurilingues. Témoignages pour le
bilinguisme et le plurilinguisme, L’Harmattan, 2001.

Vanessa RIPOCHE

Ouest-France 19/11/2001
Informations générales

(Ce texte est extrait du groupe de discussion Dialogues francophones)

(Le 23 novembre 2001)