25E ANNIVERSAIRE DE LA CHARTE DE LA LANGUE FRANÇAISE

25e ANNIVERSAIRE DE LA CHARTE DE LA LANGUE FRANçAISE

Un certain laxisme de la part du gouvernement !

Fondé il y a 25 ans, Impératif
français
est un organisme culturel de recherche et de communications voué
à la défense et à la promotion de la langue et des cultures d’expression
française. Au cours des ans, par ses interventions dans les dossiers touchant
la langue et la culture, autant sur les plans local et régional, que national
et international, autant sur la scène québécoise que canadienne, Impératif
français
est devenu un intervenant majeur dans le dossier linguistique,
grâce entre autres à son site Internet sur le thème de la francophonie.

L’Outaouais est une région frontalière
à l’Ontario et excentrique au Québec. Cette double caractéristique est en
grande partie responsable de sa spécificité en matière linguistique.

Le fait que 15,8 % de la population
outaouaise soit de langue maternelle anglaise, – elle n’est dépassée que par
la région de Montréal avec 18,9 % – vient marquer encore plus l’opposition
régionale. La minorité anglophone outaouaise augmente la force de l’anglais
dans la grande région inter-provinciale, alors que les francophones de la
région métropolitaine de recensement (RMR) d’Ottawa, qui représentent 18,4 %
de sa population totale, ne jouent pas le même rôle. Leur importante
assimilation, 24,7 % en 1996, à la langue anglaise a tendance, au contraire, à
jouer contre le français.

Un exemple parmi d’autres est la langue
des circulaires distribuées de chaque côté de la frontière. Si certaines
grandes chaînes les publient en anglais dans la RMR d’Ottawa et en français
dans celle de Hull, d’autres, très nombreuses, tels Zellers, Loblaws/Provigo,
Canadian Tire, Wal-Mart, etc. préfèrent les bilinguiser pour la section
québécoise tout en conservant l’unilinguisme anglais pour la partie
ontarienne. Pourtant, la communauté francophone de la RMR d’Ottawa est quatre
fois plus importante en nombre que la communauté anglophone de la RMR de Hull.

En 1996, ce sont 47 765 personnes de l’Outaouais
urbain, soit 36,1 % des personnes ayant un emploi, qui travaillent en Ontario.
Pour la Communauté urbaine de l’Outaouais (CUO), qui deviendra en janvier 2002
la nouvelle ville fusionnée de Gatineau, ce sont 41 430 personnes qui se
déplacent vers l’Est ontarien chaque matin, soit 39,8 %. Le Pontiac est lui
aussi particulièrement lié à l’Ontario en matière d’emploi avec 24 % des
personnes en emploi qui y travaillent. Cette dépendance envers le gouvernement
fédéral et les entreprises ontariennes n’est pas sans avoir d’importantes
conséquences sur le plan linguistique.

Dans la région Hull-Ottawa, en 1997, 39 %
de la fonction publique fédérale, soit 23 796 personnes, et 35 % de la GRC et
des institutions et organismes pour lesquels le Conseil du Trésor n’est pas l’employeur,
soit 8 164 personnes, sont de langue française. Ces 31 960 francophones
travaillent très majoritairement en anglais, même si leur droit de travailler
en français est reconnu par la Loi sur les langues officielles.

Au plan politique, l’Outaouais est, par
rapport au Québec et à la capitale nationale, Québec, une région
excentrique. Dans l’esprit de Québec, favoriser l’Outaouais, c’est perdre son
argent puisque de toute façon, à cause de sa situation frontalière, les
services lui sont offerts par l’Ontario. être une région excentrique par
rapport à Québec et au Québec a d’autres conséquences majeures pour l’Outaouais.
Même si elle est la troisième région urbaine du Québec, la région est
sous-équipée: institutions d’enseignement services de santé, réseau routier,
équipement culturel, etc.

Cette double caractéristique de la
région outaouaise, frontalière et excentrique, a des conséquences importantes
sur les plans linguistique et culturel. Quelques données comparatives
permettront de les mesurer. Normalement, une langue majoritaire sur un
territoire jouit d’une force d’attraction qui lui permet d’assimiler les autres
langues. Ainsi, dans la RMR d’Ottawa, l’anglais majoritaire possède cette force
d’attraction. En 1996, ses locuteurs anglophones augmentaient de 17,5 % au
détriment des francophones (- 24,7%) et des allophones (- 40,9 %).

Dans le RMR de Hull, le français n’a pas
cette force d’attraction: le nombre de locuteurs diminue de 0,1 % ou 290
personnes. En 1991, la diminution était de 0,3 %. Donc, dans RMR de Hull,
le français n’apparaît pas comme la langue de la majorité puisque l’anglais
augmente de 14 % en 1991 et de 13,7 % en 1996 le nombre de ses locuteurs. La
différence de comportement en matière linguistique est évidente. Lorsqu’on
met en rapport la langue d’usage et la connaissance des langues, il est évident
que ce sont les francophones qui assument le bilinguisme. Dans la RMR de Hull,
les francophones (62,6 %) sont plus bilingues que les anglophones (55,4%).

En Outaouais, le français ne se comporte donc pas comme la
langue de la majorité.

Personne ne s’étonnera donc que l’observation
de la Charte de la langue française soit particulièrement déficiente
dans l’Outaouais. Sa situation frontalière, la fonction publique fédérale à
toutes fins utiles unilingue anglaise, l’importance de la minorité anglaise
outaouaise expliquent cette situation, mais ne la justifient pas. Comme le
signalait le journaliste Mathieu Turbide du Droit, plus de vingt ans
après la loi 101, « la grande majorité des commerces de Shawville affichent
encore uniquement en anglais. Les affiches bilingues sont en minorité et
seulement quelques-unes accordent la prédominance au français».

Fréquenter, par exemple, le Toys-R-Us
de Gatineau permet de se rendre compte que le pourcentage de jouets vendus sans
indication, mode d’emploi ou instructions en français est important. Le fait
que le matériel publicitaire écrit soit de plus en plus bilingue fait en sorte
que la primauté du français est battue en brèche. Le phénomène est
particulièrement marqué dans l’Outaouais.

En Outaouais, la Loi 101 a bien donné quelques résultats
importants au début de son entrée en vigueur. Cependant, on note un net recul
depuis quelques années :

– Dans certaines municipalité outaouaises, les réunions
des conseils municipaux se tiennent toujours en anglais.

– Le taux d’assimilation des
francophones vers l’anglais demeure encore très élevé.

– Dans certains commerces la langue d’accueil
et de service demeure encore l’anglais et dans l’affichage on ne respecte pas
la nette prédominance du français.

– En ce qui a trait à la langue de
travail, on rencontre trop souvent des employeurs qui exigent la
connaissance de l’anglais à leurs employés, les obligent à travailler en
anglais et discriminent à l’embauche contre les unilingues francophones,
les privant ainsi de leur droit de travailler.

Le travail d’Impératif français pour
défendre et protéger la langue française a sûrement contribué davantage à
ralentir les forces d’anglicisation et à améliorer le paysage linguistique de
l’Outaouais que la Loi 101, celle-ci n’étant pas suffisamment forte. On
remarque aussi un certain laxisme de la part du gouvernement et les
recommandations du rapport Larose à la suite de la Commission des états
généraux sur la situation et l’avenir de la langue française au Québec

sont bien peu prometteuses à cet égard.

Impératif français
Tél. : 819-684-8460
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