Y A-T’IL UN AVENIR POUR L’EXCEPTION CULTURELLE ?

Y A-T’IL UN AVENIR POUR L’EXCEPTION CULTURELLE ?
La mondialisation, qui se traduit par l´uniformisation progressive, appelle
à une sorte de "sélection naturelle" où seuls les plus tenaces
survivront.

La langue est, avec la religion, la marque majeur d´appartenance à un
groupe et à un territoire. Elle est un élément fort de l´identité
culturelle. A
travers elle, les différentes populations y construisent leur pensée et
leur conception de l´univers. L´incroyable diversité linguistique actuelle
(on dénombrerait presque 5000 langues vivantes dans le monde) est donc un
atout majeur pour l´ensemble de l´humanité: cette diversité est la base de
la richesse et de la connaissance de la pour la "culture-monde".

Le monde dans lequel nous vivons actuellement est nettement dominé,
notamment dans le domaine militaire et politique par un seul super-état:
les états-Unis. Certes, leur omniprésence n´est pas récente, mais depuis la
fin de la guerre froide, il y a maintenant une décennie, leur influence
s´est accrue. S´imposant comme la seule super-puissance capable
d´intervenir dans n´importe quel endroit du monde et détenant le ¼ de la
richesse mondiale, ils prônent le libre-échange et accélèrent le concept de
mondialisation pour mieux défendre leurs intérêts. En imposant au monde
leur projet néo-libéral, leur langue et leurs valeurs -avec l´éclatante
complicité d´une partie des politiques britanniques (voir la dépêche
"La
France inquiète Thatcher", dans les actualités du site "défense de
la
langue française", http://www.langue-francaise.org
)- qu´ils diffusent grâce
à leur incroyable production télévisée et cinématographique, qui occupe
toujours les ¾ des écrans du monde entier. Toutefois, ils oublient souvent
que le bonheur des uns ne garantit pas toujours celui des autres. Nous
voilà confrontés face à la question majeure qui nous rassemble: comment
faire face à cet impérialisme culturel?

La mondialisation, qui se traduit par l´uniformisation progressive,
appelle automatiquement le monde à une sorte de "sélection
naturelle" où
seuls les plus tenaces survivront. Il n´est donc pas étonnant de constater
que 25 langues disparaissent chaque année et que 90% des langues actuelles
sont vouées à disparaître d´ici 2060 (voir la dépêche "90% des
langues en
voie de disparition", archives du site "Impératif français").

Si les lois, comme la loi 101 au Québec ou la loi Toubon en France ont
pour mission de garantir la pérennité du français, elles ne peuvent
malheureusement pas faire entièrement face à la diffusion et à la
progression de l´anglais par le biais des pressions commerciales (ceci
étant l´une des causes majeures de l´envahissement de l´anglo-américain
dans tous les pays du monde). A cet égard, il est désormais impossible pour
un homme d´affaires, un gérant d´une grande entreprise, ou un employé
jouissant d´un haut poste d´ignorer cette langue, qu´il soit en France, au
Mexique ou en Chine. Il en va de même pour les scientifiques ou les
écrivains de renommée qui sont quotidiennement confrontés à ce phénomène.
La pérennité de leur langue maternelle se jouera en grande partie en
fonction de leur volonté de défense et de promotion ou non de leur héritage
culturo-linguistique. Toute personne soucieuse de garantir la pérennité de
sa langue est donc vouée à valoriser cet héritage et à sensibiliser son
entourage pour que sa langue soit respectée et adoptée par les futures
générations afin qu´elle soit mise hors du danger de mort. A mon sens,
l´exemple des Québécois, qui ont toujours eu le souci de préserver la
richesse de leur langue d´origine, traduit assez bien l´application de ce
concept (ou lutte). Une lutte qui malgré tout, a porté jusqu´à présent ses
fruits: 237 ans après le catastrophique Traité de Paris pour la France mais
aussi, et surtout, pour ses colons, on parle toujours français en Amérique
du nord, même si les francophones sur ce continent ne représentent plus que
2,25% de la population totale du continent (!)

Par ailleurs, il est important de souligner que les hommes politiques
gardent tout de même un rôle suprême. En effet, ils détiennent les outils
majeurs pour que la langue continue à vivre: l´enseignement scolaire
obligatoire (au Québec, le français serait aujourd´hui pièce de musée si la
loi 101 n´avait pas été adoptée), l´affichage public et l´action
législative pour la défense et la promotion de la langue dans un état
quelconque. Ainsi, grâce à la contribution politique des organismes de la
francophonie, on assiste à une aide au développement et à la promotion des
sites internet francophones (à travers, notamment, les "inforoutes").
On
remarque, à cet effet que l´anglais cède actuellement du terrain au
français comme aux autres langues ce qui est certainement une lueur
d´espoir pour l´avenir.

Mais, au-delà de la contemplation de l´oeuvre de la loi 101 ou de la
promotion du français sur la toile, la bataille est loin d´être terminée.
Elle s´annonce d´autant plus rude lorsqu´on constate avec amertume que des
directeurs d´entreprises non-anglophones supplantent l´usage de leur langue
maternelle par l´anglais parce que l´anglais est pour eux la "langue des
affaires et
des gagnants" (ce qui est faux et parfaitement ridicule). C´est
malheureusement le cas d´un bon nombre d´entreprises françaises comme
RENAULT, AIR FRANCE ou encore MEPHISTO (qui aurait eu, en plus, la
désobligeance de répondre ironiquement en anglais à une lettre de
protestation d´un Québécois suite à la parution d´un slogan unilingue
anglais … en France comme dans tous les autres pays non-anglophones!). Il
en va de même pour certains journalistes comme Jean-Marc Sylvestre, qui a
eu l´audace de déclarer au public "Il faut une langue unique pour l´Europe
et cette langue devrait être l´anglais (…) à monnaie unique devrait
correspondre langue unique" (15/6/1999 sur TF1). Ces gens là commettent
une
double erreur: en utilisant une langue qui n´est pas la leur, ils
appauvrissent leur capacité de création et d´imagination. De plus, et c´est
surtout le cas d´AIR FRANCE et de RENAULT, en obligeant leurs salariés à
utiliser une langue étrangère, ils méprisent indirectement le droit de la
libre expression de ces derniers qui travaillent tout de même dans leur
propre pays et qui ne sont pas toujours confrontés à avoir des rapports
directs avec des anglophones et/ou des étrangers ne sachant pas le
français. A noter aussi que lorsque qu´ils affichent des publicités (ou des
slogans) unilingues anglais, ils se moquent et déprécient ouvertement
l´ensemble du public francophone, ce qui est d´ailleurs encore plus grave.
Voilà de quoi s´inquiéter sérieusement. Notre pire ennemi n´est donc pas
l´anglo-américain avec ses dollars et son impérialisme économique, mais nos
charmants collabos français, québécois, suisses, belges ou africains
francophones qui crachent sur notre langue (qui est, il faut le rappeler,
également la leur!) et déposent leurs armes de façon injustifiée aux pieds
de l´étranger, en trahissant le reste de leurs concitoyens. Ce sont eux qui
mettent en péril notre avenir culturel et c´est donc vis-à-vis d´eux qu´il
faut être particulièrement vigilants. Si la carte linguistique du monde
arrive un jour à se réduire aux 4 aires linguistiques les plus solides
(anglais, arabe, espagnol et chinois), alors le monde aura perdu un de ses
éléments les plus précieux: la langue française.

Adrien BOREL
eugbor@sol.racsa.co.cr

(Le 27 novembre 2000)