VOUS AVEZ DIT : BILINGUISME ?

VOUS AVEZ DIT :
BILINGUISME ?

Près de 36 ans après le congédiement de
Marcel Chaput du Conseil de Recherches de la Défense
nationale
, le Québec n’a pas encore oublié que la Loi
sur les langues officielles
a été adoptée en 1969
soi-disant pour corriger une situation injuste envers les
francophones dans la fonction publique fédérale. Mais
contrairement à ce qui se passe ailleurs lorsqu’on rectifie de
telles injustices, Marcel Chaput n’a jamais été réintégré
dans ses fonctions: le gouvernement fédéral ne lui a jamais
pardonné d’avoir osé défier un système hypocrite, et de
l’avoir dénoncé publiquement. Hypocrite, le système l’est
demeuré. Le 16 février 1995, le Commissaire aux langues
officielles
déposait un rapport spécial qui démontrait
que les anglophones jouissaient de l’accès en anglais à tous
les services fédéraux au Québec. Mais qu’il faudrait quatre
fois plus de services en français hors Québec pour que les
francophones aient la parité ailleurs au Canada. Le décalage
serait même plus grand si l’on se fie au rapport annuel de M.
Goldbloom de 1994. On y lit en page 8 que des membres
responsables des langues officielles au Conseil du Trésor se
sont trouvés, plus ou moins par hasard, à
visiter certains bureaux fédéraux vers l’époque de notre
vérification. Ils ont renseigné sur-le-champ les gestionnaires
à propos de leurs obligations linguistiques !!!

Qu’eût été le décalage sans ces visites
par hasard qui ont coïncidé avec celles des enquêteurs ?
Quelle est la valeur de cette étude quand le Commissaire
lui-même avouait en février que la marge d’erreur pour certains
aspects était de 15% ? Lorsqu’on passe à l’examen de son
rapport annuel déposé en avril dernier, on apprend que le
bilinguisme dans la fonction publique fédérale dans la région
de la capitale fédérale
n’a pas évolué depuis l’adoption
de la Loi en 1969. Les réunions de travail se tiennent en
anglais. La supervision des fonctionnaires francophones se fait
en anglais. Et les francophones continuent à rédiger leurs
rapports en anglais. Ceux qui les rédigent en français se font
demander d’en donner un résumé en anglais, quand on ne leur
demande pas d’en faire la traduction intégrale. M. Goldbloom ne
s’en cache pas: le gouvernement fédéral n’a qu’une langue de
travail, pas deux: c’est l’anglais !

Le Commissaire ne va cependant pas jusqu’à
dire que les récalcitrants sont congédiés, comme au temps de
Marcel Chaput. Mais aux pages 13 et 14 de son rapport, il nous
informe que des recours en justice ont été intentés par des
francophones qui demandent leur réintégration. La palme revient
au ministère de la Défense nationale, qui a déclaré
incompétents des francophones qui ont osé se prévaloir des
dispositions de la Loi pour y travailler. Mais le ministère des Affaires
étrangères et du Commerce international
n’est guère
mieux, lui qui se targue de refléter la dualité linguistique du
Canada à l’étranger. Et il y en a beaucoup d’autres…

Les affaires à la Marcel Chaput servent à
rappeler aux francophones récalcitrants le sort qui les attend
s’ils osent s’affirmer en défiant le système.

Plusieurs autres victimes de discrimination
ou de harcèlement pour raisons linguistiques et culturelles ne
déposent pas de plaintes par peur de représailles; certains
seraient conduits à démissionner.

La Loi protège-t-elle les francophones
contre leurs directeurs anglophones qui les obligent à
travailler en anglais ? Les tribunaux ne se sont pas encore
prononcés. De son côté, la Loi sur les langues officielles
protège l’unilinguisme anglais et, de ce fait, favorise la
discrimination à l’endroit des francophones puisque, si l’on se
fie à l’alinéa 77(1) de la Loi on ne peut obtenir réparation
pour des contraventions relevant de certains aspects de l’emploi,
du travail et de l’avancement dans les institutions fédérales.
De là à conclure que les patrons anglophones dans la fonction
publique fédérale peuvent enfreindre impunément une Loi
inopérante qui n’est pas exécutoire, il n’y a qu’un pas. Un pas
allègrement franchi le 5 août dernier par The Citizen
d’Ottawa sous la plume de Ron Eade qui écrivait en citant le
député réformiste Bob Ringma : 26 ans de bilinguisme
ont transformé la bonne volonté…Elle est source de division
au lieu de cohésion . Pas étonnant que le statu quo
constitutionnel soit décrié par plusieurs… L’on voudrait
faire de l’anglais la seule langue réelle de travail au
gouvernement fédéral et dans ses institutions qu’on ne s’y
prendrait pas autrement !

La Loi sur les langues officielles
aurait-elle été adoptée pour protéger les anglophones partout
au Canada ?

Jean-Paul Perreault, président
Mouvement Impératif français
Tél. et téléc. : (819) 684-7119