UNITY LINK / UNILIEN

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« Qui sommes-nous ? Nous sommes des fédéralistes convaincus que l’unité de notre pays vaut mieux que son fractionnement ou sa désintégration… » « Notre objectif est de promouvoir la reconnaissance formelle des Canadiens-français en tant que peuple par la majorité des Canadiens… »

J’ai envoyé un message à Unilien ( http://www.uni.ca/index_f.html ) en vantant les mérites de la souveraineté du Québec et j’ai reçu la réponse suivante, à laquelle j’ai moi-même répondu:

Message reçu d’Unilien:

Monsieur Rostropovitch,

J’ai lu avec intérêt votre plaidoyer en faveur de l’indépendance du Québec. Vous percevez la sécession des 7 million de Québécois comme bénéfique, et ce, pour une seule et unique raison, l’amélioration des conditions linguistiques. Selon vous (et selon votre source habituelle, l’ineffable "Impératif français"), le Québec est victime d’une multitude de coups bas et d’attaques perverses de la part des méchants Canadiens qui voudraient imposer leur volonté.

Si cela était complètement vrai, monsieur Rostropovitch, croyez-vous que le dernier référendum de 1995, le précédent et les derniers sondages de l’opinion publique québécoise, qui forcent Lucien Bouchard à reculer son prochain scrutin, donneraient toujours et invariablement le nombre des sécessionnistes véritables à 37% ou 38% de la population? Pensez-vous sérieusement que les Québécois dans leur ensemble sont incapables de percevoir où réside leur intérêt ou de faire la part des choses?

Pour toute personne partisane (et il y en a plusieurs qui se promènent en France), il est aisé de trouver au Canada par ci par là un site web qui n’est pas bilingue; ces personnes seront les mêmes à se plaindre que la ville d’Ottawa ne soit pas déclarée officiellement bilingue par le gouvernement provincial. Bien que j’aimerais voir le gouvernement Harris faire preuve d’ouverture d’esprit, laissez-moi vous dire ceci: personne ne demande aux Québécois de déclarer la ville de Sherbrooke bilingue ou même la ville de Montréal, en dépit du fait qu’une large part de la population de ces deux municipalités soit anglophone. Quant au site web que vous citez en exemple, cela pâlit devant les affronts des gouvernements municipaux québécois desservant un ensemble important de citoyens. Pensez-vous que ces sites québécois sont sans faute et parfaitement bilingues? Essayez celui de la ville de Laval, deuxième ville en importance au Québec : http://www.ville.laval.qc.ca/english.html . Je viens d’y faire un tour en anglais, juste pour voir. Impossible de trouver des "Services" autrement qu’en français, (voir ceux de la bibliothèque par exemple). Accueillant, n’est-ce pas, pour un contribuable de langue anglaise? Pourtant la Charte de la langue française ne dit pas qu’il convient de discriminer contre eux. Le site d’Impératif français en nous abreuvant de propagande tente de dépeindre les Québécois comme des victimes perpétuelles, les vieux trucs de tous Les mouvements indépendantistes à travers le monde. Mais aux yeux d’unilien, ces méthodes usées ont perdu leur accent de vérité et D’urgence.

L’argument auquel vous semblez le plus sensible, celui de certaines ambassades qui affichent sur le Web en anglais, est celui qui laisse Probablement le plus de gens dans l’indifférence. Combien d’individus ? (à part ceux qui souhaitent la séparation à toute force), s’intéressent au fait que le Pakistan ait un site en anglais ou en hindou ? J’ai visité ceux des états-Unis, de la France, de l’Italie, de l’Espagne, de l’Allemagne, de la Suisse, de la Belgique. Ils sont bilingues. En ce qui me concerne, c’est une tempête dans un verre d’eau. Après tout, l’anglais est aussi une des langues officielles du pays. Tant que le Canada existera, de quoi se plaint-on?

Ce que vous n’arrivez pas à imaginer, c’est l’attachement sincère de la majorité des francophones pour leur pays, pour les valeurs que le Canada véhicule et le confort qu’il nous apporte. Sans vouloir vous offenser, en France, les habitants de la Corse sont obligés de se réfugier dans le maquis s’ils veulent réclamer quoi que ce soit. Les pauvres Bretons et les Vendéens furent pendant des siècles persécutés par le pouvoir central. Le breton a littéralement disparu en raison de l’intolérance des Français. Le même sort fut réservé aux langues du midi de la France. Chez vous, il n’y a aucune place pour la dissidence, votre démocratie ayant déclaré dans sa sagesse votre pays "indivisible". Est-ce un tel "modèle" que vous recommanderiez au Canada? Dans ce cas, je peux vous le dire, la question du Québec et de ses doléances serait vite réglée, et ce, tout probablement de façon sanglante.

De plus — pardonnez-moi si je m’excite — à ma connaissance, en dépit du fait que vous jouissez encore d’une langue probablement plus pure que la nôtre, l’anglais pénètre partout chez vous, non seulement dans le jargon des jeunes, mais même dans celui des personnes plus mûres. Lors de ma dernière visite en France, j’ai été choqué de voir partout des mots comme "parking", "drug-store" ou "download" utilisés couramment. Ce n’était pas le paradis linguistique parfait que vous décrivez. Je regrette de devoir vous le souligner.

L’indépendance donnerait au Québec le droit de se montrer plus intransigeant envers la minorité anglophone et le pouvoir de les forcer à fonctionner uniquement en français. Mais ce serait une manifestation d’intolérance et de racisme de la part d’un état qui aurait été mieux traité qu’il ne traiterait ses propres citoyens.

J’espère ne vous avoir pas blessé par mes remarques sur la France, vous qui avez été courtois dans votre message. Je suis heureux d’avoir pu partager mon point de vue avec vous, bien qu’il soit divergent.

Bonne année.

Réponse que j’ai envoyée à Unilien:

Bonjour,

Merci pour vous être donné la peine de me répondre. Je me permets de rajouter quelques observations :

>Monsieur Rostropovitch,
>
>J’ai lu avec intérêt votre plaidoyer en faveur de l’indépendance du
>Québec. Vous percevez la sécession des 7 million de Québécois comme
>bénéfique, et ce, pour une seule et unique raison, l’amélioration des
>conditions linguistiques.

Disons que je n’ai traité que l’aspect linguistique. Il n’est pas du tout exclu que cela soit également bénéfique sur le plan économique. Mais, dans ce domaine, il faudrait des gens plus qualifiés que moi pour en parler.

>Selon vous (et selon votre source habituelle, l’ineffable
>"Impératif français"), le Québec est victime d’une multitude de coups
>bas et d’attaques perverses de la part des méchants Canadiens qui
>voudraient imposer leur volonté.

Ce ne sont pas du tout les termes que j’ai employés. J’ai simplement dit que la situation de la langue française se trouverait largement améliorée dans le cadre d’un Québec souverain, et j’en ai donné les raisons.

>Si cela était complètement vrai, monsieur Rostropovitch, croyez-vous
>que le dernier référendum de 1995, le précédent et les derniers
>sondages de l’opinion publique québécoise, qui forcent Lucien Bouchard
>à reculer son prochain scrutin, donneraient toujours et invariablement
>le nombre des sécessionnistes véritables à 37% ou 38% de la
>population? Pensez-vous sérieusement que les Québécois dans leur
>ensemble sont incapables de percevoir où réside leur intérêt ou de
>faire la part des choses?

En ce qui concerne le dernier référendum de 1995, on a eu 51%-49%. De plus, la langue maternelle a eu une incidence directe sur le vote: 95% des anglophones et allophones ont voté contre la souveraineté alors que 60% des francophones votaient pour.

Quand aux Québécois, le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont partagés. Qui des souverainistes ou des fédéralistes perçoit le mieux où réside l’intérêt du Québec? Nous sommes là pour en discuter. Ceci dit, en ce qui concerne le domaine linguistique, je dois vraiment dire que les arguments des fédéralistes ne me convainquent aucunement. Quant à mes arguments, je n’ai encore rencontré aucun fédéraliste qui puissent les démonter. J’attends de le trouver.

>Pour toute personne partisane (et il y en a plusieurs qui se promènent
>en France), il est aisé de trouver au Canada par ci par là un site web
>qui n’est pas bilingue; ces personnes seront les mêmes à se plaindre
>que la ville d’Ottawa ne soit pas déclarée officiellement bilingue par
>le gouvernement provincial. Bien que j’aimerais voir le gouvernement
>Harris faire preuve d’ouverture d’esprit, laissez-moi vous dire ceci:
> * personne ne demande aux Québécois de déclarer la ville de
>Sherbrooke bilingue ou même la ville de Montréal, en dépit du fait
>qu’une large part de la population de ces deux municipalités soit
>anglophone.

Vous touchez là un problème important et il mérite que l’on en parle en détail. Tout d’abord, la comparaison que vous faites entre Ottawa d’une part et Montréal et Sherbrooke d’autre part n’a pas lieu d’être. En effet, on est à Ottawa dans une ville qui a la particularité importante et unique d’être la capitale politique du Canada, pays officiellement bilingue. Il me semble donc tout à fait juste que les deux langues officielles de la ville soient l’anglais et le français. De même, Bruxelles est officiellement bilingue français-néerlandais alors que les francophones sont majoritaires à plus de 90%.

Vous écrivez vous-même, "Bien que j’aimerais voir le gouvernement Harris faire preuve d’ouverture d’esprit,…". Oui, le problème, c’est que, encore une fois, on bafoue la langue française! Et ici, le moins que l’on puisse dire, c’est que la discrimination est on ne peut plus claire. Et de la part des plus hautes autorités canadiennes!

En ce qui concerne Montréal et Sherbrooke, celles-ci ne sont pas des capitales politiques. De plus, elles se situent dans une province où la langue officielle est le français. Il n’y a donc aucune raison de donner le statut de langue officielle à une autre langue que le français.

> * quant au site web que vous citez en exemple, cela pâlit devant
>les affronts des gouvernement municipaux québécois desservant un
>ensemble important de citoyens. Pensez-vous que ces sites québécois
>sont sans faute et parfaitement bilingues? Essayez celui de la ville
>de Laval, deuxième ville en importance au Québec
> http://www.ville.laval.qc.ca/english.html . Je viens d’y faire un tour
>en anglais, juste pour voir. Impossible de trouver des "Services"
>autrement qu’en français, (voir ceux de la bibliothèque par exemple)
>Accueillant, n’est-ce pas, pour un contribuable de langue anglaise?
>Pourtant la Charte de la langue française ne dit pas qu’il convient de
>discriminer contre eux.

Je ne trouve pas que votre exemple soit vraiment bien choisi. C’est vrai que certaines rubriques sont uniquement rédigées en français. Mais au moins la version en anglais existe, même si elle n’est pas complète!

Que dire du site que j’ai cité dans mon message précédent: http://www.cvca.ca/ ? Et ici, on n’a pas affaire à un site provincial!

De même, j’ai envoyé un message à l’ambassade du Japon et voici la réponse que j’ai reçue:  LE CANADA, PAYS BILINGUE ?

Il est bien évident que le français subit de nombreuses discriminations, à commencer par celle de M. Harris. Je ne cite pas trop de sites où ces discriminations ont lieu pour ne pas être fastidieux mais il est clair qu’au Canada, on a une langue qui est "plus égale" que l’autre!

Il n’y a qu’à lire aussi l’article suivant:  DIX VOEUX, DIX RÉSOLUTIONS… qui donne des faits et des chiffres précis, qui n’ont jamais été, à ma connaissance, contredits.

Permettez-moi donc de penser (et les faits sont là) que les discriminations dont est victime l’anglais sont vraiment une goutte d’eau dans l’océan par rapport à ce que subit le français.

>Le site d’Impératif français en nous abreuvant de propagande tente de
>dépeindre les Québécois comme des victimes perpétuelles, le vieux
>trucs de tous les mouvements indépendantistes à travers le monde.

Mais qui contredit les faits que relate Impératif français? Qu’y a-t-il de faux dans les articles publiés? La "propagande" dont vous parlez s’appuie sur des faits réels!

>Mais aux yeux d’Unilien, ces méthodes usées ont perdu leur accent de
>vérité et d’urgence.

Il faudrait surtout apporter des contre-arguments solides face aux faits précis et concrets que relate Impératif français.

>L’argument auquel vous semblez le plus sensible, celui de certaines
>ambassades qui affichent sur le web en anglais, est celui qui laisse
>probablement le plus de gens dans l’indifférence.

Ces sites d’ambassades unilingues anglais montrent tout de même très clairement la vision qu’ont certains du Canada! Pourquoi n’y a-t-il pas de version en français?

>Combien d’individus (à part ceux qui souhaitent la séparation à toute
>force), s’intéressent au fait que le Pakistan ait un site en anglais
>ou en hindou? J’ai visité ceux des états-Unis, de la France, de
>l’Italie, de l’Espagne, de l’Allemagne, de la Suisse, de la Belgique.
>Ils sont bilingues. En ce qui me concerne, c’est une tempête dans un
>verre d’eau. Après tout, l’anglais est aussi une des langues
>officielles du pays. Tant que le Canada existera, de quoi se plaint-
>on?

De quoi se plaint-on? On se plaint de la discrimination subie par le français! Tout simplement. Quant aux sites des pays que vous citez, parlons-en:

Site de l’ambassade d’Allemagne: http://www.germanembassyottawa.org/
Les deux tiers des rubriques ne sont pas traduites en français. De plus, il y a quand même de quoi être gêné par le drapeau français. Le français est parlé dans trente pays dans le monde, et pas qu’en France.

Site de l’ambassade d’Italie: http://www.trytel.com/~italy/
Le site est effectivement trilingue. Mais cela n’a pas toujours été le cas! Au début, le champ "français" était inactif alors que les deux autres l’étaient et cela pendant plusieurs mois:  DISCRIMINATION À L’AMBASSADE D’ITALIE

« GOOD BYE ITALIA !»

Site de l’ambassade des Etats-Unis ( http://www.usembassycanada.gov/ )
et d’Espagne ( http://www.docuweb.ca/SpainInCanada/french/index.html ): Il y a effectivement une version en français.

Pour la France ( http://www.amba-ottawa.fr/ ), la Suisse et la Belgique, la version en français est présente (pour des pays francophones, on ne s’en étonnera pas).

J’invite cependant à consulter la liste de toutes les ambassades établies à Ottawa: http://www.embassyworld.com/embassy/canada2_a.html

Celles des pays suivants ne présentent AUCUNE version en français: Angola, Chine, Ethiopie, Hongrie, Indonésie, Iran, Israël, Japon, Kenya, Lituanie, Liban (pays censé être francophone), etc… (liste non exhaustive! vous pouvez continuer…)

Et maintenant, que l’on me trouve un site d’ambassade en France, pays souverain de langue française, où la version en français serait absente!

>Ce que vous n’arrivez pas à imaginer, c’est l’attachement sincère de
>la majorité des francophones pour leur pays, pour les valeurs que le
>Canada véhicule et le confort qu’il nous apporte.

Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est comment on peut être francophone et vouloir vivre dans un pays largement perçu à l’étranger comme un pays anglophone. Ca, c’est vrai, je ne le comprends pas. Comment peut-on être francophone, consulter les sites d’instances officielles établies dans son pays, et être insensible à l’absence de la deuxième langue officielle du Canada (toujours la même, comme par hasard…)? Franchement, là non plus, je ne sais pas.

Quand aux valeurs et au confort, le Québec souverain n’en apportera certainement pas moins.

>Sans vouloir vous offenser, en France, les habitants de la Corse sont
>obligés de se réfugier dans le maquis s’ils veulent réclamer quoi que
>ce soit.

Tout d’abord, nous ne sommes plus du tout ici dans le même débat. Le débat qui m’intéresse et dont je souhaite parler est celui de la situation politique québécoise, en particulier en ce qui concerne le domaine de la langue.

Ceci dit, je vais quand même vous répondre sur les points que vous soulevez.

En ce qui concerne la Corse, un point doit tout d’abord être très clair: l’immense majorité de la population corse est française et
souhaite le rester! Les nationalistes corses ont toujours fait des scores très minoritaires aux élections régionales.

Ceci dit, oui, la Corse a des problèmes, en particulier économiques Mais beaucoup de gens s’attachent à les résoudre. Et les problèmes de la Corse sont compliqués, croyez-moi, et ne se résument pas à quelques "maquisards".

Je suis tout à fait disposé à en discuter plus longuement avec vous, mais il faudra étoffer votre argumentation. Dites-vous bien que ceux qui "rejoignent le maquis" sont une infime minorité. Le seul problème, c’est que l’on ne parle que d’eux dans les médias (ou plutôt des attentats qu’ils commettent) et jamais de la majorité silencieuse, qui est française et qui veut le rester.

>Les pauvres Bretons et les Vendéens furent pendant des siècles
>persécutés par le pouvoir central. Le breton a littéralement disparu
>en raison de l’intolérance des Français.
>Le même sort fut réservé aux langues du midi de la France. Chez vous,
>il n’y a aucune place pour la dissidence, votre démocratie ayant
>déclaré dans sa sagesse votre pays "indivisible".

C’est facile de critiquer, surtout quand on n’apporte pas de solutions.

Sachez, qu’en Europe, beaucoup de pays ont une langue officielle qui n’est pas la langue parlée par toute la population. La fragmentation linguistique a toujours été importante en Europe. Alors, tant qu’on y est, pourquoi ne blâmez-vous pas l’Italie ou l’Allemagne où les dialectes perdent du terrain?

Croyez-vous que cela soit facile de faire marcher un pays avec dix langues officielles?

Il y a eu un débat récent sur les langues régionales en France. Figurez-vous que celles-ci sont nombreuses: alsacien, basque, catalan, breton, corse, flamand, provençal, etc…

Alors ma question est la suivante: puisque vous vous intéressez tant aux langues régionales de France, quel aménagement proposez-vous entre ces langues et la langue officielle, le français?

>Est-ce un tel "modèle" que vous recommanderiez au Canada?

Le Canada n’a pas la même histoire ni la même situation linguistique que la France. La comparaison me semble donc superflue.

>Dans ce cas, je peux vous le dire, la question du Québec et de ses
>doléances serait vite réglée, et ce, tout probablement de façon
>sanglante.

Précisez votre pensée car je ne comprends pas bien ce que vous entendez par là. Au Canada, on est entre gens civilisés, il me semble en particulier, l’adjectif "sanglant" ne manque pas de me choquer.

>De plus — pardonnez-moi si je m’excite — à ma connaissance, en >dépit
>du fait que vous jouissez encore d’une langue probablement plus >pure
>que la nôtre, l’anglais pénètre partout chez vous, non seulement >dans
>le jargon des jeunes, mais même dans celui des personnes plus >mûres.

C’est largement discutable, cher ami. Sachez tout d’abord que la France (avec les autres pays francophones d’ailleurs) a une politique terminologique très active. Ce n’est pas à des Québécois, je pense, que je vais apprendre cela. Ensuite, les termes français remplacent très souvent les anglicismes et le vocabulaire du multimédia, par exemple, est très largement francisé.

Si vous voulez vraiment voir à quoi ressemble une langue vraiment influencée par l’anglais, prenez l’italien, par exemple. En italien, "ordinateur", "souris", "logiciel", "baladeur" ou "vélo-tout-terrain" se traduisent par "computer", "mouse", "software", "walkman" et "moutain bike" (en italien dans le texte!).

Alors croyez-moi, le français a peut-être quelques anglicismes mais ce n’est rien par rapport à d’autres langues européennes!

Les résultats des travaux de terminologie sont très bien représentés sur la banque de données du service de la langue française de Belgique, largement inspirée des travaux terminologiques français: http://www.cfwb.be/franca/bd/bd.htm

>Lors de ma dernière visite en France, j’ai été choqué de voir partout
>des mots comme "parking", "drug-store" ou "download" utilisés
>couramment.

"Parking" est courant, c’est vrai. "Drug-store" se trouve uniquement à Paris et n’est vraiment pas un terme usité. Quant à "download", il signifie tout simplement "télécharger" et c’est ce dernier terme qui est largement employé.

>Ce n’était pas le paradis linguistique parfait que vous décrivez.
>Je regrette de devoir vous le souligner.

Je n’ai jamais parlé de "paradis linguistique"! Et je n’ai, de plus, jamais fait allusion à la qualité de langue en France! Relisez mon message.

>L’indépendance donnerait au Québec le droit de se montrer plus
>intransigeant envers la minorité anglophone et le pouvoir de les
>forcer à fonctionner uniquement en français.

De toutes façons, d’après ce que je lis, c’est le sort de beaucoup de francophones dans le reste du Canada. Par la force des choses, beaucoup sont obligés de "fonctionner en anglais", comme vous dites. En particulier, dans le milieu du travail.

Quant au anglophones du Québec, les choses doivent être très claires. Rien ne les empêche de parler anglais à titre privé. Mais je ne comprends pas pourquoi ces derniers bénéficient d’hôpitaux, de services sociaux, d’écoles en anglais alors que la langue officielle est le français.

Qu’est-ce que c’est que cette farce?

Le français est la langue officielle du Québec mais, dans le même temps, on donne aux anglophones tout ce qu’il faut pour… éviter de vivre en français!

Les anglophones doivent accepter le français comme langue commune du Québec! Ensuite, rien ne les empêche de vivre leur vie privée dans la langue de leur choix.

>Mais ce serait une manifestation d’intolérance et de racisme de la
>part d’un état qui aurait été mieux traité qu’il ne traiterait ses
>propres citoyens.

Le racisme n’a rien à voir là dedans. La langue que l’on parle n’a rien à voir avec la couleur de la peau. Quant à l’intolérance, parlons-en! Que dites-vous des menaces de fermetures de l’hôpital Montfort en Ontario ou de l’assimilation massive des francophones hors Québec-Nouveau-Brunswick? C’est de la tolérance, ça?

En ce qui me concerne, je ne vois pas ce qu’il y a d’intolérant à demander le respect de la langue commune du Québec.

>J’espère ne vous avoir pas blessé par mes remarques sur la France,
>vous qui avez été courtois dans votre message.

Vous ne m’avez pas blessé mais les choses ne sont pas si simples. En ce qui concerne la Corse, le problème est compliqué. De même pour les langues régionales. Quant aux anglicismes, croyez-bien que la France fait beaucoup, à tel point que j’ai déjà entendu d’autres Européens railler l’attitude française de systématiquement traduire tous les termes anglais et de promouvoir des termes français. L’italien et l’allemand sont plus envahis que le français; l’espagnol, en revanche, a aussi une politique terminologique active.

>Je suis heureux d’avoir pu partager mon point de vue avec vous, bien
>qu’il soit divergent.

Moi aussi, cela m’a fait plaisir. J’aime beaucoup discuter. Ceci dit, je pense que vous n’apportez pas beaucoup d’arguments solides en faveur du maintien du Québec dans le Canada. En ce qui concerne la langue, je fais le constat suivant:

– La langue française subit des discriminations plus ou moins importantes au Canada. La décision de M. Harris le confirme de manière éclatante.

De plus, il me semble clair que ces discriminations sont plus importantes que celles qu’il y aurait dans un Québec souverain (et pour cause, on voit mal le Québec discriminer sa propre langue).

– Les solutions que vous apportez sont malheureusement inexistantes.

En conclusion, je dois dire que je sors de cette discussion pas vraiment ébranlé dans mes convictions souverainistes. Je continue à penser que, tant que le Québec fera partie du Canada, la langue française continuera à subir des discriminations. Et le seul moyen, à mes yeux, d’en finir avec ces pratiques est que voit enfin le jour le Québec souverain.

>Bonne année.

Bonne année à vous aussi.

Grégoire ROSTROPOVITCH