UNITED CANADA NETWORK

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UNITED CANADA NETWORK
Depuis au moins un mois, sur un panneau publicitaire au centre-ville de Toronto,
le Premier ministre du Québec hante Bay Street.

Les deux textes suivants sont publiés dans l’édition du mardi 25 juillet
2000 de l’Express de Toronto.

Serge Boudreau
L’Express de Toronto
boud66@hotmail.com
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Chaque jour, depuis près d’un mois, les décideurs politiques et économiques
de Toronto, qui circulent à l’angle des rues Bay et Gerrard, peuvent voir un
panneau publicitaire où on adresse le message suivant au premier ministre du
Québec, Lucien Bouchard: « Freedom of language is a right everywhere in
Canada. »

Un message nébuleux. On ne sait trop où le signataire veut en venir en
envoyant un message au gouvernement du Québec, en passant par le quartier
d’affaires de la Ville Reine. Veut-on mentionner au premier ministre du
Québec que la liberté de choix de la langue d’usage est un droit qui
s’applique partout au Canada ?

La note est signée par le United Canada Network. En grandes lettres, on
peut également y lire un numéro de téléphone sans frais, le 1 877 494-9636.
à première vue, on s’imagine qu’il s’agit d’un organisme structuré,
qui tend
la main aux résidants de Toronto. Dans les faits, il semble que ce soit
plutôt une organisation fantôme qui se cache derrière ce numéro de
téléphone.

Lorsqu’on tente de rejoindre United Canada Network, on tombe directement
dans un centre de télé-réponse situé à Montréal. Après avoir placé quatre
appels différents en milieu de semaine dernière, les membres de l’équipe de
L’Express ont toujours obtenu le même résultat et ce, peu importe la langue
parlée. On se butte à une téléphoniste qui mentionne qu’elle n’a que le
mandat de prendre les messages, point à la ligne. Le seul détail qui a été
dévoilé par une réceptionniste confirme que le «client» est basé en Ontario.
Au moment d’aller sous presse lundi soir, aucun message n’avait été retourné
à L’Express.

Bureau du Québec
L’affaire intrigue le chef de poste du Bureau du Québec à Toronto, M.
Jean-Louis Hériveault. Ce dernier confirme que le panneau a été placé à
l’angle des rues Bay et Gerrard il y a environ un mois. «Le message n’est
pas très clair, mais les auteurs s’adressent directement au premier ministre
du Québec. Nous ne connaissons pas United Canada Network, mais nous
aimerions bien en savoir plus long», a-t-il dit en mentionnant que M.
Bouchard n’était pas au fait de l’affaire. Il a ajouté que le premier
ministre devait rentrer de vacances au début de la semaine. Le Bureau du
Québec n’a reçu aucune plainte au sujet de cette affiche.

Même mutisme du côté du propriétaire du panneau, la compagnie Mediacom.
La directrice du marketing et des affaires publiques, Mme Kim Warburton, a
refusé d’identifier son client. «Nous louons les panneaux à des agences de
placement qui offrent le service à leurs clients. S’il y a un numéro de
téléphone sur le panneau et que quelqu’un répond aux appels du public, ils
finiront bien par retourner leurs appels», s’est-elle contentée de répondre.

Mme Warburton a confirmé qu’elle n’avait reçue aucune plainte concernant
le message diffusé sur ce panneau. «Toutes les plaintes du public sont
portées à mon attention. Toutefois, si les gens désirent déposer une plainte
officielle, ils peuvent contacter Les normes canadiennes de la publicité.
Les entreprises du secteur de la publicité ont mis sur pied cet organisme
pour s’autoréglementer. Le NCP a des bureaux à Montréal et Toronto.

Le Conseil de l’unité canadienne a également confirmé ne pas
connaître
les auteurs de ce message, qui ne semble pas avoir créé bien des remous dans
la Ville Reine.

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Réaction d’Impératif français :

Le United Canada Network
« Des pleutres, poltrons et peureux »
-Impératif français

SERGE BOUDREAU
L’Express de Toronto
boud66@hotmail.com
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Même le président d’Impératif français, Jean-Paul Perreault n’a
aucune idée
de qui peut se cacher derrière ce message adressé au premier ministre
du Québec.

«On ne sait pas qui se cache derrière tout ça. Ce sont des pleutres, des
poltrons, des peureux. C’est l’expression d’un courant hargneux à
l’endroit
des francophones du Québec et du Canada», a-t-il déclaré en ajoutant que les
auteurs devaient être drôlement bien financés pour pouvoir se payer un
panneau publicitaire au centre-ville de Toronto.

Impératif français est un organisme qui s’applique depuis 25 ans à la
défense et à la promotion de la langue française et des cultures
d’expression française. Le siège social est basé à Aylmer, en Outaouais.

Pas la bonne photo
Jean-Paul Perreault affirme que le United Canada Network s’est trompé de
photo. «C’est évident que les auteurs à l’origine de ce panneau se sont
trompés de photo. Ils auraient dû choisir Jean Chrétien ou Mike Harris.» Le
président d’Impératif français soutient que c’est le premier ministre du
Canada qui donne le ton au sort peu enviable de la langue française au
Canada. Perreault fait ici référence à la déclaration de M. Chrétien à
l’aube du Sommet de la francophonie de Moncton.

«M. Chrétien avait déclaré que l’assimilation des francophones était une
réalité de la vie.»

Pourquoi pas Harris
Si la langue d’usage est un droit qui doit s’appliquer partout au pays,
cela
devrait inclure l’utilisation du français dans une ville comme Toronto.
C’est cette réflexion qui motive également M. Perreault à souhaiter que la
photo de M. Bouchard soit remplacée par celle du premier ministre de
l’Ontario. «C’est lui qui menace l’hôpital Montfort d’Ottawa, le
seul
entièrement francophone en Ontario.»

On sait que le gouvernement Harris a déclaré récemment qu’il n’avait pas
à freiner l’assimilation de la communauté francophone.

Colline parlementaire
«Comme le nom des signataires du panneau le propose, United Canada Network,
le message devrait être diffusé à travers le pays, propose le président
d’Impératif français. On devrait placer ce panneau dans chaque capitale
provinciale, y compris à Ottawa sur la colline parlementaire, avec la photo des premiers
ministres des provinces anglophones et du Canada.»

Leaders francophones
Ce panneau publicitaire, pourtant en évidence au centre-ville torontois,
n’a
pas été décrié par les groupes de protection des droits des
Franco-Ontariens. Est-ce parce que le message est adressé directement à M.
Bouchard?

«Non je crois plutôt que les Franco-Ontariens en ont actuellement plein
les bras avec la sauvegarde de l`hôpital Montfort, estime Jean-Paul
Perreault. Mais au-delà de la photo de Bouchard, il y a un enjeu beaucoup
plus important que le discours partisan, c’est la survie de la langue
française.»