UNE LANGUE SECONDE COMMUNE POUR L’EUROPE

UNE LANGUE SECONDE COMMUNE POUR L’EUROPE ?

From: Marc REGNARD <mregnard@club-internet.fr>
To: Denis GRIESMAR <denis.griesmar@wanadoo.fr>
Sent: Monday, August 28, 2000 12:19 AM
Subject: PETITION AU PARLEMENT EUROPEEN POUR UNE LANGUE COMMUNE

Cher Monsieur,

J’ai obtenu votre mail par l’intermédiaire de Charles Durand (Université de
Belfort-Montbéliard) qui vous a dressé récemment un courrier au sujet des
tentatives de mise à l’écart du français au Bureau Européen des Brevets.

Notre association UnitéE a pour objet de promouvoir l’idée d’une langue
européenne commune pour une Europe fédérale.

Nous pensons en effet que l’unité politique de notre continent ne pourra
être durable si elle n’est pas soutenue par un projet culturel fort impliquant
l’ensemble des citoyens et pas seulement une élite qui aurait la charge de
prendre ses destinées en main. Parce que le langage est au coeur de
l’identité des peuples et des individus et qu’il est le fondement du sentiment
d’appartenance à une communauté, mais aussi parce que l’exercice de la
démocratie se fait à travers le dialogue entre les citoyens et leurs
représentants, nous pensons qu’une langue commune sera le véritable ciment
de l’union européenne.

Les résultats de l’enquête que nous avons menée en 1999 auprès des
parlementaires européens et les contacts que nous avons eus avec certains
d’entre eux nous paraissent porteurs d’espoir.

C’est pourquoi nous avons décidé de lancer une pétition à l’attention des
eurodéputés, en faveur d’un processus de choix d’une langue commune qui
serait la seconde langue de tous les Européens.

Vous trouverez ci-joint le texte de cette pétition, ainsi qu’un document
annexe. Nous nous permettons de solliciter votre soutien en étant l’un des
signataires de cette pétition et de contribuer ainsi à une démarche qui se veut
fondatrice d’une véritable citoyenneté européenne.

Nous prévoyons par ailleurs d’organiser dans les prochains mois un colloque
sur la problématique de l’union européenne et du multilinguisme. Serait-il
envisageable que vous participiez à une telle manifestation?

Je me tiens bien sûr à votre disposition pour vous fournir toute information
complémentaire que vous souhaiteriez avoir.

En vous remerciant d’avance de l’intérêt que vous pourrez porter à notre
projet, je vous prie d’agréer, cher Monsieur, l’expression de mes
salutations les meilleures.

Marc REGNARD

Ci-après, message d’envoi de notre pétition à nos sympathisants.
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Madame, Monsieur,

L’association UnitéE a décidé de lancer une pétition à l’attention du
Parlement européen en faveur d’un processus de choix d’une langue commune
qui serait la seconde langue de tous les citoyens européens.

Vous trouverez ci-joint le texte de notre pétition ainsi qu’un document
argumentaire en annexe. Nous nous permettons de solliciter votre soutien en
étant l’un(e) des signataires de cette pétition et en contribuant si
possible à recueillir des signatures dans votre entourage. N’hésitez pas à
répercuter ce message à d’autres personnes de votre connaissance. Les
signatures de citoyens de pays non encore membres de l’Union Européenne
doivent être recueillies sur des formulaires de pétition séparés des autres.

A toutes fins utiles, pour ceux de vos interlocuteurs qui souhaiteraient en
savoir plus, nous vous joignons un document résumant les objectifs de notre
association. Pour plus d ,information, n’hésitez pas à nous contacter :

Association UnitéE
3 bis, rue de l’Essai – 75005 PARIS ou 23, rue de Stalingrad – 92000
NANTERRE
Tél : 0033 (0)1 55 43 86 97 / (0)1 47 25 41 32 / (0)6 81 63 68 86
Fax : 0033 (0)1 47 42 77 43
e-mail : mregnard@club-internet.fr / unitee@unitee.com

Dans toute la mesure du possible merci de nous faire parvenir avant le 15
septembre les signatures que vous pourrez recueillir.

Nous vous remercions d’avance de vous associer à notre démarche et vous
adressons nos plus européennes salutations,

Marc REGNARD

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Objet: PETITION AU PARLEMENT EUROPEEN POUR UNE
LANGUE COMMUNE
Date: Mon, 28 Aug 2017 22:02:08 +0200
De:"denis.griesmar" <denis.griesmar@wanadoo.fr>
A: "Marc REGNARD" <mregnard@club-internet.fr>

Monsieur,
Je vous remercie de votre courriel. Tout en souhaitant en savoir davantage
sur votre association, je me pose quelques questions. Pour ce qui est des
problèmes linguistiques, j’ai le malheur d’avoir à la fois une formation
théorique et une certaine expérience pratique, dont je déduis qu’on ne peut
se poser ce type de questions innocemment. En particulier, il est impensable
de faire l’impasse sur l’énorme pression exercée par les Anglo-Saxons pour
imposer l’anglais en tous temps et en tous lieux. Du fait de l’actuel
déséquilibre de puissance, l’anglais doit être traité à part. Concrètement,
si l’anglais devient cette "deuxième langue" des Européens, il est illusoire
de penser que le multilinguisme pourra être préservé. Il n’y a dans ce
constat aucune animosité à l’égard de la langue anglaise, que je parle
depuis l’enfance, et que j’ai même défendue sur les planches ! Seulement,
lorsqu’on est Français, ou citoyen d’un pays non anglophone, on est obligé
de prendre quelques précautions. Faute de quoi ce genre d’initiative
pourrait être considéré comme un cheval de Troie des multinationales
anglo-saxonnes, et de ce qu’il nous faudrait bien appeler l’impérialisme
américain. En outre, lorsqu’on entend parler d’Europe fédérale, on se
demande quelles personnes et quelles institutions pourraient ou auraient
intérêt à défendre le droit des nations d’Europe à leur langue. Ceci à
l’heure même où une offensive sans précédent se déploie pour éliminer les
langues de l’Europe autres que l’anglais. A l’heure même où les
professionnels des langues redoutent que certaines pressions peu innocentes
ne les réduisent au chômage. De même, comment faire apparaître une volonté
d’indépendance à l’égard des Etats-Unis assez inégalement répandue sur notre
continent ? Enfin, on trouve parfois, et même assez fréquemment, une vision
des langues qui est assez réductrice, et qui tient à une extension abusive
du concept d’ "information". Il y a donc beaucoup de malentendus, y compris
épistémologiques, à écarter. Je suis donc d’accord pour participer à un
colloque, si cela vous intéresse, mais pour apporter peut-être une forme de
contradiction, un certain questionnement, et contribuer, si possible, à
reformuler les problèmes : l’Europe, pourquoi ? Pourquoi s’arrêter là ? La
solidarité humaine est planétaire. Pourquoi ne pas s’organiser par grands
groupes linguistiques ? Donner davantage de sens à la francophonie ? En
second lieu, l’Europe, pour quoi faire ? Pour quel type de société ? Doit-il
être différent de celui que proposent les Etats-Unis d’Amérique ? A mon sens
oui, car le genre de développement de ce dernier pays n’est soutenable, à
terme, ni écologiquement, ni anthropologiquement (voir les travaux
d’Emmanuel Todd). L’ampleur des questions soulevées est telle que je ne puis
pas même les effleurer ici. Par conséquent, si ce type de dialogue vous
intéresse, je serai heureux de vous lire.

A bientôt,

Denis Griemar
denis.griesmar@wanadoo.fr