UNE ASSEMBLÉE NATIONALE ABUSANT DE SON AUTORITÉ ?

UNE ASSEMBLéE NATIONALE ABUSANT DE SON AUTORITé ?

Nous sommes des Québécoises et des Québécois d’adoption qui partagent
l’aventure collective du peuple qui nous a accueillis et qui vivent au rythme de
la société québécoise et de son cheminement. La résolution de l’Assemblée
nationale du 14 décembre touchant les déclarations de monsieur Yves Michaud à
l’occasion des états généraux de la langue française nous a consternés.

Nous avons lu les textes de monsieur Michaud et écouté ses déclarations.
Nous partageons les propos qu’il a tenus quant à la difficulté d’intégrer les
nouveaux arrivants à la majorité française de la communauté politique
québécoise, et aux difficultés afférentes à cette situation, notamment
quant à la survivance et au développement de la langue française commune.
Nous savons aussi que cette difficulté d’intégration, touchant aussi des
minorités ou communautés ethniques (avec toutes les imprécisions et les
ambiguités que suscite l’usage de ces termes) a des impacts sur les décisions
collectives du peuple québécois, comme l’ont manifesté les résultats des
référendums. Ce sont là des évidences.

Monsieur Michaud est un citoyen jouissant des mêmes droits qui nous ont
été accordés, à nous, nouveaux arrivés. Nous ne comprenons pas comment
l’Assemblée nationale a pu dénoncer sans nuances certains de ses propos sans
les identifier, et se prononcer sur le sort de ce simple citoyen, qui n’avait
fait qu’exercer librement son droit d’expression dans un forum public ouvert à
tous. Elle a outrepassé son rôle. Les parlements ne sont pas des tribunaux
autoritaires ou des censeurs mais des institutions chargées de faire respecter
les droits de chacun, incluant les droits d’expression.

Nous sommes consternés pour un deuxième motif. Nous avons le sentiment que,
nouveaux arrivés ou membres de minorités diverses, nous sommes parfois
utilisés, comme armes offensives ou défensives, dans le cadre de luttes
politiques partisanes entre les partis politiques, ou aussi parfois pour
influencer des décisions à l’intérieur d’un parti ou l’autre. Cette
utilisation est habituellement le fait des partis politiques.

Comment cette fois l’Assemblée nationale a-t-elle pu en arriver à accabler
un simple citoyen au nom de la défense des droits des "communautés
ethniques", comme le stipule la résolution, sans laisser les débats sur
ce sujet se faire dans les forums usuels publics disponibles à cette fin ?
Comment les élus du Parti libéral ont-ils pu utiliser ainsi le parlement et y
lancer une telle opération contre un simple citoyen ? Comment ceux du Parti
Québécois et de l’Action démocratique ont-ils pu les appuyer sans réserve ?
L’Assemblée nationale a outrepassé ses pouvoirs et s’est discréditée.

Nouveaux arrivés ou membres dits de "communautés ethniques" ou de
minorités, comme le veut la résolution, nous demandons d’être respectés et
de ne pas être ni manipulés, ni utilisés à des fins partisanes.

Ercilia PALACIO
Johan NACHMANSON
Guadalupe CALDERON
Jean CERMAKIAN
Salomon COHEN

Le 18 décembre 2000

(Texte extrait du Forum « Avant-garde Québec »)