UNE ALTERNATIVE À L’IMPÉRIALISME ANGLO-SAXON

UNE ALTERNATIVE à L’IMPéRIALISME ANGLO-SAXON

Bonjour,

Je souhaiterais réagir au texte de Mme Carole Vantroys « Parlera-t-on longtemps français dans le monde ? » publié à l’adresse suivante sur votre site :

Quel avenir pour notre langue? La situation est grave mais pas désespérée. Il suffit de regarder les chiffres. Sauf en Europe et en Amérique latine, la francophonie progresse dans le monde.

On nous parle de situation grave et ensuite, on nous explique dans la phrase suivante que la francophonie progresse dans le monde (sauf en Europe et en Amérique latine)! Je trouve que c’est tout de même vraiment contradictoire. J’aimerais comprendre…

"L’envahissement de l’anglo-américain est sur le point de nécroser la langue française." S’il manie habilement le français, Yves Berger ne parle pas la langue de bois. Pour l’écrivain, éditeur chez Grasset et président de l’Observatoire de la langue française, la situation est grave, voire calamiteuse.

Mais quid alors de la progression de la Francophonie dans le monde ???

Et seul un véritable esprit de résistance pourrait éviter au français de ne survivre qu’à l’état de "dialecte". Sans aller jusqu’à l’extrémisme des étudiants de Phnom Penh qui, en 1995, jetèrent leurs manuels par les fenêtres de l’université de technologie du Cambodge pour manifester leur exaspération face aux cours de français – "une langue qui ne mène à rien" – , force est de reconnaître qu’un peu partout des signaux alarmants confortent ces craintes.

J’aurais tout de même bien aimé que l’on développe l’épisode concernant les étudiants cambodgiens. En effet, certaines sources se sont tout de même demandées quel était le degré de manipulation de ces étudiants…

J’ai lu en particulier que certains Anglo-Saxons, en particulier des Australiens, luttent avec acharnement contre la Francophonie au Cambodge (les Australiens considérant que ce pays fait partie de leur arrière-cour) et que la création du journal francophone Le Mékong avait été accueilli à boulets rouges par les deux journaux anglophones du pays.

J’aurais donc bien aimé en savoir un peu plus quant à ces étudiants qui jettent leurs livres par les fenêtres. Ceci dit, je constate que les autres établissements cambodgiens où le français est langue d’enseignement (faculté de droit et de lettres, entres autres) n’ont pas l’air de connaître les mêmes soubresauts…

Pour l’anecdote, j’ai reçu une lettre du Cambodge l’année dernière. Le timbre-poste était rédigé en deux langues: le khmer et le français. Comme quoi, le français au Cambodge sert au moins à la Poste…

C’est ainsi qu’en Suisse on constate que les jeunes italophones, germanophones et francophones utilisent de plus en plus l’anglais pour communiquer, tandis que dans le canton de Zurich son apprentissage est désormais obligatoire dès la septième année de scolarisation.

D’où l’intérêt pour les Francophones et les autres cultures de développer le plurilinguisme afin justement d’éviter le passage réducteur par le "Basic English"…

Même chose au Canada, où l’on recense seulement 9 % d’anglophones bilingues contre 41 % de francophones bilingues.

Bravo le bilinguisme canadien!

A part çà, le Québec libre, c’est pour quand?

D’ailleurs le Financial Times n’estimait-il pas récemment avec une satisfaction non déguisée que "pour le français, la bataille est perdue", l’anglais s’apprêtant à décrocher le titre de lingua franca du troisième millénaire.

Pour le français, la bataille n’est absolument pas perdue. J’aimerais bien que le Financial Times donne des arguments avant d’asséner ses formules péremptoires.

Ceci dit, la satisfaction non déguisée du Financial Times enlèvera certainement les derniers doutes de ceux qui doutaient encore de la volonté hégémonique des Anglo-Saxons. Les Québécois, qui luttent depuis des siècles contre l’assimilation à l’anglais, apprécieront…

En France en tout cas, certains semblent s’être déjà résignés à l’inexorable déclin de l’idiome national.

Ah bon? Je suis Français et je n’ai pas du tout cette impression ou alors, comme vous le dites, c’est une minorité. Vous n’auriez pas des noms, par hasard?

Témoin cet opticien qui n’hésite pas, dans une publicité actuellement diffusée sur tous les écrans, à appeler "la forty" une paire de lunettes destinée aux presbytes!

On trouve ce genre d’abruti partout. Il n’y a vraiment pas de quoi s’en affoler…

Distribué à la porte du salon Expolangues en janvier dernier, le rapport établi par l’association "Le Droit de comprendre" est tout >simplement édifiant. On y découvre que l’emploi obligatoire (et abusif) de l’anglais dans les entreprises hexagonales ne cesse de progresser, "imposé aux salariés francophones en France et en dehors de tout échange avec des locuteurs anglophones"!

Peut-être, mais cela reste encore très marginal!!

De plus, si vous avez lu tout le rapport

vous auriez pu mentionner aussi que les rares qui veulent imposer l’anglais dans l’entreprise se heurte à des résistances très fortes des syndicats qui attaquent en justice !! La revue Usine Nouvelle a même publié un article titré "Pas facile d’imposer l’anglais comme langue officielle de l’entreprise". Croyez-moi, les hurluberlus qui veulent que leurs employés utilisent l’anglais dans l’entreprise ont du fil à retordre. C’est tout sauf un long fleuve tranquille…

Les Français ne sont quand même pas abrutis au point de se laisser imposer une langue étrangère!

Pourtant, les données publiées cette année à la Documentation française par le Haut Conseil de la francophonie tranchent avec le pessimisme ambiant.

Ah, enfin du positif…

Le nombre de francophones serait en effet en hausse dans plus de cinquante pays, stationnaire dans une vingtaine et en baisse dans une quinzaine. Des constats chiffrés qui n’ont rien d’attristant puisque, hormis en Europe et en Amérique latine où elle est en régression, "la francophonie dans son ensemble progresse dans le monde"

Ah bon? Mais alors quid de la nécrose du début de l’article??? Il faudrait peut-être se mettre d’accord…

… une progression essentiellement liée à l’accroissement démographique, comme le démontre le cas du Niger, passé de 20 000 élèves scolarisés en 1960 à 452 000 aujourd’hui.

En parallèle, le nombre d’élèves étudiant le français dans le monde n’a rien de négligeable puisqu’il est estimé à 50 millions. Il faut dire que, dans ce domaine, la France déploie un dispositif impressionnant. Le ministère des Affaires étrangères recense en effet 212 écoles et lycées français scolarisant 120 000 élèves dont 40 000 Français, 131 instituts et 1 085 centres de l’Alliance française dispensant des cours de langue à environ 400 000 personnes, sans oublier un millier d’attachés linguistiques aidant 900 000 professeurs étrangers à enseigner notre langue à 50 millions de personnes.

Côté financier, le budget de la Direction générale des relations >culturelles, scientifiques et techniques s’élève à 5 milliards de francs par an, soit 35 % celui du ministère des Affaires étrangères. Il a notamment permis en 1998 de financer l’envoi de 800 000 livres offerts à des bibliothèques, 300 mission s d’écrivains, d’éditeurs et de traducteurs français et 300 invitations d’homologues >en France ou encore le financement de 10 000 manifestations culturelles à l’étranger. Enfin, l’arme des ondes n’est pas oubliée puisque 942 millions de francs sont consacrés à l’action audio-visuelle extérieure, 75 millions de foyers recevant TV5 et 45 millions d’auditeurs étant touchés par RFI.

Seule langue avec l’anglais à être enseignée dans tous les pays du monde, à des titres et des degrés divers, le français s’impose de plus en plus comme la "langue de l’excellence", par opposition à l’anglais, langue "utilitaire", la formation dans des établissements relevant du système français étant principalement recherchée pour cette raison. C’est le cas du lycée français de Vienne – 11 nationalités différentes et des résultats de rêve au bac avec 98 % reçus. "Le français estconsidéré comme la langue de l’élite", confirme l’un des attachés linguistiques en poste, qui explique ainsi la présence de 1 140 Autrichiens sur 1 893 élèves.

Autre tendance lourde, l’essor des classes bilingues est notable dans de nombreux pays tels que la Roumanie, qui en comptabilise 59 à elle >seule, mais aussi l’Allemagne, la Turquie ou la Mauritanie. Un succès qu’il convient de nuancer par l’absence, trop fréquente, de débouchés universitaires au-delà du baccalauréat. En égypte, les 60 000 enfants qui reçoivent un enseignement franco-arabe se dirigeaient vers des universités américaines jusqu’à ce que soient créées au début des années 90 des filières juridiques, commerciales, politiques et de journalisme au sein de l’université du Caire. Sur le même modèle, l’Institut des relations internationales de Moscou a établi un partenariat avec Sciences-po Paris tandis que les étudiants du Collège universitaire français créé en 1991 obtiennent un diplôme reconnu en France. Malgré ces efforts, 75 % des étudiants ivoiriens partent encore chaque année étudier aux états-Unis et au Canada, prodigues en bourses alors que la France demeure frileuse. Pour cette raison, Michel Guillou, président de l’Agence universitaire de la francophonie, évoque la création d’un "passeport francophone" destiné à attirer les meilleurs cerveaux.

Autre indicateur sous haute surveillance, la baisse de l’utilisation du français dans les organisations internationales et, en France, dans les colloques internationaux est jugée préoccupante par le Haut Conseil de la francophonie. Selon une enquête commandée en 1998 par la Délégation générale à la langue française (DGLF), il se tient en France environ 750 manifestations internationales annuelles, dont 150 se déroulent uniquement en français, 300 exclusivement en anglais et 300 associant les deux langues. Et même si le français demeure l’une des deux langues officielles des Jeux olympiques, Lillehammer fut un désastre linguistique pour la France. Au point qu’un accord visant au respect de l’usage du français a dû être signé en février 1998 à Nagano avec les autorités olympiques

Si la situation se dégrade à l’Onu, les experts français eux-mêmes s’exprimant en anglais à New York…

Des noms!

Qu’on puisse aller les casser auprès de leurs supérieurs… Ceci dit, ils n’ont pas peur du ridicule ceux-là. Un Malien, un Québécois ou un Belge vont s’exprimer à l’ONU en français et un Français en anglais? C’est complètement grotesque…

…le français, langue officielle et langue de travail des institutions de l’Union européenne, "garde toute sa place" à Bruxelles, selon le président de l’Association française des fonctionnaires des communautés européennes. Et la Finlande, la Suède et l’Autriche, le trio adhérant à l’Union européenne en 1995, affichent une forte progression récente de l’apprentissage du français, liée aux besoins importants en personnel francophone que suscite l’intégration. à Stockholm, l’ambassade de France note même que le français n’est plus considéré comme une "langue rare" parce que "les jeunes savent qu’à Bruxelles on parle français". C’est tout le sens de la politique "très systématique menée par la DGLF envers l’Europe centrale et orientale", signale sa directrice, Anne Magnant, une formation à la langue et à la >culture française destinée aux fonctionnaires en poste au Conseil de l’Europe ayant été mise en place dès 1997.

Face à ce volontarisme des Français,

Vous voyez qu’on n’est pas complètement abrutis par l’anglais…

... de nombreuses nations évoquent l’apprentissage de la langue de Voltaire comme un moyen de se démarquer, une ouverture au monde. C’est le cas du Vietnam, candidat pour le 7e Sommet des chefs d’état de la francophonie qui s’est tenu à Hanoi en 1997, même si 2 % seulement de ses 77 millions d’habitants parlent couramment le français et 10 % sont "francisants". Même chose pour l’Albanie, la Macédoine et la >Pologne, entrées en tant qu’observateurs dans la Communauté francophone à l’issue du même sommet. Deuxième langue certes, par rapport à l’anglais, mais première langue "choisie" un peu partout dans le monde, le français semble être la seule langue capable, aujourd’hui, d’offrir une alternative, linguistique et culturelle, à l’impérialisme anglo-américain.

Tout à fait.
Le français offre une alternative à l’impérialisme anglo-saxon.
Et, en tant que Français, je n’en suis pas peu fier…

Mais pour combien de temps encore?

Pourquoi cela s’arrêterait-il?

Ceci dit, le jour où le français ne sera plus une alternative, alors toutes les langues seront vassalisées et condamnées à terme à la folklorisation face au rouleau compresseur anglais. Heureusement, je ne pense pas que cela arrivera de sitôt. Si on reste vigilants, il n’y a aucune raison.

Bien à vous.

Grégoire Rostropovitch
rostropovitch.gregoire@lemel.fr

(Le 6 mai 1999)