UN RAPPORT ACCABLANT

UN RAPPORT ACCABLANT

Le gouvernement fédéral doit redevenir l’allié des communautés
francophones et acadiennes et amorcer un virage radical en faveur d’une promotion ouverte
et puissante de la dualité linguistique canadienne et de l’égalité des Canadiens
anglophones et francophones partout au pays.

C’est la conclusion que tire un rapport rendu public à Ottawa
aujourd’hui, par le Sénateur Jean-Maurice Simard, du Nouveau-Brunswick, faisant état de
la situation de crise dans laquelle se retrouvent les communautés francophones et
acadiennes du Canada et qualifiant cette situation "d’urgence nationale".

Le rapport, accablant pour le gouvernement fédéral qu’on blâme de ne
pas avoir assumer des responsabilités morales, légales et constitutionnelles face aux
minorités linguistiques, somme les dirigeants d’Ottawa d’agir énergiquement et
rapidement pour enrayer le fléau de l’assimilation qui menace la survie des communautés
francophones et acadiennes.

Deux des 43 recommandations, dont 10 recommandations cadre principales,
que contient le rapport sur l’application et l’impact des lois et politiques linguistiques
du Canada, s’adressent directement au Premier ministre du Canada et au ministre du
Patrimoine canadien.

Le rapport utilise entre autres l’exemple de la crise entourant
"le déchiquetage de l’Hôpital Montfort" pour démontrer comment le
gouvernement fédéral craint d’appuyer trop ouvertement les communautés francophones qui
sont pourtant l’essence de la dualité linguistique canadienne.

Il formule ensuite une recommandation à l’effet que "le Premier
ministre donne le ton à ses ministres, aux députés de la Chambre des Communes et aux
fonctionnaires du Gouvernement fédéral, en déclarant sans détour que la protection des
droits des minorités est une priorité et que son Gouvernement entend utiliser tous ses
pouvoirs pour faire respecter ces droits."

Par ailleurs, le rapport affirme que le Ministère du Patrimoine
canadien est le principal architecte de "l’asservissement du leadership
francophone" et de "l’affaiblissement des communautés". L’analyse des
politiques et du comportement du ministère du Patrimoine, et de son prédécesseur le
Secrétariat d’état, ces 20 dernières années, depuis l’après-référendum, sous le
gouvernement Mulroney et jusqu’au gouvernement actuel qui a poursuivi dans sa foulée,
conclut que le gouvernement fédéral cherche beaucoup plus à contrôler les communautés
qu’à les appuyer, en les divisant pour régner. On les sous-finance et on force les
associations communautaires à s’entre-déchirer pour ce financement.

"On a choisit l’optique de diviser pour régner, d’utiliser les
ficelles du financement des organismes communautaires pour d’abord affaiblir leur
affinité naturelle pour le Québec au cours des années 1980 et, plus tard, carrément
les utiliser comme bélier contre les aspirations d’une partie très importante de la
population du Québec, dans le cadre du référendum de 1995", peut-on lire dans le
rapport.

"Ce mépris à peine voilé a pour effet de banaliser le rôle des
organismes et de délégitimer le droit d’existence même de ces communautés puisqu’elles
ne serviraient plus désormais qu’à percer les flancs de ces ‘méchants
séparatistes’", ajoute le rapport. " Aux yeux de M. Chrétien, elles semblent
avoir perdu toute légitimité en soi sauf comme petit torchon que l’on sort des boules à
mites lorsqu’on veut faire peur aux nationalistes mous du Québec."

"Les mandarins du ministère, peut-on lire dans le rapport,
confondent la notion d’appui et de responsabilité constitutionnelle à celle du contrôle
et de la banalisation."

Le rapport allègue même que c’est en guise de représailles contre
les associations francophones qui avaient osé appuyer le "Oui" au référendum
québécois de 1980, que Pierre Elliott Trudeau avait ordonné l’annulation de la
Commission tripartite qui a eu pour effet de remettre aux calandres grecques les
programmes et politiques essentiels au développement des communautés francophones et
acadiennes. Et ce présumément parce qu’il craignait que les francophones de l’extérieur
du Québec étaient devenus trop affirmatifs.

Une recommandation est donc faite expressément à l’intention de la
ministre du Patrimoine canadien pour "qu’elle sonne le réveil au sein de son
ministère, et qu’elle émette une vision claire et proactive de la visée de l’article 41
(de la Loi sur les langues officielles) conforme à l’intention du législateur,
munie de directives limpides et d’un processus de transformation de la culture corporative
de cette institution".

Le rapport souligne par ailleurs "l’apport exceptionnel" à
la cause des minorités de certains politiciens fédéraux, l’ex-Secrétaire d’état du
régime Trudeau, M. Gérard Pelletier, et l’ex-député aujourd’hui Sénateur
d’Ottawa-Vanier, M. Jean-Robert Gauthier, de même que de l’ex-Premier ministre du
Nouveau-Brunswick, M. Richard Hatfield.

(Communiqué émis en accompagnement du rapport Simard lequel est
disponible à l’adresse suivante : http://sen.parl.gc.ca/jmsimard/ )

(Le 17 novembre 1999)