UN COMITÉ SUR L’ÉPARGNE

UN COMITé SUR L’éPARGNE

Rosaire Morin
L’Action nationale

Le ministère de l’économie et des
Finances
vient de former un comité sur l’épargne. L’Action
nationale
s’en réjouit. M. Jean Campeau en est le
président. La création de ce Comité arrive à point. Il est
réconfortant d’observer que M. Landry se préoccupe du placement
de l’épargne québécoise. Nous l’en félicitons. Quelques
réflexions et propositions du dossier de L’Action nationale
méritent d’être soumises à l’étude de ce Comité. Elles
répondent à la fois à certains propos pas toujours
bienveillants.

1. Réflexions

Les financiers ne travaillent pas avec leur
argent. Ils gèrent l’argent des autres. Ils s’enrichissent avec
l’argent des autres. Ne devraient-ils pas investir un peu
d’argent dans le milieu des épargnants ?

A titre d’exemple, les Gaspésiens et les
Madelinots qui souscrivent environ 1,2 % des primes d’assurances
devraient bénéficier d’au moins 0,6 % des placements des
sociétés d’assurances. Or les financiers objectent qu’il n’y a
pas, dans la péninsule et dans les Iles, de projets rentables
pour un tel investissement. Ils n’y investissent pas ou presque.
Il en est ainsi dans toutes les régions éloignées.

On parle présentement de fonds de
développement. Le risque est pesé à l’once. Les normes sont
pesantes. Les programmes de démarrage sont lourds. Les projets
sont jugés trop légers. Investir dans le deuxième Québec,
c’est une aventure ? C’est dangereux ?

2. Les marchés financiers

Le secteur financier peut aider une
économie qui fonctionne au ralenti à passer à la croissance
rapide. Mais s’il est mis au seul service du capital, il
compromet le développement.

Le placement au Québec, mesuré à l’once,
ralentit les activités financières, freine l’essor industriel
et paralyse le développement économique. Il est primordial
d’axer le placement vers le développement du Québec et de ses
régions. A ces fins, il faut :

– restructurer la Bourse de Montréal;

– accroître l’activité sur les actions
québécoises;

– développer les marchés monétaire et
obligatoire;

– favoriser l’essor du marché des valeurs
mobilières;

– protéger davantage les épargnants.

3. Des limites à l’exportation

Plus de 100 milliards $ d’épargne
québécoise sont placés en d’autres provinces et pays. Les
institutions financières: banques, caisses populaires, caisses
de retraite, sociétés d’assurances et de fiducie placent plus
de la moitié de leurs portefeuilles à l’extérieur du Québec.

Une action précise s’impose. Le
gouvernement du Québec doit limiter à 40 % la portion de
placements que les sociétés financières opérant au Québec
peuvent faire en d’autres provinces et pays. Le Canada a limité
à 20 % la portion d’avoirs étrangers que les caisses de
retraite peuvent posséder.

4. Les investissements

Si les entreprises financières
investissent dans une région 60 % de l’épargne de la région,
les assisté(e)s sociaux travaillent, consomment, paient des
impôts et connaissent une qualité de vie nouvelle.

Cette obligation doit être imposée à
toutes les entreprises qui perçoivent au Québec des dépôts,
des primes ou des cotisations. Sans quoi, elles ne bénéficient
pas du permis d’opérer de l’Inspecteur général des
institutions financières. Les paramètres peuvent être :

  • Les entreprises financières
    réinvestissent au Québec selon un système de
    priorités lié au développement économique;
  • Les entreprises financières
    investissent dans une région 60 % de l’épargne
    recueillie dans la région;
  • Les entreprises financières
    respectent une politique de réinvestissement des profits
    non distribués;
  • Les entreprises financières
    investissent une proportion de leurs valeurs en titres
    publics du Québec;
  • Le gouvernement applique une politique
    préférentielle envers les entreprises qui respectent
    les règles;
  • Les entreprises financières qui font
    des affaires au Québec sont constituées en vertu des
    lois du Québec;

5. La Caisse de dépôt et
placement

La Caisse de dépôt et placement
recherche des rendements, non pour elle-même, mais pour tous les
Québécoises et Québécois. Pour réduire l’éparpillement de
l’épargne et la canaliser vers le développement du Québec, il
importe de :

  • confier à la «Caisse de dépôt» la
    gestion des fonds de retraite et de réserve de
    provenance gouvernementale;
  • confier à la «Caisse de dépôt» la
    gestion des fonds de pension des organismes publics;
  • par l’intermédiaire de la «Caisse de
    dépôt», convier les entreprises financières à
    participer conjointement à certains investissements
    qu’elles ne peuvent entreprendre isolément;
  • établir un marché organisé pour les
    titres de sociétés à petite ou moyenne capitalisation;

  • réaliser une recherche sur les
    capitaux étrangers, leur importance et l’évaluation des
    privilèges et avantages accordés.

6. Bref

C’est dans le Québec que les épargnes
québécoises doivent être majoritairement investies. Notre
avenir sera ce que nous le ferons. Nous avons les moyens de le
faire grand si nous le voulons. Nous possédons les ressources
pour affronter les défis économiques et résoudre les
problèmes sociaux. Il ne nous manque, pour nous lancer dans
cette voie, qu’un éveil lucide à nos problèmes de solidarité
nationale.