TRANSFERTS LINGUISTIQUES AU QUÉBEC

TRANSFERTS LINGUISTIQUES AU QUéBEC

Jean-Paul Perreault
Président
Impératif français

En situation de concurrence entre les langues, les transferts
linguistiques aident à mesurer la relation de dominance qui existe entre elles. Les
transferts viennent, à leur façon, indiquer laquelle des cultures et des langues
possède le plus de pouvoir d’attraction sur les autres.

Ils permettent ainsi de mesurer l’efficacité des politiques
d’aménagement linguistique au sein d’un état, c’est donc dire des
politiques de francisation au Québec.

à la lumière des chiffres du tableau 1 pour l’ensemble du
Québec, il est aisé de constater que les politiques de francisation au Québec, en place
depuis plus de vingt ans, ne donnent pas tous les résultats escomptés. Le recensement de
1996 révèle que 61,3 % du solde net des transferts linguistiques avantage la communauté
de langue anglaise bien qu’elle ne représente que 8,8 % de la population totale du
Québec. Et, à peine 38,7 % vont vers la langue majoritaire, le français, la seule
langue officielle au Québec… Les chiffres les plus récents révèlent que la
proportion de francophones est en baisse au Québec ! Les pratiques et les mécanismes
d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants ont grandement besoin
d’être repensés afin de les rendre plus efficaces.

Tableau 1
Transferts linguistiques
Ensemble du Québec

Nombre

%

Vers l’anglais

140 595 61,3

Vers le français

88 650 38,7

Vers autres

– 229 245 – 100,0

Source : Statistique Canada – 1996

Les démographes affirment qu’entre 2 010 à 2 020 les
non-francophones formeront la majorité sur l’Île-de-Montréal si des mesures
sérieuses de francisation ne sont pas mises en place sans tarder. Les immigrants doivent
s’intégrer à la société québécoise par l’apprentissage de la langue
commune, le français. Le tableau 2 nous apprend que 75 % du solde net des transferts
linguistiques, les citoyens qui optent pour une autre langue que leur langue maternelle
comme langue d’usage à la maison, vont non pas vers le français, mais
l’anglais. Les expressions « défrancisation » ou « minorisation des francophones
» prennent encore plus de sens lorsque l’on remarque que les transferts
linguistiques grossissent toujours l’importance de l’anglais.

Tableau 2
Transferts linguistiques
Île-de-Montréal

Nombre

%

Vers l’anglais

117 298 75,0

Vers le français

39 104 25,0

Vers autres

– 156 402 – 100,0

Source : Statistique Canada – 1996

Lorsque le gouvernement du Québec et le Conseil de la langue
française
ignorent la troisième région la plus populeuse du Québec dans leurs
études et leurs rapports, cela soulève toutes sortes de questions sur le degré de
connaissance qu’ils ont du sort réservé à la langue française en Outaouais. Le
tableau 3 nous apprend pourtant qu’en Outaouais la langue anglaise récupère 100 %
du solde net des transferts linguistiques alors que la langue française est en perte
nette (6 %) à cause de l’assimilation linguistique.

Géographiquement située à proximité de l’Ontario et tout à
côté de la Capitale canadienne, Ottawa, qui héberge les principales institutions
gouvernementales canadiennes, la situation de l’Outaouais exige des gouvernements
canadien et québécois et des instances responsables de l’application de la Charte
de la langue française une attention « particulière ».

Tableau 3
Transferts linguistiques
Outaouais

Nombre

%

Vers l’anglais

4 730 100,0

Vers le français

– 285 – 6,0

Vers autres

– 4 445 – 94,0

Statistique Canada – 1996 RMR de Hull

Lorsque Alliance Québec, Outaouais Alliance, The Townshippers, The
Gazette et d’autres groupes de pression exigent, sous le couvert des droits
individuels, le retour au libre-choix ou au laisser-faire dans le domaine linguistique,
ils réclament ni plus ni moins que l’intensification des forces d’anglicisation
systématique du Québec… Ils veulent plus de ce qui précède et suit !

La baisse de la proportion de francophones au Canada et dans
l’ensemble du Québec, la «défrancisation» de l’Île-de-Montréal et les
transferts linguistiques qui avantagent toujours la langue anglaise sont quelques-uns des
phénomènes qui mettent en lumière l’urgente nécessité pour tous les intervenants
de reconnaître la précarité de la situation de langue française au Canada et au
Québec.

Le 9 décembre 1968, le gouvernement du Québec a créé la Commission
d’enquête sur la situation de la langue française et sur les droits linguistiques
au Québec
mieux connue sous l’appellation de la Commission Gendron.

Le temps est peut-être venu de créer une nouvelle Commission
d’enquête sur la situation de la langue française au Québec…