SUREXPLOITATION DE LA FORÊT BORÉALE

SUREXPLOITATION DE LA FORêT BORéALE

On peut dire que vous ne mâchez pas vos mots! J’ai eu aussi affaire à ces
professionnels de la pirouette politique il y a quelques années alors que le P.Q., alors
en campagne électorale, m’avait engagé via le Comité sur l’environnement du parti, pour
rédiger un document destiné à faire connaître leur plateforme électorale – c’était
une plaquette en couleur, format 8 1/2 X 11 d’une douzaine de pages intitulée "Le
Québec à l’heure du développement durable". Tout comme mon ami Jean Ouimet,
ex-chef du Parti Vert du Québec, qui venait de joindre les rangs du Parti Québécois 6
mois avant les élections, à l’invitation de M. Jacques Parizeau, dans le but de
défendre le développement durable au sein même de ce parti, j’ai cru un temps qu’ils
feraient graduellement le virage vert annoncé une fois au pouvoir.

Hélàs, le référendum tenu un an après leur élection a monopolisé presque toute
l’attention – quoique M. Parizeau a tout de même donné le coup de mort au projet de
nouveaux barrages à la Baie James, c’est pas rien! – et une fois le référendum perdu,
ce dernier a démissionné et le "héros" Lucien Bouchard est arrivé avec une
vision tout à fait différente de ce qu’il voulait faire du Québec, une vision fortement
influencée par le chantre du déficit zéro, M. Bernard Landry. Le virage vert n’a donc
jamais eu lieu et ce fut "business as usual", main dans la main avec les grands
barons de l’économie québécoise, afin de travailler à créer les fameuses conditions
gagnantes, essentiellement de nature économique, éliminer le déficit et suivre la
mouvance canadienne anglaise vers la droite à la sauce Mike Harris, le père de
l’élargissement du fossé entre les très riches et les très pauvres en Ontario et un
autre très piètre défenseur de l’environnement.

Donc que les ministres – j’allais écrire les sbires!… – de M. Bouchard refusent de
rencontrer des empêcheurs de tourner en rond et de couper à blanc en paix comme Richard
Desjardins ne me surprend absolument pas – le contraire eut été fort étonnant car cela
aurait forcé le gouvernement à se prononcer sur le bien-fondé des propos de M.
Desjardins et de son film, ce qui n’aurait guère aidé à faire remonter leur popularité
car la plupart des gens savent fort bien que Desjardins a raison et que le gouvernement
est vendu à la cause des compagnies qui s’engraissent à même nos forêts.

Je crois que si l’on veut faire fléchir le gouvernement sur cette question, il va
falloir se lever de bonne heure. On n’a qu’à voir la façon cavalière dont les opposants
à la ligne de transport d’électricité Hertel-Des-Cantons ont été traités par
Hydro-Québec et le gouvernement pour imaginer jusqu’où le régime Bouchard est prêt à
aller pour imposer sa vision économique à courte vue en matière de gestion (lire
exploitation à outrance) de la forêt publique. Le seul arbre qui ait de la valeur à
leurs yeux est un arbre mort et réduit en copeaux ou en 2 par 4 – et au diable toute la
faune animale et aquatique et tous les amants de la nature qui pourront en pâtir.

Certainement pas question de tenir compte des 12 projets pilote d’exploitation
diversifiée et durable qui ont cours depuis plusieurs années d’un bout à l’autre du
Québec.

Certainement pas question de considérer les autres options comme un recyclage plus
intensif et l’importation massive de journaux récupérés des états-Unis pour faire
tourner nos usines de pâtes et papiers, ou encore comme la culture intensive du chanvre,
plante honnie des industriels de la forêt, pour fournir de façon durable et écologique
toute la matière ligneuse nécessaire à ces mêmes usines.

Certainement pas question d’admettre que la surexploitation actuelle de la forêt
boréale mène tout droit à une rupture des approvisionnements similaire en tous points
à l’effondrement des stocks de morue de l’Atlantique causée par le même logiciel de
gestion des ressources qu’ils utilisent, sans compter que le réchauffement climatique et
les gigantesques feux de forêts que cela risque d’entraîner, ainsi que l’effet pervers
des précipitations acides sur la croissance des arbres vont à coup sûr bousiller leurs
belles prédictions de production accrue sur lesquelles se basent les quotas excessifs de
coupe annuelle alloués.

Si c’est ainsi que Lucien Bouchard entend créer les conditions gagnantes de son
prochain référendum, je doute fort que les Québécois et Québécoises apprécient la
"sagesse" avec laquelle son gouvernement administre notre patrimoine vert
collectif, démontrant ainsi ce que les Péquistes risquent de faire si jamais ils
obtiennent les pleins pouvoirs des fédéraux. Car après tout, le gouvernement du Québec
est déjà le seul maître à bord en matière de gestion des forêts. Pour une fois, ils
ne pourront blâmer personne d’autres pour leur propre incompétence…

Mais gageons que, une fois de plus, le bon sens va prévaloir et que le gouvernement va
sursoir à l’attribution de nouveaux Contrats d’approvisionnement et d’aménagement
forestier (C.A.A.F.) jusqu’à ce que le processus de réévaluation de la pression de
coupe acceptable ait mené à une substantielle révision à la baisse des permis de coupe
et à une meilleure gestion non pas uniquement de la matière ligneuse à récolter, mais
de l’ensemble des écosystèmes nordiques sous notre responsabilité collective, en tenant
compte bien sûr des gens qui y vivent, dont tout particulièrement les nations
autochtones, mais aussi de la biodiversité et de la capacité vitale de fixation du gaz
carbonique de ce poumon vert de la Terre si essentiel à sa survie.

à bon entendeur, salut!

Jean Hudon
Coordonnateur du Réseau Arc-en-ciel de la Terre
http://www.cybernaute.com/earthconcert2000

(Le 18 février 2000)