SOLIDAIRES SANS ÊTRE DUPES

SOLIDAIRES SANS êTRE DUPES
Le Canada reste une terre ingrate pour les francophones.

Il s’agissait d’un tout petit entrefilet en page A17 de La
Presse ( 08/11/00). La présidente de SOS Montfort, madame Gisèle
Lalonde, était de passage à Montréal et souhaitait obtenir des
appuis dans sa lutte pour le maintien du seul hôpital
francophone d’Ontario. La mise en page a cruellement donné les
conclusions. Le sort des francophones hors-Québec n’émeut pas le
très fédéraliste journal de Paul Desmarais.

"Nous n’avons pas beaucoup de poids politique sauf quand les
Québécois sont à nos côtés" a déclaré la tenace militante,
témoignant ainsi de la paradoxale difficulté dans laquelle se
trouvent les minorités francophones au Canada. Il aura fallu un
mouvement de résistance ad hoc pour redire une vérité que les
contorsions des associations patentées n’ont cessé de voiler.
Voilà plus de vingt-cinq ans que leurs organismes officiels
font le jeu d’Ottawa et qu’ils se sont laissés aspirer dans les
manoeuvres fédérales pour contrer le Québec et le réduire au
folklore. Avec pour seul résultat que leurs dénonciations
n’empêchent rien et que les lamentations des divers
commissaires aux langues officielles ont fini par être traitées
comme de vieilles rengaines. Et avec pour seul dividende une
confusion de plus en plus grande dans les témoignages québécois
de solidarité envers les communautés francophones et acadiennes.

L’agacement et, trop souvent, la colère qu’inspirent les
positions de soumission des leaders bureaucratiques des
associations officielles n’ont cependant pas réussi à ruiner
complètement le capital de sympathie des Québécois. Le combat
de Montfort doit être soutenu. Mais il faut le faire pour les
communautés et pour les personnes, en prenant bien garde de ne
pas tomber dans les chausse-trappes de la rhétorique idéologique
du "plus meilleur pays du monde" qui laisse s’étioler le
français sur le terrain pour mieux continuer de mentir dans les
capsules de trente secondes pour le téléjournal. L’éradication
des institutions francophones n’est pas fortuite : elle résulte
de la montée des aspirations unitaires au Canada et de
l’hostilité à peine voilée pour tout ce qui pourrait rappeler
les discours sur les deux peuples fondateurs.

L’acharnement du gouvernement Harris, l’hypocrisie de l’opinion
ontarienne et la lâcheté des politiciens fédéraux et des
intermédiaires qui les servent ont de quoi révolter. Mais la
conduite des francophones de service qui font carrière au PLC à
prétendre que le français peut s’épanouir au Canada a de quoi
dégoûter. La campagne électorale en cours en fournit la preuve
accablante. Le sort des minorités ne fait l’objet d’aucun débat,
d’aucun engagement significatif.

Jean Chrétien s’en tient aux lieux communs du discours
trudeauiste qui a fini par devenir une composante de la
rectitude politique canadienne. Les autres partis se contentent
de lui livrer la politesse. Seul le Bloc fait quelque effort.
Mais l’efficacité de son action reste limitée par le lourd
héritage des déclarations passées des notables de la
francophonie canadienne à propos de la souveraineté du Québec.
Ceux-là qui l’ont dénoncé si vivement lors du référendum, et
depuis , ont du mal à s’en faire un allié maintenant qu’ils sont
largués par le Parti libéral. Surtout qu’un appui ouvert leur
coûterait cher lors du renouvellement des subventions?

C’est une tragédie silencieuse : les minorités sont trahies au
cours de cette campagne par tous les fédéralistes qui font
semblant de ne pas voir que rien ne va plus pour la présence
française minoritaire. Les fédéralistes québécois, tout
particulièrement, font preuve d’une lâcheté sans borne : non
seulement se font-ils complices de l’oblitération du Québec mais
encore, et surtout, acceptent-ils que le sort des francophones
qui leur sert d’alibi canadien soit totalement délaissé. Ils
ont tout faux : leur position politique tient de l’imposture
totale.

On n’a pourtant aucun mal à les imaginer jouer les défenseurs du
droit des minorités si jamais le sort de Montfort était réservé
au Royal Victoria. Pourrait-on alors imaginer que le dossier
reste en marge d’une campagne électorale fédérale? Pourrait-on
penser faire l’économie des appels pathétiques aux valeurs de
tolérance canadienne et éviter les grands numéros des ténors du
droit des minorités? Deux poids, deux mesures . Il y a
toujours lieu de minimiser les pertes lorsqu’il s’agit du recul
du français. Il y a toujours un francophone de service pour
faire des appels à la patience et couvrir de son bavardage
l’authentique combat des gens comme madame Lalonde.

La lutte pour le maintien de l’hôpital Montfort mérite l’appui
de tous les Québécois et Québécoises. Ce soutien doit demeurer
lucide cependant : le Canada reste une terre ingrate pour les
francophones. Il faut savoir le rappeler sans pour autant
accabler ceux qui s’y cramponnent.

Robert Laplante
Directeur
L’Action nationale
425, boul. de Maisonneuve O., bureau 1002, Montréal H3A 3G5
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