SE TENIR DEBOUT !

Monsieur Nick Discepola
Député
Chambre des Communes
Ottawa (Ontario)
Courriel : Discepola.N@parl.gc.ca

OBJET : SE TENIR DEBOUT !

Monsieur le Député,

J’ai été surpris d’apprendre que vos propos publiés en
page 13 du journal LeDroit du 27 novembre dernier faisaient d’Impératif français
un ennemi de la télévision éducative de langue française de l’Ontario, tfO. Vous y disiez : « Encore une fois, Impératif français
tombe dans le piège de décliner cette invitation de se tenir debout et de défendre la
cause des francophones du Canada. »

Monsieur le Député, il est évident que vous ne connaissez ni Impératif
français
, ni les bénévoles qui y oeuvrent, ni son président. Cette déclaration
trompeuse à la Chambre des communes, et que je qualifie de manipulation politicienne, me
donne néanmoins l’occasion de montrer à quel point Impératif français «
se tient debout ».

Mission d’Impératif français

Impératif français est un organisme de recherche et de
communications pour la défense et pour la promotion de la langue française et des
cultures d’expression française. Impératif français réclame le respect du droit
de comprendre
. à ce titre, il encourage l’utilisation de la langue française et
défend le droit de vivre, de travailler et de se divertir en français. En fait, un des
slogans d’Impératif français est : « Du français, il en faut plus, pas
moins
».

Impératif français déplore haut et fort le traitement peu
enviable que réservent à la langue française les gouvernements anglophones de la
fédération canadienne. Les archives du site Internet d’Impératif français ( http://www.imperatif-francais.org
) sont un excellent recueil de textes et d’articles publiés depuis deux ans à ce
sujet. Si vous y jetez un coup d’oeil, vous trouverez qu’Impératif français
dénonce notamment :

  • le sous-financement des conseils scolaires francophones à
    l’extérieur du Québec;

  • le fait que les francophones doivent encore avoir recours aux
    tribunaux pour faire accepter leurs droits, alors que le système scolaire anglophone du
    Québec est en place depuis la création du Bas-Canada;

  • l’étranglement financier par Patrimoine canadien
    d’organismes francophones à travers le pays alors que les organismes anglophones
    établis au Québec reçoivent plus de 2 $ millions par an pour y faire progresser la
    langue nord-américaine vastement majoritaire et l’hégémonie culturelle
    anglo-américaine;

  • la piètre place que l’on réserve au français au sein de la
    fonction publique dans la capitale fédérale. Par exemple, alors que les logiciels les
    plus répandus, tels Windows, WordPerfect, Excel, MicroSoft Outlook sont disponibles en
    français, ce sont les logiciels en anglais que Biens et Services Canada met à la
    disposition des fonctionnaires fédéraux;

  • le fait que certaines politiques du CRTC (entre autres,
    l’article 18 du Règlement sur la distribution de la radiodiffusion) limitent
    les choix télévisuels en français à l’extérieur du Québec au profit de chaînes
    à fort contenu étatsunien et de chaînes étatsuniennes;

  • l’attitude « deux-poids-deux-mesures » de certaines firmes
    canadiennes qui s’entêtent à offrir un service bilingue au Québec, mais un service
    unilingue anglais à l’extérieur du Québec; et

  • les assauts constants des gouvernements ontarien et canadien sur des
    institutions francophones, tel l’Hôpital Montfort, le Collège d’Alfred
    et…bien sûr tfO.

Enfin, voici deux exemples récents de la détermination de notre
organisme pour la défense de la langue française :

  • Impératif français dénonçait dernièrement le fait que Patrimoine
    canadien
    Sport Canada subventionne à coups de millions de dollars des
    organismes fédéraux qui préparent les athlètes canadiens aux jeux olympiques alors que
    les sites Web de ces organismes sont souvent unilingues anglais.

  • Le rapport accablant du sénateur Simard lequel porte sur la
    condition des francophones hors Québec a été bien accueilli par Impératif français.

Comme vous pouvez le constater, monsieur le député, Impératif
français
n’abandonne pas les francophones hors Québec et ne rate pas une
occasion de rappeler au gouvernement canadien son manque d’engagement flagrant dans
les dossiers de la francophonie. Ceci vous ennuie peut-être; c’est pour cela que des
gens comme vous attaquent Impératif français.

La position d’Impératif français dans le dossier tfO

C’est justement cette attaque du gouvernement provincial ontarien
contre tfO qui force celui-ci à se trouver des sources de
financement additionnelles à l’extérieur des frontières de l’Ontario. Comme
vous le savez, le gouvernement Harris compte retrancher près de un million de dollars du
budget de fonctionnement de la télévision éducative de l’Ontario. Cela force tfO à chercher ailleurs les fonds qui lui feront défaut,
d’où ses tentatives de venir prélever des frais supplémentaires pour tfO dans les poches des abonnés québécois aux services de
câblodistribution. Impératif français s’oppose à une telle injustice, car
les Québécois n’ont pas à payer la facture des pratiques discriminatoires et
assimilatrices du gouvernement ontarien.

Dans sa lettre au CRTC, Impératif français suggère que tfO soit offert gratuitement sur le service de base des abonnés du
câble, des services de satellite et de câblodistribution sans fil. Est-ce refuser tfO? Au contraire, c’est suggérer qu’il soit disponible
dans tous les foyers et non pas seulement comme service facultatif à coûts élevés.

Les services télévisuels en français

Puisqu’il est question de la distribution du service de tfO au Québec, j’en profite pour présenter la position
d’Impératif français dans un dossier plus vaste, celui des services
télévisuels en français. La gamme de chaînes en anglais et en provenance des
états-Unis est bien étendue sur la palette de nos téléviseurs. En fait, à Montréal
et en Outaouais, il y a deux fois plus de stations en anglais qu’en français
accessibles sur le câble. Pire encore, pour les abonnés qui louent la boîte numérique
que Vidéotron nous propose depuis quelques semaines, ce rapport passe de 2 à 3 pour 1
! Le fait que tfO soit distribué sur le câble dans le
service de base serait donc un atout au menu des services télévisuels en français au
Québec.

Depuis deux ans, Impératif français soutient que Patrimoine
canadien
et le CRTC n’accordent pas une priorité élevée au rayonnement de la
francophonie. Peu de permis sont accordés à des chaînes spécialisées de langue
française sans compter l’existence d’un règlement discriminatoire du CRTC qui
fait qu’au Canada, les chaînes étatsuniennes sont plus facilement accessibles que
les chaînes canadiennes… de langue française !!!

Le 8 octobre 1998, à l’occasion des audiences publiques sur l’Examen
des politiques du CRTC relatives à la télévision canadienne
, Impératif
français
, dans son mémoire intitulé « La télévision canadienne :
américanisation et anglicisation des ondes
», a demandé au Conseil d’adopter, entre
autres, les règlements et les politiques nécessaires pour augmenter le contenu en
français sur la câblodistribution. Impératif français en a alors profité pour
dénoncer COGéCO qui ne diffusait même pas RDI à Alfred. Vous remarquerez, Monsieur le
Député que cette intervention a probablement aidé les gens de cette région à obtenir
le service de RDI en septembre dernier. Impératif français a trouvé inacceptable
que des collectivités du Nord du Québec n’aient accès à aucun service
télévisuel en langue française et, par exemple, qu’à Shawville dans le Pontiac,
le câblodistributeur préfère diffuser sept stations étrangères des états-Unis aux
stations canadiennes… de langue française, notamment RDI !

Tout dernièrement, Impératif français a répondu à
l’invitation du CRTC dans le dossier de l’examen des règles relatives à
l’accès aux services spécialisés et de télévision payante canadiens dans les marchés
bilingues pour lui dire que les services télévisuels en français étaient difficiles
d’accès.

Conclusion

L’absence de volonté politique et le manque de fermeté du
gouvernement fédéral dans l’application de la Loi canadienne sur les langues
officielles
sont bien connus. Cette mollesse est visible dans la fonction publique,
les Forces armées, la Gendarmerie royale, les Affaires étrangères et le Commerce
extérieur, Sport Canada et bien d’autres. Le sénateur Simard a raison dans son
rapport-choc d’accuser « le gouvernement fédéral, en particulier le ministère du
Patrimoine canadien, d’être "l’un des principaux architectes de l’affaiblissement,
sinon de l’affaissement" des communautés francophones.»

C’est en partie à cause de votre mépris pour la langue
française et de votre hypocrisie à l’endroit de la Francophonie et des pratiques
assimilatrices du gouvernement fédéral et des provinces et territoires anglophones que
bien des Québécois réfléchissent à leur avenir collectif. Ils ne vous font plus
confiance !

Sachez, Monsieur le Député Discepola, qu’Impératif français
se tient debout. Et ce n’est pas votre déclaration qui réussira à duper et à
faire oublier aux Québécois et aux Canadiens français le sort peu enviable que vous les
politiciens faites subir à la langue française au Canada. De grâce, essayez de nous
expliquer ce que vous entendez faire en cette Année de la Francophonie canadienne
!

Est-ce que le gouvernement fédéral a assez d’épine dorsale pour
se tenir debout ?

Veuillez agréer, Monsieur le Député Discepola, nos salutations.

Le président,
Jean-Paul Perreault

IMPéRATIF FRANçAIS…

VINGT-CINQ ANS à BâTIR L’AVENIR