RÉPUGNANT!

RéPUGNANT !

Bonjour,
Par inadvertance sans doute, une erreur s’est malencontreusement glissée sur votre site.
En effet, vous l’identifiez comme suit: «Strasbourg on Line. Strasbourg, Alsace,
France». à moins que…

Or à constater que le tronc principal dudit site est anglais ( http://www.strasbourg.com/ ), et que la langue
française y est par conséquent seconde sinon secondaire ( http://www.strasbourg.com/indexf.html ),
je me vois du coup convaincu que nous ne sommes certainement pas, ou plus, en France.
Même cette version ‘subalterne’, ‘auxiliaire’ (en derrière de rideau for Béotiens
only?), se présente: «Strasbourg on Line»!

En allemand, à la rigueur. En cette Alsace malmenée jusqu’à ce que schizophrénie
s’ensuive…on aurait pu comprendre. Un peu.

C’est tragique – Oui, tragique – de voir la France ainsi se fouler aux pieds
elle-même. Tant d’énergie rude et sulfureuse dilapidée au fil des ans et des siècles
à "contenir" le basque, le breton, l’alsacien… pour en arriver là. à
l’englissement.

Une France qui se colonise elle-même. United Departments of Frannchhhe. Surréaliste.

Pas même besoin d’ennemis ou d’envahisseurs. Le virus est déjà dans les esprits des
propriétaires – fébriles à l’idée de devenir locataires de leur propre terre.
L’assujettissement volontaire comme panacée de l’entente – pacifique, démocratique –
entre les peuples… Si! si! je connais. La joie du maître est forcément celle du
serviteur. Tous les esclaves le confirmeront.

J’ai toujours été plus qu’un admirateur de votre pays. J’en étais même un amoureux.
Mais considérant combien depuis quelques années cette France a transformé le mépris de
soi en vertu, j’incline (par mimétisme, par chagrin, par colère, par déception..?) à
«respecter» de plus en plus son propre sentiment à l’égard d’elle-même. Il faut
comprendre désormais qu’honorer la France – pétainisme des temps (post-?) modernes -,
c’est la mépriser…

Je ne croyais pas qu’une grande nation pouvait en arriver, de l’intérieur d’elle-même
et de son propre chef, à se nier de la sorte.

Ce n’est plus drôle, ce n’est plus ridicule, ce n’est plus pathétique. Ce n’est même
plus dramatique. C’est pathologique.

Jean-Luc Gouin
Québec
Saturnie@videotron.ca

PS: Ne m’en veuillez pas si, par nostalgie, je préfère acheminer la présente à: « Strasbourg@Strasbourg.com », plutôt que:
« strasbourg@strasbourg.com ». Mauvais
élève, il me faudra certes un peu de temps avant de parvenir à tout réduire – terrible
laminage universel qui contamine jusqu’aux entrailles des mots – à l’état d’«objets
communs». à mes yeux, hélas et je m’en excuse, Strasbourg n’a pas complètement
démérité: je la crois toujours digne de la majuscule du nom propre. Mais ne craignez
rien… Je finirai bien moi aussi par ployer sous le poids du mépris de moi, prodrome
fondamental à l’indifférenciation généralisée. Comme la vie sera douce et
bienheureuse quand nous aurons enfin donné naissance à l’homme nouveau: le vermisseau.

(Le 20 avril 1999)