RÉACTION AU JUGEMENT CÔTÉ

RéACTION AU JUGEMENT CôTé

Quand j’ai appris cette nouvelle je ne savais contre qui être le plus fâché.

Les anglophones qui n’acceptent aucune limite à leur hégémonie et qui au nom de la
liberté [du loup dans la bergerie] n’auront point de cesse qu’ils étouffent dans la
pratique toute vélléité de défense collective du français, pour ne plus laisser que
des francophones "libres" de se faire assimiler un par un ?

Jean Charest, de l’opposition libérale inféodée, qui remettait de l’huile sur le feu
hier en se faisant juriste : « le gouvernement aurait dû apporter la preuve de la
faiblesse du français : incompétence ou provocation du gouvernement » ? Charest
juriste, docteur ès procès d’intention !?

La juge de Grandby ? J’avoue ne pas comprendre sa logique. Dix ans après l’acceptation
par la Cour suprême du Canada du principe de la prédominance (qui est déjà trop mou
pour moi en matière d’affichage commercial) du français pour cause de faiblesse
d’icelui, Mme la juge décide qu’il faut redémontrer la nécessité de l’application de
la loi et de la faiblesse du français. On va nous refaire le coup tous les combien de
temps ? Cinq ans ? à chaque procès ?

Contre nos journaleux qui, au bulletin de 17h00 du moins, n’en avait que pour les
explications des anglophones sauf deux phrases de Guy Boutillier ? Mise en scène
apparente de nos radioteux : à ma droite les anglophones d’Alliance Quebec, à ma gauche
la Société Saint-Jean-Baptiste (Boutillier), au centre les Townshippers déclarés «
modérés » par Radio-Canada qui « se réjouissaient de la décision mais qui
craignaient les réactions des extrémistes». Et voilà comment quiconque « réagirait
» à l’encontre du jugement est un extrémiste ?

La naïveté (ou pire) de nos fonctionnaires nationaux ? Le mot d’ordre en matière
linguistique semblait être : on se couche et on fait le dos rond, nous avons paix
linguistique. Le tout saupoudré de quelques indices bien lénifiants et insignifiants sur
les progrès fictif du français (il faut bien avoir des nouvelles) pendant qu’on sabre
bien fort dans les effectifs de l’OLF. Chut ! Dodo, donc. Et quand on avait le malheur de
faire remarquer que le français est menacé — et même pas uniquement au Québec ! —
que la tendance lourde est à notre désavantage (très faible taux de natalité, haut
taux d’immigration, assimilation majoritaire des immigrants à l’anglais, affaiblissement
constant des mesures de francisation), ces beaux fonctionnaires d’accuser leurs
interlocuteurs de faire une piètre utilisation d’une règle de trois simpliste
(syllogisme basé sur des faits simples, dans mon vocabulaire), de vouloir attiser les
passions, en un mot d’être des militants maladroits. Taisez-vous donc disaient-ils. On
voit le beau résultat !

Scrogneugneu.

P. Andries
pandries@iti.qc.ca

(Le 21 octobre 1999)