PLAINTE AU SUJET DE LOGICIELS ANGLAIS UTILISÉS EN FORMATION PROFESSIONNELLE

Saint-élie d’Orford, novembre 1999
Madame Odette Lapalme, présidente
Commission de protection de la langue française
Montréal

Objet: Plainte au sujet de logiciels anglais utilisés en formation
professionnelle

Je suis enseignant en techniques d’usinage du CENTRE DE FORMATION
PROFESSIONNELLE DU 24-JUIN (Triolet) du Conseil scolaire de la Région-de-Sherbrooke.

Dernièrement, je portais plainte au sujet d’une irrégularité
linguistique anglaise ayant cours dans notre école francophone. à savoir: Lors de leur
inscription au programme de techniques d’usinage, nos élèves doivent acheter un manuel
en anglais, le Student’s Shop Reference Hand Book au coût de 35 $ alors que le Centre
d’élaboration des moyens d’enseignement du Québec (CéMEQ) est en mesure de fournir des
manuels équivalents en français.

Cette situation demeure toujours totalement inacceptable parce que:

– ce centre de formation professionnelle est un établissement
francophone et relève d’un Conseil scolaire francophone;

– l’atelier d’usinage où j’enseigne avait déjà fait l’objet d’une
plainte auprès de l’OLF en 1995

– l’affichage sur la plupart des machines (directives d’utilisation et
consignes de sécurité) y était presque exclusivement unilingue anglais. Des
représentants de l’OLF avaient informé les personnes fautives en autorité des exigences
de la Charte de la langue française. Elles n’ont pas tout compris…

Aujourd’hui, je formule une autre plainte: au même CENTRE DE FORMATION
PROFESSIONNELLE DU 24-JUIN (Triolet, 2965, boulevard de l’Université, Sherbrooke, J1K
2X6, téléphone: 822-5508) du Conseil scolaire de la région-de-Sherbrooke des cours de
dessin industriel et de bâtiment assisté par ordinateur (DAO et CAO) sont donnés avec
des logiciels en version anglaise, soit des logiciels de marque AUTODESK, AutoCAD en
particulier, alors qu’il existe une version française de ces logiciels. Ce fait bafoue la
Charte de la langue française en matière de français langue de travail à l’école
francophone même et bafoue le droit des élèves francophones de recevoir l’enseignement
intégralement dans leur langue. C’est d’autant plus inacceptable qu’il y a quelques
années, le président de l’OLF, monsieur Jean-Claude Rondeau, s’était déplacé jusqu’à
Sherbrooke et avait rencontré les responsables scolaires de Sherbrooke à ce sujet, soit
l’utilisation du logiciel AutoCAD en version anglaise. D’autre part, le Conseil scolaire
de la Région-de-Sherbrooke s’est doté d’une politique linguistique que, de toute
évidence, il n’applique pas. Cette politique linguistique visait-elle uniquement à jeter
de la poudre aux yeux des représentants de l’OLF?

Qu’en est-il du français langue de travail dans les écoles
francophones mêmes? Dire que les immigrants allophones reçoivent, à grands frais, au
COFI puis au Centre Saint-Michel (établissement du Conseil scolaire de la Région-de-Sherbrooke)
une formation en français. Ensuite plusieurs rejoignent le CENTRE DE FORMATION
PROFESSIONNELLE DU 24-JUIN. Imaginez ce que peut signifier pour un immigrant qui a appris
notre langue de peine et de misère, que de se voir imposer dans un établissement
francophone, l’utilisation de manuels anglais, de logiciels anglais et de la terminologie
anglaise sans quoi il ne peut être fonctionnel! En plus de lui jouer un mauvais tour, les
écoles francophones lui enseignent le mépris de la langue française et le rejet d’un
Québec majoritairement francophone. Et que penser du projet de création de Carrefours
d’intégration en français présenté par monsieur Robert Perreault, ministre des
Relations avec les citoyens et de l’Immigration, lorsqu’on nous annonce que ce programme
fera appel à nos établissements d’enseignement dits francophones? On s’étonnera
d’apprendre que les immigrants, dès qu’ils en ont la chance, préfèrent fréquenter les
collèges et les universités anglophones.

En quelques mots et en appuyant sur chacun, je trouve inconcevable que
des établissements d’enseignement francophones ne respectent pas le droit fondamental des
élèves francophones à recevoir leur enseignement en français, comme le spécifie
l’article 6 de la Charte de la langue française. Pourquoi, plus de vingt ans après
l’entrée en vigueur de cette dernière, l’Office de la langue française, le ministère
de l’éducation et les conseils scolaires francophones ne sont-ils toujours pas en mesure
de garantir le droit fondamental à l’enseignement en français et en français de
qualité? L’Office semble refuser d’exercer tous ses pouvoirs décrits à l’article 114 de
la Charte. Pourquoi des organismes qui vivent des deniers publics se permettent-ils
d’ignorer ouvertement la Charte de la langue française? Comment peut-on prétendre
franciser les milieux de travail quand, dans nos écoles francophones, on travaille avec
des outils anglais inculquant ainsi à nos jeunes et aux immigrants l’inutilité du
français pour gagner leur vie? On va directement à l’encontre du vouloir officiel de
franciser les entreprises.

Le CENTRE DE FORMATION DU 24-JUIN compte 53 champs de formation
différents. Par ma première et par cette deuxième plainte, je vous ai sensibilisé,
sous un aspect très particulier, à seulement 2 de ces champs: techniques d’usinage et
dessin. Que se passe-t-il, linguistiquement parlant, dans les autres champs? Je demande
qu’on mène une enquête dans toutes les écoles de formation professionnelle du Québec,
où d’après mes contacts, la situation est semblable et même pire. Mais dès maintenant,
qu’on prenne des mesures correctrices pour que le français soit véritablement la langue
de l’enseignement partout. Bien que la situation soit connue depuis longtemps par les
organismes relevant de la Charte de la langue française, pourquoi ces derniers
n’interviennent-ils pas? Le ministère de l’éducation y fait-il obstacle?

Entre-temps, je suggère:

– l’envoi de la politique linguistique scolaire à tous les professeurs
et directeurs de formation professionnelle et son affichage;

– ensuite, que les comités de francisation soient obligatoires dans
les conseils scolaires francophones considérés comme des entreprises de 100 employés et
plus (voir le chapitre V de la Charte). Surtout qu’on évite de délivrer des certificats
de francisation de complaisance compte tenu des ateliers de formation professionnelle, ces
similis entreprises où le non-respect de la Charte de la langue française est
généralisé à travers le Québec.

Dernières interrogations. Comment, sans aucun contrôle, peut-on
commander et acheter à volonté des manuels et logiciels anglais dans un Conseil scolaire
francophone? De quel droit, des professeurs peuvent-ils ainsi contrecarrer l’enseignement
en français? Pourquoi, directeurs et responsables du Conseil scolaire n’ont-ils pas un
système de surveillance linguistique des outils de travail et de formation?

Madame la Présidente, ne trouvant pas réponse à mes questions, je
vous demande d’intervenir pour que ces situations désastreuses pour le français au
Québec cessent à la source, l’école francophone.

Veuillez agréer mes salutations distinguées.

Urbain Lavoie
Saint-élie d’Orford (Québec)

cc
Monsieur Guy Breton, vérificateur général du Québec

Madame Louise Beaudoin
Ministre responsable de le Charte de la langue française

Madame Nicole René, présidente
Office de la langue française

Monsieur François Legault
Ministre de l’éducation

Monsieur Gérard Messier
Président du Syndicat de l’enseignement de l’Estrie

Monsieur Jean Verlez
Directeur adjoint
Conseil scolaire de la Région-de-Sherbrooke

Monsieur Noël Richard
Président du Conseil scolaire de la Région-de-Sherbrooke
Sherbrooke

Monsieur Lucien Bouchard
Premier ministre du Québec

Tribune libre
La Tribune
Sherbrooke

NOTE DU MEF :

NOUS APPUYONS ENTIèREMENT LES DéMARCHES DE CET ENSEIGNANT