PHILÉMON WRIGHT EFFACÉ DE L’HISTOIRE DE HULL

PHILéMON WRIGHT EFFACé DE L’HISTOIRE DE HULL

Le fondateur de la ville de Hull, Philemon Wright, a été banni des fêtes de la
Saint-Jean-Baptiste organisées au lac des Fées, le week-end dernier, par la Société
nationale des Québécois de l’Outaouais (SNQO).

PATRICE GAUDREAULT, Le Droit

Selon ce que Le Droit a appris, une clause du contrat signé par la troupe du spectacle
Hulléluia, qui raconte en chant et en musique l’histoire de la ville de Hull, interdisait
toute allusion à son fondateur.

«Les interventions seront en français uniquement sans mention de Philemon Wright»,
peut-on lire sur le contrat liant Hulléluia et la SNQO.

Résultat? La troupe de Hull a dû adapter sa prestation, de façon à terminer sa
chanson sur les draveurs avant que l’un d’eux ne fasse allusion à Philemon Wright,
arrivé à Hull en 1800.

«Quand j’ai lu le contrat, les bras m’ont tombé à terre, explique le conteur Guy
Perreault, de la troupe Hulléluia. Je suis nationaliste dans l’âme, mais je veux un
Québec pluraliste. Pourquoi interdire le nom d’un Américain qui a eu le courage de venir
fonder une ville? Au nom de quelle orthodoxie excessive peut-on faire une telle chose?»
«L’explication que nous a donnée le directeur artistique, c’est que ça gênait les
organisateurs du spectacle que l’on dise le nom de Philemon Wright, parce qu’ils jugeaient
qu’il avait été injuste avec les francophones de l’époque», ajoute
l’auteur-compositeur-interprète Louise Poirier – à ne pas confondre avec la conseillère
hulloise du même nom.

Grossière erreur du côté de la SNQO, on qualifie cette clause contractuelle de
«grossière erreur», avançant que la mention de Philemon Wright n’aurait pas posé
problème.

«Je n’étais pas au courant de cette clause et je vous avoue qu’elle me surprend
énormément, a déclaré le président de la SNQO, Jacques Soulières. Si j’en avais eu
vent, j’aurais dit aux artistes de continuer leur prestation jusqu’au bout. De ne rien
modifier. Ce que nous voulions, c’est que le contrat reflète le fait que ce n’était pas
la fête du bicentenaire, mais bien la fête nationale des Québécois.» «Le libellé ne
reflétait malheureusement pas cet objectif», a concédé le producteur du spectacle,
Alain d’Entremont, de d’Entremont événement, qui était chargé de la signature des
contrats.

«J’ose espérer qu’il s’agit d’une erreur de leur part, a déclaré le maire de Hull,
Yves Ducharme, estomaqué d’apprendre la nouvelle. Ce serait un affront sans nom à
l’histoire de notre ville que d’interdire la mention de Philemon Wright. Si ce n’était
pas de lui, Hull ne serait pas telle qu’elle est aujourd’hui.» «La bêtise est humaine»
Volontaire ou non, le retrait du nom de Philemon Wright de la fête nationale des
Québécois a fait sursauter bien des historiens de la région, en cette année du
bicentenaire de Hull.

«C’est impossible de parler de l’histoire de Hull sans parler de Philemon Wright, a
déclaré Michel Prévost, de la Société d’histoire de l’Outaouais. Qu’on soit d’accord
ou non avec ses actions, on ne peut ignorer le fait qu’il a existé. Si on biffe de
l’histoire tous les personnages qui en ont opprimé d’autres, on n’a pas fini!»
«Philemon Wright n’était peut-être pas un saint, mais ce n’est pas une raison pour
censurer l’histoire, ajoute l’historien Raymond Ouimet. La bêtise est humaine. Que dire
de plus.»