PAS D’ENGRAIS SUR MON TAPIS !

PAS D’ENGRAIS SUR MON TAPIS !

Le « franglais » serait donc un enrichissement, selon une étude décrite dans
LeDroit le 20 janvier dernier. D’après Gilles Vigneault, un mot d’anglais « chasse »
quatre ou cinq mots de français. Il m’arrive de temps à autre de me faire « corriger »
par un franglophone; prenons par exemple ce brave jeune employé de Rentalex à Hull qui
me propose avec insistance son " chainsaw " à ma demande de tronçonneuse.
J’avais aussi essayé « scie à chaîne », mais même ce canadianisme ne le satisfaisait
point. De guerre lasse, je partis avec son " chainsaw " inscrit sur ma facture.

Je ne vous conterai pas toutes mes histoires de réceptionnistes au fédéral qui me
posent la fatidique question « C’est quoi ton dernier nom » (last name) ? Je ne
nommerais pas le syndicat dont le délégué était incapable de s’exprimer dans sa langue
personnelle par rapport à son domaine parce que TOUT son vocabulaire technique était
composé de mots anglais, et ce lors d’une séance avec la télévision française de
Radio-Canada.

Combien de gens se souviennent du temps où on ne « relaxait » pas, on SE relaxait ?
Il me semble qu’à l’époque on disait « bonjour » et non " hello " et «
au’voir » et non " bye ".

Fils de cultivateur (" rancher ") j’ai gardé l’habitude d’enrichir mon
potager avec un engrais naturel. Il ne me vient pas à l’esprit, pourtant, d’enrichir
ainsi le tapis de mon salon. Chaque chose à sa place. Le français, langue déjà riche,
n’a aucun besoin d’un « enrichissement » qui le vide de son vocabulaire propre, pas plus
que mon tapis a besoin de certains produits de la ferme.

Harry Gow
Chelsea (Québec)

Le 23 janvier 1999