PARIS VEUT ÉMANCIPER L’EUROPE FACE À LA TENTATION UNILATÉRALISTE DE

Paris veut émanciper l’Europe face à la tentation unilatéraliste
de
l’Amérique

Jeu 27 Août 98 – 10h50 GMT

PARIS, 27 août (AFP) – Paris entend donner un nouveau souffle au couple
franco-allemand et émanciper l’Europe face à l’inquiètante "tentation
unilatéraliste" des Etats-Unis.

Le président Jacques Chirac, mercredi, puis le chef de la diplomatie française Hubert
Védrine, le lendemain, ont insisté sur ces deux lignes forces de la politique
étrangère française au cours de leurs interventions devant les 180 ambassadeurs de
France réunis jusqu’à samedi à Paris pour leur conférence annuelle.

Le couple franco-allemand n’est plus ce qu’il était et l’Europe se trouve de fait
très démunie face aux Etats-Unis, partenaire et allié tenté par "l’isolationisme
et l’unilatéralisme", ont souligné les deux responsables de la politique
extérieure française.

Si les relations personnelles entre les dirigeants français et allemands sont
"excellentes", "les interêts ne sont plus spontanément identiques",
a ainsi relevé Hubert Védrine.

"La relation franco-allemande appelle une relance sur la forme, les méthodes et
surtout les objectifs, quels que soient les résultats des élections" en
septembre", a-t-il affirmé.

"La France doit proposer à l’Allemagne des chemins nouveaux, plus ambitieux
encore, pour affirmer notre entente et notre coopération", a pour sa part affirmé
le Président Chirac, insistant sur une relation "plus que jamais fondamentale".

Se refusant à tout pronostic sur le résultat des élections allemandes, Jacques
Chirac et Hubert Védrine ont tous deux salué l’action du chancelier Helmut Kohl.

"Mais l’entente franco-allemande ne suffira pas à entraîner le convoi, si elle
n’est pas complétée par un véritable accord avec un ou plusieurs partenaires tels que
la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Espagne, un jour la Pologne", a insisté Hubert
Védrine.

Une véritable politique étrangère et de sécurité commune manque toujours
cruellement à l’Union européenne et lui ôte une grande part de crédibilité dans la
gestion des crises extérieures.

Hubert Védrine a d’ailleurs déploré "le risque d’enlisement et de
dilution" qui menace l’Union européenne et le fait qu’aucun contrepoids ne s’oppose
pour l’instant à la puissance hégémonique des Etats-Unis.

La France veut émanciper les relations de l’Europe avec les Etats-Unis. "Nous
sommes amis, alliés, mais pas alignés. Nous recherchons une relation de partenariat et
récusons l’unilatéralisme", a expliqué le chef de la diplomatie française.

"Les Etats-Unis ont du mal à se prêter à une vraie négociation, surtout avec
leurs alliés", a-t-il souligné.

"Nous avons à traiter chaque jour avec un partenaire hyper puissant à la tête
duquel plusieurs politiques s’affrontent, se contredisent et qui a une vive propension à
s’occuper de tout, mais peut rarement imposer ses solutions", a-t-il ajouté.

Les points de divergence avec Washington ne manquent pas. Le président Chirac et le
ministre des Affaires étrangères en ont évoqué plusieurs, de la Cour pénale
internationale à l’usage de l’embargo et des sanctions en passant par le traité
d’interdiction des mines, la réforme et l’élargissemement de l’OTAN ou les réticences
envers le Groupe de contact sur l’ex-Yougoslavie dans la gestion de la crise au Kosovo.

"La France doit bâtir autour d’elle des ensembles divers, changeant selon les
dossiers traités", a ainsi plaidé le chef de l’Etat.

Jacques Chirac et Hubert Védrine ont insisté sur "la grande liberté
d’initiative et d’action retrouvée par la France" qui lui ont souvent permis de
faire valoir ses vues, y compris auprès des Américains.

Le chef de la diplomatie française a salué à cette occasion son homologue
américaine Madeleine Albright, "chez qui la conscience du rôle impérial des
Etats-Unis n’a pas étouffé la finesse d’analyse des relations internationales".

©AFP 1998

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