PAR DÉFAUT DE POUVOIR VIVRE EN ANGLAIS

PAR DéFAUT DE NE PAS POUVOIR VIVRE EN ANGLAIS…

Monsieur Jean-Marie Latreille,

J’ai apprécié votre lettre « Le Québec a
échoué…
» à la rubrique « à vous la parole » sur le site Web « ENSEMBLE »
d’Impératif français.

Vous y dites : « cette allusion à un Québec raté (qui échoue toujours tout) parce
qu’il est français témoigne du profond mépris de M. Grey à l’égard du Québec ».
Vous visez juste! Mépris, il y a. Partout au Canada…

Les Anglo-Canadiens croient – possiblement sans le réaliser – que les Québécois
vivent en français uniquement par défaut de ne pas pouvoir vivre en anglais. Autrement
dit, les Québécois vivent en français afin de repousser l’anglais. Donc un Québécois
unilingue français est probablement un anti-anglais, un séparatiste. Solution : il faut
angliciser le Québec, conclusion que tirent bien des anglophones. Ces derniers ne
semblent pas comprendre la signification profonde de l’usage du français depuis 400 ans
au Québec. Les Québécois vivent en français parce que c’est leur vécu. Aussi simple
que ça.

En Amérique du Nord, vivre en français, c’est du bizarre. Pourtant personne ne doute
de l’usage de l’espagnol au Mexique. Mais les Mexicains sont reconnus comme peuple et
souverain. Voilà la différence. Or les Canadiens français ainsi que les Québécois ne
sont plus reconnus comme peuple. Avec la constitution de 1982, c’est maintenant officiel!
La conséquence est que l’histoire canadienne-française n’est rien de plus que du passé.
Donc vouloir vivre en français, c’est renier le futur, c’est s’attacher au passé. Voilà
brièvement le raisonnement des Anglo-Canadiens. Plusieurs francophones d’ici pensent
ainsi aussi!

Plusieurs s’opposeront à mes propos ci-haut en me rappelant que le français a
reconnaissance officielle au Canada. Oui, la langue est reconnue, mais pas son vécu et sa
culture. Depuis l’adoption du bilinguisme officiel, plusieurs anglophones (mais quand
même une minorité) en sont venus à comprendre que la connaissance du français est une
richesse. Cependant, ces mêmes gens croient toujours que vivre en français est un
obstacle à l’avenir. Par exemple, peu sont ceux qui accepteraient de vivre – pas juste
visiter – au Québec, et en français. Leur connaissance du français ne reçoit
reconnaissance que dans leur curriculum vitae pour les jobs. à part ça, sauf exceptions,
l’usage du français s’arrête à un « Bonjour, comment ça va? ».

Vous ne manquez pas de mentionner dans votre lettre que le Québec est un « peuple
notoirement pluraliste ». C’est juste. Les chiffres de Statistiques Canada démontrent
bien que le Québec est la région du Canada où les gens de toutes origines maintiennent
le mieux leurs cultures et leurs langues. Je vais discuter de ces chiffres à un autre
moment sur le site Web ENSEMBLE.

Jean Corriveau, Saskatchewan
corriveau@siast.sk.ca