NISSAN, NI AVEC

Nissan, ni avec

Lettre ouverte à la compagnie Nissan Canada

Je serai bref. Je n’achète que des "japonaises" depuis
plus de vingt ans: Toyota, Nissan et Honda, (je ne connais pas ou peu les autres
compagnies, toutefois, telles Mazda, Subaru ou Suzuki). Je compte changer à nouveau de
modèle dans le courant de la présente année.

Or la publicité récente de Nissan à la télévision (chanson
anglaise) m’a littéralement répugné. Qu’en France et en Europe soi-disant française on
en soit désormais, dans les publicités, à s’adresser à ses propres auditeurs dans une
langue qui n’est pas la leur, c’est leur problème (je reviens depuis
peu d’un séjour de plusieurs mois dans lesdits «vieux pays»!).

En revanche, que des compagnies comme la vôtre veuillent
poursuivre dans la même veine, ici au Québec, c’est absolument inacceptable. Nissan
démontre de la sorte une indifférence culturelle et un irrespect fabuleux pour le client
québécois.

Alors voici. Cette année, j’hésitais : rester avec Toyota ou
retourner chez Nissan? Car j’avais bien apprécié le véhicule Nissan que j’ai possédé
durant les premières années de 1990. Or cette publicité aura un impact clair chez moi:
il est désormais hors de question que j’opte pour Nissan.

Nissan m’a en quelque sorte facilité la vie.
Bien à vous,

Jean-Luc Gouin
13 mai 00

PS : Il est très étonnant que
l’on ne puisse communiquer directement avec Nissan Canada via courrier électronique (http://www.nissancanada.com/fre/contact/contact_index.html).
Et puis en outre, les gens de CAJAD (http://www.cajad.com/),
c’est pour bientôt le site français…? également, on consultera avec stupeur la
plupart des sites analogues qui visiblement se fichent de l’une des deux langues
officielles du pays (s’interrogera-t-on vraiment à savoir laquelle?): http://honda-nissan.iquebec.com/honda-nissan/general/liens.htm

Ces gifles surmultipliées (à l’instar de vos boîtes de vitesse?) remettent décidément
en question à mes yeux non seulement Nissan, mais également toute la production
japonaise. Si c’est là tout le respect que vous témoignez à l’égard de la langue
française et des Québécois, eh bien vous me perdrez définitivement. Irréversiblement.

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[Repartie d’une personne interpellée par le dossier quoique d’aucune façon affiliée
à Nissan
]

Bonjours,

Je ne sais pas si j’étais supposé recevoir ce
message étant donné que je ne fais pas partie de CAJAD, mais malgré tout j’ai reçu
votre message portant sur les publicités de Nissan et comme j’ai un site sur les Honda et
les Nissan (tout en français et seulement en français) votre message a attiré mon
attention.

J’ignorais qu’en France et ailleurs en Europe,
Nissan mettait des chansons anglaise dans leurs publicités, mais j’ai effectivement vu
les publicités de la Sentra de Nissan où ils utilisaient des chansons anglaises comme
fond sonore. Il est vrai que c’est frustrant de voir à quel point le français, au
Québec et ailleurs au Canada, est négligé, cependant je crois qu’il ne faut pas
nécessairement délaisser Nissan pour ça.

Il vrai que pour quelqu’un voulant promouvoir et
protéger le français, une telle publicité peu paraître offensante, mais il ne faut pas
oublier que la Nouvelle Sentra a été conçue pour le marché Nord américain et que
malheureusement langlais est la langue de premier plan en Amérique du Nord. La chanson de
cette publicité nest pas nécessairement conçue pour livrer un message, mais pour créer
une ambiance et rythme à leur publicité. à la radio nous sommes inondés de chansons
anglophones et le monde les écoutes et aime ça, alors il nest pas étonnant que Nissan
ait crut bon utiliser une chanson anglophone dans leurs publicités. Ce nest pas Nissan
qui est à blâmer, mais la société québécoise en générale, car cette publicité
nest quun triste reflet dans la situation du français au Québec.

En ce qui attrait au courrier électronique chez
Nissan, cest les infrastructures Internet de Nissan-Canada qui ne sont pas adéquates, ils
ont jugé bon de ne pas offrir la possibilité de communiquer avec eux par courrier
électronique, car ils ne sont pas en mesure de vous répondre. Jai déjà essayer de
demander des brochures, autant en anglais quen français, mais je nai jamais reçu quoi
que ce soit.

Finalement, je nessaie pas dexcuser Nissan, je ne
travaille pas pour Nissan et que vous achetiez une Nissan ou pas ça mest égal. Je veux
juste vous démontrer que toutes les autres compagnies ont cette tendance à négliger les
services en français, que vous layez remarqué pour Nissan cest malheureux, mais les
autre constructeurs automobiles ne sont pas nécessairement mieux, autant les Japonais que
les Nord Américains. Nissan restent malgré tout, une compagnie qui fabriquent
dexcellentes voitures, noubliez pas que les concessionnaires Nissan offre un très bon
service et en français. Ayant moi-même une Nissan, acheté en 98, jai toujours eu un
service après vente impeccable et toutes les offres et documents Nissan étaient en
français, jamais que Nissan à eu laudace de menvoyer une publicité ou tout autre
document en anglais.

Alors vous pouvez bien délaisser Nissan à cause de
vos convictions et vos principes, mais même si vous regarder du côté de Toyota, Mazda,
Honda, Suzuki, Subarue ainsi que tous les autres Nord Américains ça ne sera pas mieux du
côté du service en français que Nissan.

Pour CAJAD je ne consulte pas souvent ce site et je
nai aucun contacts avec eux, alors pour la version française aucune idée !

Si vous voulez de bonnes adresses en voici :

Honda-Nissan Infomag : http://honda-nissan.iquebec.com

Mazdamag : http://mazdamag.com

Espérant que mon message vous est fait voir lautre
côté de la médaille et quil vous ait mieux éclairé sur ce sujet. Nhésiter pas à
mécrire si vous avez des questions.

Jonathan Gingras-Courchesne
JGingras@iQuebec.com

Responsable de Honda-Nissan Infomag
13 mai 2000

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Bonjour M. Jonathan,

Je vous remercie de votre lettre détaillant vos idées et
impressions sur le sujet.

Tout d’abord, il va de soi que vous et votre site n’êtes pas en
cause ici, et que je vous ai acheminé mon commentaire en estimant qu’il pouvait
"aussi" vous intéresser sinon, au mieux, vous interpeller (à tout le moins à
titre de concitoyen).

Voici donc succinctement les réflexions auxquelles vos remarques
me disposent.

Il est certain que le problème linguistique québécois est
lourd et tentaculaire. Mais le laisser-faire (style: «Personne ne le fait, alors ne le
fais donc pas..!») n’est certainement pas la solution si on espère une amélioration,
éventuellement un redressement, voire un véritable revirement de la situation.

Incidemment, vous écrivez entre autres : «Sentra [un
modèle de Nissan]
a été conçue pour
le marché nord-américain et que malheureusement l’anglais est la langue de premier plan
en Amérique du Nord
». Vous m’excuserez, monsieur, mais
c’est avec ce type d’argument que l’on recule et que l’on s’enfonce constamment. On
justifie toutes les infamies: ils sont tous et nous sommes seuls, pour paraphraser
Rimbaud. Alors, l’intelligence c’est… l’écrasement. Or nous aussi, Québécois, nous
exportons à coups de milliards de dollars vers le reste de l’Amérique, qu’elle soit
tantôt anglo-étatsunienne, tantôt espagnole ou portugaise d’expression. Il ne nous
viendrait pourtant pas à l’esprit d’«imposer» l’unilinguisme français à ces gens. On
estime, et à raison, que le client a droit d’être servi dans «sa» langue. C’est une
question élémentaire, presque triviale, de respect. Agir autrement relève de
l’ignorance dans le "meilleur" des cas, de l’indifférence puis de l’arrogance
plus sûrement. En outre, notre législation linguistique (hier flambeau aujourd’hui
lambeaux, il est vrai; mais voilà un autre problème que l’Indépendance du Québec,
m’est d’avis, résoudra beaucoup plus aisément ­ quoique, on en conviendra, l’heure ne
soit pas ici au politique) n’a pas été conçue pour la gent ornithologique du pays des
Ferron et des Miron.

Et puis en dernière analyse il faut enfin, je crois,
prendre solidement conscience de notre pouvoir «réel» d’en imposer collectivement

(car pareille dimension ne se "négocie" pas) quant à ce respect de soi.
Si ce jour même, les citoyens québécois se lèvent d’un seul mouvement en affirmant: «Plus
une NISSAN ne se vendra ici tant que cette publicité aura pignon (à crémaillère ou
non!) sur écran
», eh bien je vous assure que l’arrogante compagnie modifie son
attitude sur-le-champ. Ainsi en est-il de tous les autres dossiers analogues ou
comparables ­ de Kellogg’s (qui s’est toujours obstinément refusée à donner
également des appellations françaises à ses marques de commerce) aux circulaires
publicitaires bilingues des grandes chaînes (incluant des québécoises comme les Pharmacies
Jean Coutu
!!!), alors que les mêmes compagnies (et rigoureusement les mêmes
circulaires) redeviennent comme par enchantement, d’Halifax à Victoria, unilingues
anglaises aussitôt qu’elles franchissent les frontières du Québec.

L’éternelle deux poids, deux mesures. Pourquoi le bilinguisme
ici? Mais par respect pour la minorité, voyons (l’immense 8,5% des anglophones)! Pourquoi
pas le bilinguisme hors-Québec alors, en ce pays qui plastronne à tous vents qu’il est
rien moins qu’officiellement bilingue? Le respect serait-il une notion strictement
québécoise et inconnue aux Canadians..? Ah madame… mais c’est aussi que le coût d’une
circulaire bilingue est plus élevé. Rentabilité oblige. Mais si rentabilité il
importe, alors pourquoi ­ Coutu, Zellers et autres Canadian Tire
­ lancez-vous votre argent par les fenêtres en produisant en Québécie des millions de
circulaires bilingues chaque semaine??? Deux poids, deux mesures. Of course and always.
Et les Québécois qui s’imaginent qu’ils n’y peuvent rien…

Or on peut agir. Pour ma part, pas un seul produit Kellogg’s
n’est entré dans ma maison depuis au moins douze ans (je les ai troqués pour les P’tits
bonjours
de Leclerc, entreprise de chez-nous). Sept millions de Québécois
faisant de même immédiatement, messieurs dames, c’est illico une arrogance séculaire
qui fond comme beurre au soleil! Cela dit, monsieur, vous n’avez certainement pas tort
quand vous écrivez: «
Ce n’est pas […] qui
est à blâmer, mais la société québécoise en général
».
Et toc! nous-mêmes…

Bref j’ai «visé» NISSAN, dans le présent cas, pour un motif
bien spécifique: dans cette publicité, cette compagnie a franchi un tout nouveau seuil
d’irrespect de la langue des Québécois. Si ce n’est pas indubitablement unique, c’est
tout de même un geste fort rare et extrêmement significatif. Symptomatique. Et si on
laisse aller, ce laxisme (qui est chez nous hélas! une seconde nature) offrira une
formidable caution à l’ensemble du milieu publicitaire. Il s’agit ­ si on ferme les
yeux, les oreilles surtout ­ d’une "première" aux effets d’entraînement
incalculables et surtout irréversibles. L’Europe [dite] française en est actuellement
une pénible pour ne point dire lamentable illustration. Quand «ouverture d’esprit»
signifie asservissement volontaire…

Or un jour, il faut savoir dire : Holà !
On est un peuple ou bien un troupeau. Il faut choisir. Et agir en conséquence. En
cohérence.

Je crois percevoir dans votre courrier, monsieur, que vous
n’êtes pas en désaccord avec pareils propos. Mais au reste, qu’importe les accords et
différends en cette matière. Il y va ici du respect de soi. Qui, de l’ordre des
principes fondamentaux d’une société civilisée, ne se discute pas. Cela dit derechef,
si on établissait une échelle du respect de la langue française chez l’ensemble des
constructeurs automobiles ­ japonais, étatsuniens ou d’autres origines ­ eh bien il est
vraisemblable sinon probable que NISSAN, en comparant mangues avec mangues, quoi, ne s’en
tirerait pas plus mal et peut-être même mieux que de nombreux compétiteurs. Aussi la
présente ne vise-t-elle pas à monter cette firme particulière en épingle.

Je n’ai aucun préjugé à l’égard de cette compagnie. Sauf
qu’en l’occasion NISSAN a fauté gravement. Et il lui revient, tabou de la Formule Un, de
faire marche arrière. Sur la route ou sur la voie d’accotement. Mais sur-le-champ
assurément.

Mes salutations,

Jean-Luc Gouin
Québec
14 mai 00

Note ­. à tout hasard de
l’intérêt du lecteur, un échange épistolaire semblable, plus ancien quoique
légèrement plus détaillé (où notamment je présente en exemple le même Kellogg’s),
est accessible sous le titre: «L’englissement. Ou la rumeur du tout anglais» http://pages.infinit.net/histoire/gouin13.html

(Le 15 mai 2000)