MOUVEMENT ESTRIEN POUR LE FRANÇAIS

MOUVEMENT ESTRIEN POUR LE FRANçAIS

Sherbrooke
10 décembre 1997

L’Office de la langue anglaise

En 1986, sous le faux prétexte de permettre l’accès aux soins de santé aux personnes
d’expression anglaise, le gouvernement par les soins méticuleux de sa ministre de la
santé, madame Thérèse Lavoie-Roux, vote la loi 142 pour démolir un autre pan de la
Charte de la langue française.

Voici ce que pense, de ce virage linguistique, le Comité interministériel du
bilan sur la situation de la langue française
formé en 1996: «L’extension
donnée à la définition de personne d’expression anglaise; l’extension donnée aux
programmes d’accès en anglais (qui débordent considérablement les institutions issues
de la minorité anglaise); le droit universel accordé par la loi de recevoir des services
de santé et des services sociaux en langue anglaise; l’obligation faite par la loi aux
établissements publics de fournir des services en anglais; ces quatre facteurs créent
une situation qui a pour conséquence de placer le français et l’anglais sur un pied
d’égalité, de laisser aux citoyens le libre choix de la langue, d’inciter les
Québécois qui le désirent et tout particulièrement les allophones à recourir à
l’usage de l’anglais dans leur vie publique, de compromettre le droit fondamental des
Québécois de travailler en français, et finalement, en réduisant la nécessité de
connaître le français, d’affaiblir le statut du français comme langue commune que tous
les Québécois doivent connaître pour communiquer entre eux et avoir pleinement accès
aux autres services publics. Ces conséquences vont manifestement à l’encontre des
objectifs que la Charte de la langue française se proposait d’atteindre.»
(Rapport
remis à la Ministre responsable de l’application de la Charte de la langue française,
page 342.) Bref, depuis l’adoption de la loi 142, les services de santé et services
sociaux du Québec nagent en plein bilinguisme institutionnel à
l’encontre de la Charte de la langue française.

En fait, l’article 15 de ladite loi consacre une catégorie supérieure d’usagers (les
anglophones) en déclarant qu’au Québec «toute personne d’expression anglaise a le
droit de recevoir en langue anglaise des services de santé et des services sociaux»
.
Aucun article de la loi ne spécifie que les francophones ont droit, eux aussi, à des
services dans leur langue. Et, pour satisfaire le privilège colonial de la classe
anglophone, plusieurs établissements, jouant à l’Office de la langue anglaise,
procèdent dorénavant à l’évaluation des connaissances anglaises des travailleurs ou
aspirants travailleurs de la santé! Les francophones non suffisamment bilingues sont
éliminés sur la base de l’anglais langue de travail.

Le 3 février 1987, le Conseil d’administration du CLSC Alfred-DesRochers de Magog
s’affaisse honteusement devant l’exigence anglaise et adopte la résolution suivante: «Lorsque
le directeur général aura jugé qu’un nouveau poste nécessite la connaissance d’une
langue seconde […], la description du poste fera du bilinguisme une exigence pour
l’obtention du poste […]. Toute candidature qui ne répond pas de façon minimale à
cette exigence ne sera pas retenue, quelles que soient les compétences
de la personne dans les autres domaines reliés au poste.»
En matière de santé, il
devient donc plus utile de savoir l’anglais que de savoir soigner. Cette politique
discriminatoire sévit toujours.

En vertu de l’article 15 de la loi 142, les 67 établissements publics qui sont
reconnus comme appartenant à la communauté anglophone ne suffisent pas. Aux dernières
nouvelles, les 16 Programmes régionaux 1996-1999 d’accès aux services en langue anglaise
désirent inscrire 664 établissements québécois, sur un total de 800, à leur tableau
de chasse bilingue pour répondre aux droits coloniaux des anglophones. N’y a-t-il pas des
limites à gonfler artificiellement les besoins bilingues? Il est vrai que, selon le CADRE
DE RéFéRENCE du Ministère de la santé et des services sociaux (MSSS) adopté en 1994,
page 27, on présume que tout Québécois est un anglophone potentiel: «les personnes
d’expression anglaise sont celles qui […] manifestent le désir de recevoir des services
en langue anglaise ou se sentent plus à l’aise d’exprimer leurs besoins dans cette
langue.»
Est anglophone qui veut! Ce décret ministériel est toujours en vigueur.

En 1989, on concocte une entente Canada-Québec pour assurer sans faute l’anglicisation
des soins de santé. Depuis, le Secrétariat d’état d’Ottawa et le MSSS du Québec ont
déversé plus de 8 millions de dollars pour institutionnaliser le bilinguisme dans les
soins de santé au Québec. à titre d’exemple, dès 1990-1991, ils versaient
précisément 1 110 000 $ (555 000 $ chacun) pour parfaire les structures bureaucratiques
d’anglicisation. C’est à se demander si les gens préfèrent être traités par un
préposé à l’anglicisation plutôt que par une infirmière.

L’année 1993 voit naître les décrets 623-93 et 683-93 officialisant l’Office de la
langue anglaise par la création du comité provincial d’anglicisation et des 16 comités
régionaux d’anglicisation. Alliance Quebec et ses succursales dirigent ces
comités qui se financent à même nos impôts. En cette période pré-électorale, pour
incruster définitivement le bilinguisme institutionnel dans la santé et les services
sociaux, le gouvernement Chrétien injecte 500 000 $ et le gouvernement Johnson 920 000 $.

L’appétit venant en mangeant, il n’y a rien de trop beau pour la classe supérieure.
Incité par les Townshippers monopolisant le comité d’anglicisation de la Régie
régionale de l’Estrie, le gouvernement du Québec décrète que certains postes
seront désormais interdits aux francophones
. En effet, des postes exigent «la
présence d’un anglophone ayant une maîtrise parfaite de la langue
(anglaise) et qui est familier avec le milieu anglais de l’Estrie et sa culture»
.
(CADRE DE RéFéRENCE, MSSS, 1994, pages 26 et 27.) Cette politique d’exclusion des
francophones existe toujours. Imaginons quelles répercussions (internationales?) auraient
le contraire: des postes réservés aux francophones dans l’Administration québécoise.

Changement de garde à l’Assemblée nationale en 1994. Une fois élu, le gouvernement
actuel s’empresse de reconduire dans ses fonctions le comité aviseur provincial avec à
sa tête monsieur Eric Maldoff d’Alliance Quebec. Tout demeure en place pour que
les différents comités d’anglicisation continuent de s’improviser Office de la langue
anglaise. Dorénavant, dans plusieurs établissements, on soumet l’ensemble des
travailleurs francophones du réseau de la santé à des examens d’anglais lors de
l’embauche, promotion ou mutation.

En 1996, le CLSC Alfred-DesRochers de Magog proclame servilement: mission accomplie.
Son Rapport d’activités étale 10 services ayant atteint le niveau linguistique 5/5. En
clair, ces services ont des postes réservés aux anglophones et donc interdits aux
francophones peu importe la compétence de ces derniers. On retrouve ces postes à
l’information, aux soins infirmiers, aux services psychosociaux, en santé et en services
sociaux scolaires, en soins à domicile pour Magog et pour les points de service, en
santé maternelle et en santé dentaire.

à la fin de 1996, non contents d’avoir bâti un musée des horreurs racisantes et
coloniales aux dépens des francophones, Alliance Quebec et ses succursales
proposent leurs nouveaux plans d’anglicisation… encore plus agressifs par le nombre
d’établissements devant se bilinguiser, 664 sur environ 800 comme nous l’avons
mentionné. Après le coup de force du Sherbrooke Hospital (96 lits) bouffant
l’hôpital d’Youville (317 lits), ils se proposent de faire disparaître le CUSE comme
institution francophone en bilinguisant ses 84 services. Par ailleurs, bien que non encore
approuvés, ces plans d’anglicisation sont déjà appliqués illégalement par beaucoup
d’établissements. Dans le réseau de la santé en Estrie, la démolition rigoureuse du
français langue de travail est commencée depuis longtemps.

De grâce, docteur Rochon, réveillez-vous et arrêtez cette hémorragie. Guérissez le
Québec de ce cancer linguistique. Jetez à la poubelle tous ces plans d’anglicisation.
Revenez à l’esprit et à la lettre de la loi 101 d’origine: le Québec est et sera un
pays de langue française. Interdisez aux établissements d’exiger la connaissance de
l’anglais pour obtenir un emploi, une promotion ou une mutation dans les services de
santé et services sociaux. Pour que les 9 % d’anglophones du Québec aient accès à leur
"blood test" dans leur langue, il est inamissible de faire subir un "language
test"
à 100 % des travailleurs de la santé éventuels ou en place, au mépris
de la Charte de la langue française qui consacre le français langue de travail. Déjà,
les établissements comptent tous dans leur personnel de nombreuses ressources bilingues
capables de communiquer spontanément avec les anglophones unilingues ou non.

Jacques Poisson, président
Mouvement estrien pour le français

1920, rue Grime
Sherbrooke (Québec)
J1J 1E7

Téléphone: (819) 565-1076