MILLE BONNES RAISONS DE FAIRE DE L’ANGLAIS LA LANGUE UNIVERSELLE

MILLE BONNES RAISONS DE FAIRE DE L’ANGLAIS LA LANGUE UNIVERSELLE

"Financial Times" (Londres)

L’anglais dispose de toutes les qualités pour décrocher le titre de lingua franca du
troisième millénaire, estime le "Financial Times". Qui n’y voit que des
avantages – y compris pour les Français et notre si belle langue.

La reconnaissance officielle de l’anglais comme langue universelle, loin d’être une
aberration, ne ferait que répondre bien tardivement à une demande mondiale. L’anglais
est parlé par environ 350 millions de personnes dont c’est la langue maternelle, et près
de 1 milliard d’individus le pratiquent, soit un sixième de la population mondiale. C’est
moins que les locuteurs du chinois, mais par ailleurs le nombre de Chinois qui apprennent
la langue de Shakespeare est plus élevé que celui des anglophones aux Etats-Unis. Même
la Suisse, où l’on pratique pas moins de trois langues – quatre en incluant le romanche
-, voit l’anglais gagner du terrain.

Une telle suprématie peut s’expliquer comme un accident de l’Histoire. A l’immensité
de l’Empire britannique a succédé, au XXe siècle, le poids économique des Etats-Unis.
En outre, l’anglais présente aussi des avantage spécifiques. Ce n’est pas
seulement une langue vorace, elle offre également une grande souplesse. Malgré un
vocabulaire très riche (le dictionnaire Oxford comprend bien plus de 500 000 mots, sans
même compter les termes scientifiques), elle est particulièrement économe. Le genre et
les cas y sont pour ainsi dire inexistants, l’orthographe est fort simple (à de rares
exceptions près), la prononciation (là encore, sauf exceptions) ne pose pas vraiment de
problème. L’anglais s’apprend facilement, se parle aisément pour des échanges courants
et reste néanmoins assez riche pour exprimer des abstractions et des nuances poétiques.

Bien souvent, au cours de l’Histoire, tel ou tel idiome qui n’était pas la langue
maternelle de tous ses locuteurs a servi de lingua franca. Comme son nom l’indique, cette
"langue franque" (un français mêlé d’italien) fut pendant un temps la langue
véhiculaire des croisés du Moyen Age et des marchands méditerranéens, avant de
devenir, aux XVIIIe et XIXe siècles, la langue de la diplomatie et des sciences en
Europe. Avant lui, le latin avait été la langue de la chrétienté, le grec ayant été
longtemps la langue dominante en Méditerranée. Aujourd’hui, les peuples d’Afrique
orientale communiquent grâce au swahili, ceux de l’Inde grâce à l’hindi et à
l’anglais. La plupart des habitants de ces pays ont toujours parlé deux langues : l’une
à la maison, en famille ; l’autre pour faire du commerce, loin de chez soi. Jusqu’à
l’avènement de l’Etat-nation, les frontières entre les langues étaient tout à la fois
horizontales et verticales : les paysans parlaient une langue, les marchands en parlaient
une autre, les administrateurs et les courtisans peut-être une troisième.

Et c’est encore vrai aujourd’hui. Les Etats-Unis, qui ont supplanté la Grande-Bretagne
en tant que plus grand pays exportateur de l’anglais, sont eux-mêmes en proie au plus
grand désordre linguistique. Les bus y portent des inscriptions à la fois en espagnol et
en anglais, jusque dans le Massachusetts. Un quart des Américains parlent chez eux une
langue autre que l’anglais, situation qui n’est pas pour déplaire aux partisans du
multiculturalisme. Même l’ebonics, ce pidgin noir américain, a obtenu une reconnaissance
officielle. Si l’argument pluraliste prévaut, les Etats-Unis pourraient se trouver dans
la situation délicate de devoir déclarer l’anglais comme langue officielle – ainsi que
l’ont déjà fait près de la moitié des Etats.

Christian Tyler

Article publié par l’Hebdo Courrier international
http://www.courrierint.com/hebdo/somheb.htm

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Et une copie conforme à Impératif français :
http://www.imperatif-francais.org

Le 29 janvier 1999