À MCGILL COMME À OTTAWA, ILS SONT MORTS DE RIRE

à McGILL COMME à OTTAWA, ILS SONT MORTS DE RIRE
Il y a des limites à faire rire de soi par gouvernements et administrateurs interposés.

Cet été, les médias ont ressassé à satiété les événements d’Oka 1990. Depuis
ce honteux chantage politique armé exercé pendant 78 jours par une poignée d’Indiens
hostiles à tout ce qui est québécois, «ils sont morts de rire à Ottawa», concluait
Denis Vaugeois dans une entrevue accordée au Devoir le 7 juillet 2000. On pourrait
semblablement conclure: «Ils sont morts de rire à McGill» au sujet du financement des
universités dont il fut question dans les médias le même jour. Cette université
anglophone venait en effet de soutirer une subvention supplémentaire de 16 millions $ du
ministre Legault prétextant de lointaines injustices.

Injustices à l’endroit de McGill? Voyons voir (sans tenir compte du dernier gros lot
universitaire fédéral versé à la même université par l’intermédiaire de Canada
Foundation for Innovation: 67 millions $ ou 56 % des 120 millions $).

Ce sont les universités francophones qui, faute de justice distributive, doivent se
contenter de moins quand, quelques temps auparavant, la très grasse fondation de McGill
s’est vu doter de 64 millions $ par un seul donateur qui y a poursuivi ses études. Les
Québécois sont conscients que:

• ce donateur s’est fait payer en grande partie ses études par les impôts de la
majorité francophone car il en coûte annuellement aux contribuables entre 15 000 $ et 80
000 $ pour former un universitaire – dont la contribution se résume à de quasi
symboliques frais de scolarité de plus ou moins 3 000 $;

• une fois ses études terminées, ledit donateur est allé faire profiter nos
voisins ontariens de ses connaissances acquises aux frais de ses généreux créanciers
québécois de moins en moins dupes des administrations universitaires anglophones
accentuant le recrutement à l’extérieur du Québec;

• en vertu du dégrèvement fiscal pour don (64 millions $), le prétendu mécène
prive les gouvernements de revenus – environ 32 millions $ de recettes publiques qu’il
transforme en subvention privée dirigée vers une seule institution anglophone, laissant
pour compte toutes les autres universités, béates;

• en raison du manège fiscal légal, les gouvernements devront taxer un peu plus
fortement les contribuables pour combler le manque à distribuer équitablement (?) aux
universités y compris à McGill au prorata des inscriptions sans autres considérations.

Et voilà que McGill, dont la fondation est beaucoup plus riche que celles de toutes
les universités francophones réunies, réussit à culpabiliser le soumis ministre de
l’éducation au montant de 16 millions. Oui. Considérant la candeur de François Legault,
il y a de quoi être mort de rire à McGill… dont la stratégie est copiée sur celle
des Indiens (et des médecins): demander sans fin pour recevoir. à chaque fois, ça
marche. Il y a toujours quelqu’un dans l’appareil d’état qui, servile et honteux,
présumant des fautes collectives passées ou futures à expier, paie pour prévenir les
accusations, naïvement heureux de ne pas déplaire aux maîtres abuseurs du système et
des francophones en particulier.

Il y a des limites à faire rire de soi par gouvernements et administrateurs
interposés.

Aujourd’hui, pourquoi le Québec finance-t-il toujours bêtement les études d’environ
58 % des étudiants de McGill, venus de l’extérieur? On sait qu’à la fin de chaque
année universitaire, c’est au moins 58 % des diplômés qui sortent du Québec sans y
investir leurs talents. N’est-ce pas là le véritable exode des cerveaux aux dépens des
contribuables québécois investissant à fonds perdus dans les universitaires ontariens
et autres? Pensons à la grosse faculté de médecine de la même université McGill dont
chaque futur médecin coûte au Québec environ 80 000 $ annuellement et dont les
diplômés quittent chaque année le Québec à plus de 60 %.

Compte tenu du pourcentage de la population québécoise anglophone, 8 %, le supposé
sousfinancement de McGill se transforme en immense surfinancement. En effet, près de 25 %
des subventions québécoises aux universités vont aux institutions anglophones, dont
McGill. Et plus ou moins 40 % des subventions universitaires fédérales
(anticonstitutionnelles) en territoire québécois, en provenance également de nos
poches, vont aux mêmes universités anglophones. Sous le regard amorphe des directions
universitaires francophones et de nos dirigeants politiques. Ce que les gouvernements
donnent en surplus aux universités anglophones, ils en privent les universités
francophones qui doivent répondre aux besoins 9 fois plus importants de la communauté
francophone. «They are stupid those Quebecers», rigolent sûrement les administrations
de McGill et également celles de Concordia et de Bishop’s dont les étudiants hors
Québec, financés par nos impôts, sont tout aussi nombreux (Bishop’s : 68 %). à
Toronto, les universitaires hors province ne dépassent pas 3 %.

«Vous n’êtes pas tannés de mourir, bande de caves», a déjà écrit quelqu’un.

Engoncés dans leur peur maladive de déplaire, le ministre Legault et notre
gouvernement pensent peut-être «qu’on ne s’en aperçoit pas». à moins que
l’aliénation soit totale, peut-on compter qu’ils compenseront le déséquilibre créé
par les dons peudoprivés à telle et telle fondation universitaire? Peut-on compter
qu’ils mettront un terme au recrutement systématique par les universités québécoises
anglophones d’un surnombre de jeunes en provenance du reste du Canada – et qui y
retournent en aussi grand nombre une fois diplômés – ceci obligeant les contribuables du
Québec à payer sans retour les études supérieures à plus riches qu’eux comme les
Ontariens et privant d’autant les universités francophones en raison d’une enveloppe
budgétaire globale fixe et répartie proportionnellement aux inscriptions.

Faire rire les autres n’est pas toujours drôle.

Rodrigue Larose (819)846-6392 490, rue du Mont-Girard sud, Saint-Denis de Brompton
(Québec) J0B 2P0

29 juillet 2000 ______

N. B.: Dans ce texte, plusieurs traits d’union ont été supprimés en conformité avec
les règles de simplification du français.