M. JOSPIN S’EFFORCE DE MÉNAGER OTTAWA ET QUÉBEC PENDANT SA VISITE AU CANADA

M. Jospin s’efforce de ménager Ottawa et Québec pendant sa visite
au Canada

QUEBEC, 19 déc (AFP) – Le Premier ministre français Lionel Jospin s’est efforcé de
ménager Ottawa et Québec, fédéralistes anglophones et "cousins québécois",
au cours de sa visite officielle de quatre jours au Canada, sur fond de crise irakienne et
d’opération "Renard du désert".

Arrivé mercredi à Ottawa pour une visite à caractère économique et culturel, M.
Jospin a troublé les Québécois en soulignant, dans la capitale fédérale, les
bienfaits du "multiculturalisme". Une notion qui, pour les souverainistes,
banalise le phénomène français en Amérique du Nord.

Samedi à Québec, Lionel Jospin a expliqué qu’il ne "connotait pas ce mot",
et que dans sa bouche il était "synonyme de diversité culturelle". Le
"Globe and Mail", journal de référence anglophone, n’en avait pas moins déjà
applaudi des deux mains en qualifiant les mots choisis par le Premier ministre de
"musique douce pour les oreilles fédéralistes".

Dès son arrivée sur le sol québécois, Lionel Jospin a oublié ce terme pour lui
préférer celui de "pluralisme culturel", affirmant qu’il ne voulait pas
"entrer dans la problématique canado-québécoise".

Samedi, il faisait remarquer que, moins que d’habitude, il avait été soumis au cours
de son voyage au problème de l’éventuelle souveraineté du Québec. Il est vrai les
résultats des élections provinciales ayant reconduit sans éclat le parti québécois au
pouvoir ont éloigné la perspective d’un référendum sur la souveraineté.

Les proches de Lucien Bouchard assuraient par ailleurs que les relations avec la France
étaient au beau fixe et qu’il n’y avait pas grand chose à améliorer. Aussi, le Premier
ministre québécois faisait assaut de compliments vis-à-vis de son homologue français,
l’appelait "mon ami", et affirmait avoir découvert en lui "un trésor de
chaleur humaine".

Lionel Jospin n’était pas en reste, parlant de Lucien Bouchard comme d’un "homme
de conviction, de passion et de raison", "d’un "homme politique moderne et
pragmatique".

"Nous avons avec le Québec une relation exceptionnelle. Il n’y a qu’avec le
Québec que nous travaillions ainsi", a fait valoir le Premier ministre français.

Dans un discours vibrant d’émotion, Lucien Bouchard a rappelé aussi
"l’importance que le Québec attache à ses rapports avec la France". Parlant de
"complicité" et de la nécessité d’une "coalition" entre les cousins
des deux bords de l’Atlantique, Lionel Jospin n’en est resté pas moins ferme sur la
doctrine française vis-à-vis du fait québécois, "ni ingérence, ni
indifférence".

Il a rappelé ce qui avait été dit lors du dernier voyage de M. Bouchard à Paris en
septembre 1997, à savoir que la France était "toujours disponible à accompagner le
Québec sur son chemin".

M. Jospin a fait plaisir aux Québecois en rendant hommage à leur mouvement syndical
et à leur modèle social. Il a été décidé d’organiser alternativement en France et au
Québec des rencontres sur l’économie sociale.

Souvent interrogé sur les raids américains en Irak et la position française face à
cette crise, le Premier ministre s’en est tenu en tous points aux termes du communiqué
officiel des autorités françaises, mais son entourage rappelait la position
traditionnelle de la France, selon laquelle "seules les Nations unies peuvent
légitimer la force".

Il semblait presque en harmonie avec la position canadienne, cependant nettement plus
favorable à l’intervention américaine. M. Jospin et son homologue canadien Jean
Chrétien ont assuré tour à tour qu’ils avaient une vision proche et que la différence
était sémantique. "Après être entré dans le problème avec la même
problématique, chacun choisit ses mots pour décrire une situation", résumait jeudi
Lionel Jospin à Ottawa.

Le voyage de M. Jospin et de plusieurs de ses ministres – Charles Josselin
(Coopération et francophonie), Catherine Trautmann (Culture), Christian Pierret
(Industrie) et Marie-George Buffet (Jeunesse et sports), a permis en outre d’annoncer des
projets et partenariats totalisant 180 millions de dollars canadiens (près de 700
millions de francs).

©AFP 1998