«UN RALLYE DE REDNECK»

« UN RALLYE DE REDNECKS »

Preston Manning visitait Moose Jaw le 24
mai dernier. Je suis allé à son rallye de « rednecks ». J’ai
pensé que ce qui suit vous intéresserait peut-être.

Son discours sur l’unité nationale fut
décevant et menaçant. Il a dit que le vieux partenariat
anglais-français [datant de 1840] est vieux jeu, dépassé et ne
s’applique plus. Il a ajouté que, pour les gens de la
Colombie-Britannique, ce partenariat ne signifie rien, que la
réalité là est différente, que l’Ouest est multiculturel. Les
gens ont grandement applaudi son discours. Je ne me sentais pas
bienvenu et j’ai bien failli quitter…

Par ce discours, il est évident que M.
Manning et le Parti Réformiste rejettent carrément le
caractère anglais-français du Canada. Ceci est une insulte aux
Québécois et aux Canadiens-français en général. De plus,
l’existence même de ce pays repose sur ce partenariat
fondamental. M. Manning essaie de vendre un
« new and better Canada » tout en ignorant l’histoire même du
pays. ça ne pourra pas marcher.

Avant le discours, j’ai discuté avec la
candidate Réformiste de notre circonscription. Je lui ai dit que
je ne suis pas d’accord avec la politique sur l’unité nationale
de son parti. J’ai poursuivi en disant que quand j’ai déménagé
au Canada Anglais, il n’y avait plus rien de français, pas de
services, etc. et qu’aussitôt installé on fait face à
l’assimilation. Elle m’a répondu : « bien, c’était ton choix
de déménager dans l’Ouest », en voulant dire que je devrais
accepter les conséquences de ma décision. Il est évident
qu’elle ne voit aucune responsabilité de sa part à accomoder
les Québécois dans la confédération. Pourtant selon des gens
comme elle, le Québec a la responsabilité de prendre bien soin
de sa minorité anglophone, et de bien accueillir les anglophones
venus d’ailleurs. Le fardeau est toujours mis sur le Québec.

Après le rallye, j’ai rencontré la même
attitude bornée de deux autres supporters Réformistes, et pas
n’importe qui — des « businessmen ». Ils me disaient que le
gouvernement fédéral ne devrait pas débourser d’argent pour
supporter les écoles (ou tous les autres projets) francophones,
une raison étant que ça coute trop cher… une perte d’argent !
Leur solution serait que les francophones eux-mêmes devraient
être entièrement responsables du financement de leurs écoles.
Ils ont dit que c’est exactement ce que les Chinois, les Grecs
font. Leur vision est erronée : on est un peuple fondateur, donc
on devrait avoir droit à une représentation et un support du
gouvernement fédéral.

Comme vous pouvez voir, les Réformistes
mettent les Québécois (francophones en général) au même rang
que les immigrants !!! C’est insultant. Mes 15 ans d’expérience
au Canada Anglais m’amènent à dire avec certitude totale ce qui
suit :

« Les gens ici ne voient aucune
différence fondamentale entre un *peuple* canadien-français de
plus de 7 millions établi au Canada depuis plus de 400 ans et
une petite *famille* de quatre immigrée au Canada depuis deux
mois. »

Je ne fais pas de farce ! Mais, on n’est
pas des immigrants tout de même. On était ici il y a 250 ans,
avant même l’existence du Canada ! Les Réformistes ne croient
pas que les Canadiens-français constituent un peuple fondateur,
ou n’en voit pas du tout l’importance. Ce sentiment de «
grass-root » est bien reflété bien dans le rapatriment de la
constitution de 1982.

Après le rallye, je me suis faufillé à
travers la foule pour rejoindre Preston Manning et lui parler !
Je lui a dit que je ne suis pas d’accord avec sa vision de
l’unité nationale. Je lui a dit que s’il ne reconnaît pas le
fondement anglais-français de ce pays, alors que va-t-il faire
des Canadiens-français hors-Québec, s’il devient Premier
Ministre ? Il m’a répondu que le soutien des minorités
francophones relèvera des gouvernements provinciaux, non plus du
fédéral.

Le problème est que l’histoire a bien
démontré que les provinces ont très mal servi leurs minorités
francophones, en fait plusieurs provinces avaient même des lois
interdisant l’enseignement du français ! Un autre exemple est la
fermeture imminente du seul hôpital francophone de l’Ontario.
Ces gouvernements sont entièrement anglophones. Comment
voulez-vous qu’ils aient une appréciation du défi auquel font
face les minorités francophones ? Le résultat serait
inévitablement une assimilation rapide et garantie des
francophones. Les Réformistes veulent tout décentraliser, mais
c’est trop. Avant de quitter Preston Manning, je lui a dit que je
vois sa vision du Canada comme une menace (à la survie des
francophones) ! Il a souri.
« Pas moi ».

J’ai déjà mentionné précédemment que
le Parti réformiste rejette le caractère Anglais-Français du
Canada. Il n’est pas surprennant qu’il s’oppose aussi au support
financier par les gouvernements des associations et des
organisations oeuvrant à la promotion de la culture
canadienne-française. Finallement, on sait bien que ce Parti
réformiste éliminerait la Loi sur les langues officielles s’il
forme un jour le gouvernement fédéral.

Pourquoi cette attitude féroce? La raison
se trouve dans l’histoire de l’Ouest canadien. L’Ouest a été
très massivement peuplé par des immigrants à partir de 1890.
Les gouvernements du temps, évidenment britanniques, leur ont
donné l’impression que le Canada est un pays anglophone, malgré
la présence des Canadiens-Français. étant donné que le Canada
représentait pour les immigrants un espoir pour un avenir
meilleur, ils ont bien accepté l’apprentissage de l’anglais. Il
faut noté cependant que plusieurs immigrants ont résisté à
l’assimilation vers l’anglais.

Aujourd’hui, très peu des descendants de
ces immigrants conservent leur langue. Les immigrants qui ont
choisi le Canada après la deuxième guerre mondiale ont suivi le
même cheminement que les immigrants des générations
antérieures.

Les Canadiens-Français, pourtant dejà
établis dans l’Ouest depuis bien plus longtemps, étaient vus
comme des immigrants aussi. Les gouvernements ne se sont pas
empressés à corriger cette erreur de vision… Bien au
contraire, ça faisait bien leur affaire que les
Canadiens-Français se fassent passer pour des immigrants, des
étrangers. Imaginez, les Canadiens-Français, des étrangers
dans leur propre pays qu’ils ont eux-mêmes fondé avec les
anglais !!

Voilà donc l’origine du Parti réformiste
en regard de l’unité nationale. Croyez-moi, les
Canadiens-Français sont vu comme une minorité *privilegiée*,
voir même des *immigrants* privilegiés. Financer le soutien de
la culture canadienne-francaise est vu comme une gâterie, une
inégalité en rapport aux autres minoritées, voir même une
injustice.

La vision du Parti réformiste est celle du
19e siècle. Par exemple, en mars 1890 le gouvernement manitobain
abolissait le financement public des écoles catholiques.
Maintenant, 110 plus tard, le Parti réformiste veut revenir à
cette abolition. Bien sûr, le Parti ne le dit pas ouvertement,
mais je sais que c’est ce les membres veulent, tout comme je l’ai
mentionné au cinquième paragraphe de cet exposé.

Jean Corriveau
corriveau@siast.sk.ca