L’OUTAOUAIS EST QUÉBÉCOIS

L’OUTAOUAIS EST QUéBéCOIS

RéSUMé

Volet Outaouais du mémoire d’Impératif français
présenté à la Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de
la langue française au Québec

Impératif français, organisme culturel de recherche et de
communications voué à la défense et à la promotion de la langue et des cultures
d’expression française, présente un mémoire à deux volets: l’un porte sur
les enjeux nationaux pour présentation aux audiences nationales qui se tiendront à
Québec; l’autre cible l’Outaouais pour présentation aux audiences régionales
du 6 décembre 2000.

Impératif français a articulé le volet Outaouais de son
mémoire autour de quatre grands axes: 1- l’Outaouais, une région frontalière et
excentrique, 2- l’Outaouais linguistique, 3- éducation et culture en Outaouais, 4-
recommandations.

1. – La première section trace un portrait rapide de la région
outaouaise où ressortent tout particulièrement les conséquences de sa situation
frontalière par rapport à l’Ontario et à une grande ville unilingue anglaise de
cette province, et de sa situation excentrique, par rapport à Qué bec. D’une part,
la proximité de l’Ontario exerce une pression énorme sur l’Outaouais sur les
plans politique, économique et social et par conséquent sur les plans linguistique et
culturel. L’éloignement de Québec entraîne un sous-équipement de l’Outaouais
qui l’affaiblit d’autant dans sa concurrence avec l’Est ontarien et rend
encore plus vulnérable la langue et la culture françaises en Outaouais.

2 – Dans la deuxième partie, le mémoire compare le comportement
linguistique de la région métropolitaine de recensement (RMR) de Hull à celui
d’Ottawa et en fait ressortir les différences. Même majoritaire en territoire
québécois, le français a tendance à se conduire en langue minoritaire. L’étude
des statistiques linguistiques sur l’Outaouais permet ensuite de relever les
sous-régions particulièrement touchées par l’assimilation: le Pontiac et la
Basse-Gatineau.

3. – Dans la troisième partie, les données sur l’offre de
formation postsecondaire en français et l’investissement au titre de la culture en
Outaouais montrent que la région est sous-équipée et sous-financée quand on la compare
à des régions semblables. Pourtant, sa situation particulière commanderait
l’inverse.

4. – Quant aux recommandations, elles découlent des constats
qu’on retrouve dans les trois sections précédentes: elles touchent l’offre de
formation, l’investissement en matière de culture, l’anglais langue seconde, la
langue de travail, la publicité écrite, etc.


L’OUTAOUAIS EST
QUéBéCOIS

Volet Outaouais du mémoire d’Impératif français présenté
à la Commission des états généraux sur la situation et l’avenir de la langue
française au Québec

LE 6 DéCEMBRE 2000

Reproduction et diffusion hautement recommandées.

Merci !

Entre langues, l’état normal, c’est la guerre.
Jean A. Laponce, Université de la Colombie-Britannique

IMPéRATIF FRANçAIS,

VINGT-CINQ ANS à BâTIR L’AVENIR !

Fondé il y a 25 ans, Impératif français est un organisme
culturel de recherche et de communications voué à la défense et à la promotion de la
langue et des cultures d’expression française. Bien connu au sein de la
Francophonie, au Québec et au Canada, l’organisme a son siège social en Outaouais.
Il regroupe les amis de la langue et de la culture d’expression française désireux
d’en favoriser l’épanouissement. Impératif français organise plusieurs
activités ou y participe activement: la Semaine du français, la Journée de la
Francophonie, la Fête du drapeau national, la Fête nationale du Québec, les
Déjeuners-causeries d’Impératif français, la Semaine québécoise de la
citoyenneté, etc.

Au cours des ans, par ses interventions dans les dossiers touchant la
langue et la culture, autant sur les plans local et régional, que national et
international, autant sur la sc ène québécoise que canadienne, Impératif français
est devenu un intervenant majeur dans le dossier linguistique, grâce entre autres à son
site Internet sur le thème de la francophonie. Il est donc plus que normal qu’il
intervienne auprès de la Commission des états généraux sur la situation et
l’avenir de la langue française au Québec
. En fait, à cause de
l’importance qu’il attache à ces états généraux pour l’avenir du
français au Qué bec, Impératif français a décidé d’intervenir à deux
reprises. Aux audiences nationales, il présentera le volet national de son mémoire,
lequel portera sur les enjeux linguistiques nationaux: langue de travail, langue
d’enseignement, langue d’affichage, etc. Aux audiences régionales, Impératif
français
s’en tiendra donc à la spécificité outaouaise.

Impératif français a articulé le volet Outaouais de son mémoire
autour de quatre grands axes: 1- l’Outaouais, une région frontalière et
excentrique, 2- l ’Outaouais linguistique, 3- éducation et culture en Outaouais, 4-
recommandations.

1- L’Outaouais, une région frontalière et excentrique

Située au sud-ouest du Québec, la région outaouaise est limitée
au nord et à l’ouest par l’Abitibi-Témiscamingue, à l’est par les
Laurentides et au sud par l’Ontario. Elle est formée de la Communauté urbaine de
l’Outaouais (CUO) et de quatre (4) municipalités régionales de comté (MRC): des
Collines-de-l’Outaouais, de la Vallée-de-la-Gatineau, de Papineau et de Pontiac qui
s’é tendent sur environ 33 000 km
2. Sa situation géographique la particularise.
L’Outaouais est en effet une région frontalière à l’Ontario et excentrique au
Québec. Cette double caractéristique est en grande partie responsable de sa
spécificité en matière linguistique.

1.1 Une région frontalière

De chaque côté de la rivière des Outaouais se regardent deux
systèmes, le québécois et l’ontarien, aux multiples différences: fiscalité,
enseignement, santé, commerce, environnement, main-d’oeuvre, transports, etc. Ces
particularités sont exacerbées par la disproportion démographique entre les deux rives
de l’Outaouais: 24,5 % en 1996 pour la région métropolitaine de recensement (RMR)
de Hull, qui correspond à peu près au territoire de la CUO et de la MRC des
Collines-de-l’Outaouais réunis, et 75,5 % pour celle d’Ottawa; par le poids
économique inégal entre le Québec (21,5 % du produit intérieur brut canadien en 1998)
et l’Ontario (41,5 %). Cette inégalité assure à l’Est ontarien plus de
services qu’à sa contrepartie québécoise dont le relatif sous-développement ressort
d’autant. Dans certains domaines, l’éducation par exemple, le sous-équipement de la
région outaouaise est important.

Cette inégalité colore les différences culturelles, la rive
québécoise étant essentiellement de langue et de culture françaises — en 1996,
80,9 % de la population de la RMR de Hull y a le français comme langue à la maison
—, et la rive ontarienne de langue et de culture anglaises — l’anglais,
langue d’usage, compte pour 76 % dans la RMR d’Ottawa. Le fait que 15,8 % de la
population outaouaise soit de langue maternelle anglaise, — elle n’est
dépassée que par la région de Montréal avec 18,9 % — vient marquer encore plus
l’opposition régionale. La minorité anglophone outaouaise augmente la force de
l’anglais dans la grande région interprovinciale, alors que les francophones de la
RMR d’Ottawa, qui représentent 18,4 % de sa population totale, ne jouent pas le
même rôle. Leur importante assimilation, 24,7 % en 1996, à la langue anglaise a
tendance, au contraire, à jouer contre le français. Un exemple parmi d’autres est
la langue des circulaires distribuées de chaque côté de la frontière. Si certaines
grandes chaînes les publient en anglais dans la RMR d’Ottawa et en français dans
celle de Hull, d’autres, très nombreuses, tels Zellers, Loblaws/Provigo, Canadian
Tire, Wal-Mart, etc. préfèrent les bilinguiser pour la section québécoise tout en
conservant l’unilinguisme anglais pour la partie ontarienne. Pourtant, la communauté
francophone de la RMR d’Ottawa est quatre fois plus importante en nombre que la
communauté anglophone de la RMR de Hull.

L’économie de l’Outaouais urbain est intégrée à celle de
la municipalité d’Ottawa-Carleton: en 1991, 25 825 résidants de la RMR de Hull
travaillent pour la fonction publique fédérale, du côté québécois ou du côté
ontarien, et 30 445 autres pour des entreprises ontariennes, au total 47,7 % de
l’emploi. En 1996, ce sont 47 765 personnes de l’Outaouais urbain, soit 36,1 %
des personnes ayant un emploi, qui travaillent en Ontario. Pour la CUO, ce sont 41 430
personnes qui se déplacent vers l’Est ontarien chaque matin, soit 39,8 %. Le Pontiac
est lui aussi particulièrement lié à l’Ontario en matière d’emploi avec 24 %
des personnes en emploi qui y travaillent. Cette dépendance envers le gouvernement
fédéral et les entreprise ontariennes n’est pas sans avoir d’importantes
conséquences sur le plan linguistique. Quand un francophone travaille dans une entreprise
ontarienne, la langue de travail est l’anglais. Quand il travaille pour le
gouvernement fédéral, que ce soit du côté québécois ou du côté ontarien, la
situation est la même. Même si la Loi sur les langues officielles reconnaît aux
fonctionnaires francophones de la région de la capitale fédérale le droit de travailler
en français, seulement 11 % des francophones rédigent en français tout le temps ou
la plupart du temps, 77 % des francophones communiquent en anglais avec leur
superviseur et 76 % des francophones affirment que l’anglais sert exclusivement
ou la plupart du temps lors des réunions internes
1.
Précisons que dans la région Hull-Ottawa, en 1997, 39 % de la fonction publique
fédérale, soit 23 796 personnes, et 35 % de la GRC et des institutions et organismes
pour lesquels le Conseil du Trésor n’est pas l’employeur, soit 8 164 personnes,
sont de langue française
2. Ces 31 960 fonctionnaires francophones qui vivent sur les
deux rives de la rivière des Outaouais travaillent très majoritairement en anglais. Pour
eux, le français est une langue qu’on laisse chaque matin à la maison.

1.2 Une région excentrique

Au plan politique, la deuxième caractéristique de l’Outaouais est
que, par rapport au Québec et à la capitale nationale, Qu ébec, elle est une région
excentrique.

Dans un tel contexte, par rapport aux régions métropolitaines de
Montréal et de Québec, la région métropolitaine de Hull, comme l’Outaouais tout
entier, est rarement favorisée. Dans l’esprit de Québec, favoriser l’Outaouais, c’est
perdre son argent puisque de toute façon, à cause de sa situation frontalière, les
services lui sont offerts par l’Ontario. L’exemple actuel le plus probant reste le peu
d’empressement à terminer la construction de l’autoroute de l’Outaouais,
plus connu sous l’appellation autoroute 50, puisque la 417 est là .

être une région excentrique par rapport à Québec et au Québec a
d’autres conséquences majeures pour l’Outaouais. Même si elle est la
troisième région urbaine du Québec, la région est sous-équipée: institutions
d’enseignement, services de santé, réseau routier, équipement culturel, etc. Ce
sous-équipement explique la dépendance de l’Outaouais envers les infrastructures
ontariennes, laquelle recoupe celle de l’emploi, et oblige souvent la région à
fonctionner dans une autre langue et une autre culture, au travail ou ailleurs. Le
phénomène cré e une acculturation. C’est ce qui explique que, en règle
générale, les indicateurs de bien-être, autres qu’économique ou matériel, sont
inférieurs à la moyenne québécoise. Ainsi, en matière de criminalité, de tabagisme,
de toxicomanie et d’alcoolisme, l’Outaouais fait souvent moins bonne figure. Les
besoins (détresse psychologique) en santé mentale en fonction d’une moyenne de 100
est de 115,42 pour la région (1992-1993). Seul l’Abitibi-Témiscamingue a de plus
grands besoins (115,89).

Ce qui se passe en éducation en Outaouais illustre de façon
exemplaire l’acculturation, conséquence d’un bilinguisme trop présent. Sur ce
plan, l’Outaouais est caractérisé par un phénomène surprenant. Parce qu’il
s’agit d’une région où la demande en diplômés de tous ordres est très forte
en raison, entre autres, de la présence du gouvernement fédéral et d’entreprises
de haute technologie, on retrouve une forte proportion de diplômés universitaires. La
région contient donc plus de gens fortement scolarisés proportionnellement au Québec
dans son ensemble. Dans une pyramide comparative (tableau 1.1), on trouve 13,3 % de
diplômés universitaires en Outaouais contre 12,2 % pour le Québec. Puis, plus on
descend dans la pyramide, plus l’écart se resserre et s ’inverse,
c’est-à- dire que l’on retrouve plus de diplômés du secondaire au Québec
qu’en Outaouais. Mais ce qui est anormal, c’est que le pourcentage de la
population n’ayant pas de diplôme d’études secondaires soit plus important en
Outaouais (19,9 %) qu’au Québec (17,4 %). On serait en droit de s’attendre à
ce qu’une population à haut degré de scolarité produise moins de décrocheurs.

Tableau 1.1
Population active âgée de 15 ans et plus selon le plus haut niveau de scolarité
atteint, Outaouais et ensemble du Québec, 1996

Niveau
de scolarité

Outaouais Québec

études
universitaires avec diplôme

13,3 % 12,2 %

études
universitaires sans diplôme

8,3 % 8,0 %

études
collégiales avec diplôme

14,9 % 15,1 %

études
collégiales sans diplôme

7,1 % 7,2 %

Certificat
ou diplôme d’une école de métier

3,9 % 4,5 %

Diplôme
d’études secondaires

16,1 % 17,5 %

études
secondaires non terminées

19,9 % 17,4 %

études
primaires

16,5 % 18,1 %

Source: Recensement 1996, Statistique Canada

Le phénomène est encore plus évident et inquiétant si on ne cible
que la population des 15 à 24 ans. En Outaouais, 43 % des jeunes de 15 à 24 ans
n’ont pas de diplôme d’études secondaires contre 36,9 % pour le Québec. Pire,
tous les indicateurs de scolarisation montrent que l’Outaouais scolarise moins ses
jeunes que le Québec.

Tableau 1.2
Population active âgée de 15 à 24 ans selon le plus haut niveau de scolarité atteint,
Outaouais et ensemble du Québec, 1996

Niveau
de scolarité

Outaouais Québec

études
universitaires avec diplôme

5,0 % 5,1 %

études
universitaires sans diplôme

8,8 % 9,3 %

études
collégiales avec diplô me

13,9 % 14,5 %

études
collégiales sans diplôme

14,4% 16,1 %

Certificat
ou diplôme d’une école de métier

1,3 % 2,0 %

Diplôme
d’études secondaires

13,8 % 16,0 %

études
secondaires non terminées

35,4 % 30,4 %

études
primaires

7,6 % 6,5 %

Source: Recensement 1996, Statistique Canada

2- L’Outaouais linguistique

Cette double caractéristique de la région outaouaise, frontalière et
excentrique, a des conséquences importantes sur les plans linguistique et culturel.
Quelques données comparatives permettront de les mesurer. Normalement, une langue
majoritaire sur un territoire jouit d’une force d’attraction qui lui permet
d’assimiler les autres langues. Ainsi, dans la RMR d’Ottawa, l’anglais
majoritaire possède cette force d’attraction. En 1996, ses locuteurs anglophones
augmentaient de 17,5 % au détriment des francophones (- 24,7%) et des allophones (-
40,9 %).

Dans le RMR de Hull, le français n’a pas cette force
d’attraction: le nombre de locuteurs diminue de 0,1 % ou 290 personnes. En 1991, la
diminution é tait de 0,3 %. Donc, dans RMR de Hull, le français n’apparaît
pas comme la langue de la majorité puisque l’anglais augmente de 14 % en 1991 et de
13,7 % en 1996 le nombre de ses locuteurs.

Tableau 2.1
Langue maternelle, langue d’usage et solde des transferts linguistiques,
RMR-HULL et RMR-Ottawa, 1991 et 1996

RMR Hulla RMR Hull RMR Ottawab
1991 1996
Français
Langue maternelle
(%)
184 426
(81,9 %)
198 902
(81 %)
139 190
(18,4 %)
Langue d’usage
(%)
183 852
(81,6 %)
198 612
(80,9 %)
104 768
(13,9 %)
Solde des transferts
linguistiques (%)
– 574
(- 0,3 %)
– 290
(- 0,1 %)
– 34 422
(-24,7 %)
Anglais
Langue maternelle
(%)
30 776
(13,7 %)
34 527
(14,1 %)
490 680
(64,9 %)
Langue d’usage
(%)
35 224
(15,6 %)
39 257
(16 %)
576 426
(76,3 %)
Solde des transferts
linguistiques (%)
+ 4 448
(+ 14 %)
+ 4 730
(13,7 %)
+ 85 746
(+ 17,5 %)
Autres
Langue maternelle
(%)
10 103
(4,5 %)
12 017
(4,9 %)
125 620
(16,6 %)
Langue d’usage
(%)
6 234
(2,8 %)
7 577
(3,1 %)
74 276
(9,8 %)
Solde des transferts
linguistiques (%)
– 3 869
(- 38,3 %)
– 4 440
(- 37,9 %)
– 51 344
(- 40,9 %)

a Comprend les municipalités de Buckingham,
Masson-Angers, Gatineau, Hull/Aylmer, Val-des-Monts, Cantley, Chelsea, Pontiac, La Pêche.
b Comprend Clarence, Rockland, Cambridge, Casselman, Russell, Osgoode,
Cumberland, Gloucester, Vanier, Rockliffe Park, Nepean, Ottawa, Rideau, Kanata, Colbourne,
West Carleton, South Gower.

Source: Recensement 1991, 1996, Statistique Canada

Le tableau 2.2 montre que les soldes des transferts
linguistiques favorisent l’anglais, alors que, si le français se conduisait en
langue majoritaire dans la RMR de Hull, il attirerait à lui l’ensemble des
transferts linguistiques comme c’est le cas pour l’anglais dans la RMR
d’Ottawa. En fait, ce sont les locuteurs francophones qui s’assimilent à la
langue anglaise. Le taux d’anglicisation net est peut-être stable, 1,2 % pour 1991
et 1996, mais anormal pour une langue majoritaire. Quand aux allophones, c’est
l’anglais qui les attire le plus. Le taux de francisation des allophones, 16,5 % en
1991 et 17,2 % en 1996, est inférieur au taux d’anglicisation respectivement de 21,8
% et 19,8 %.

Tableau 2.2
Solde des transferts linguistiques et taux d’assimilation net, RMR-Hull, 1991 et 1996

Solde des transferts llinguistiques Taux d’assimilation Solde des transferts linguistiques Taux d’assimilation
1991 1996

Du
français à l’anglais

2 244 1,2 % 2 352 1,2 %

D’une
autre langue à l’anglais

2 203 21,8 % 2 383 19,8 %

D’une
autre langue au français

1 666 16,5 % 2 062 17,2 %

Source: Recensement 1991, 1996, Statistique Canada

Tous les autres indicateurs en matière linguistique sont à
l’avenant. Les bilingues sont normalement les minoritaires. Les tableaux 2.3 et 2.4
montrent que dans la RMR d’Ottawa ce sont les francophones et les allophones qui
assurent le bilinguisme. Dans la RMR de Hull, la normalité voudrait que ce ne soit pas la
langue majoritaire qui assume le bilinguisme. Pourtant c’est le cas. Les francophones
sont plus bilingues que les anglophones.

Tableau 2.3
Connaissance des langues, RMR-HULL et RMR-Ottawa, 1991 et 1996

Français Anglais Les deux Aucune
des deux
Total

1991

RMR Hull 73 165
32,5 %
16 370
7,3 %
134 725
59,8 %
1 050
0,5 %
225 310
100 %
RMR Ottawa 17 690
2,,5 %
416 945
58,9 %
264 205
37,4 %
8 465
1,2 %
707 305
100 %

1996

RMR Hull

74 245
30,2 %

17 500
7,1 %

152 405
62,1 %

1 295
0,5 %

245 445
100 %

RMR Ottawa

15 535
2,1 %

441 200
58,4 %

288 385
38,2 %

10 380
1,4 %

755 500
100 %

Source: Recensement 1991 et 1996, Statistique Canada

La différence de comportement en matière linguistique est évidente.
Lorsqu’on met en rapport la langue d’usage et la connaissance des langues, il
est évident que ce sont les francophones qui assument le bilinguisme. Dans la RMR de
Hull, les francophones (62,6 %) sont plus bilingues que les anglophones (55,4%).

Tableau 2.4
Connaissance des langues, RMR-HULL et RMR-Ottawa, 1996

Français Anglais Aucune
des deux
Les deux
RMR Hull
Français 37,4 % 62,6 %
Anglais 44,6 % 55,4 %
Autres 17,1 % 82,9%
RMR Ottawa
Français 14,8 % 85,2 %
Anglais 76,5 % 23,5 %
Autres 14 % 86 %

Source: Recensement 1996, Statistique Canada

Les données sur la CUO et les MRCs des Collines-de-l’Outaouais,
du Pontiac et de la Vallée-de-la-Gatineau montrent que le français attire bien peu pour
une langue majoritaire. Les populations de la CUO et la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau
qui ont le français comme langue première restent stationnaires essentiellement avec une
augmentation respective de 0,07 % et 0,7 %. La MRC des Collines-de-l’Outaouais, qui
comprend la Basse-Gatineau, et surtout celle du Pontiac perdent des locuteurs de langue
maternelle française au bénéfice de la langue anglaise, soit respectivement une
diminution de 2,3 % et 11,9 %. Ce sont donc les deux sous-régions les plus sensibles de l
’Outaouais.

Tableau 2.5
Langue maternelle, langue d’usage et solde des transferts linguistiques, Outaouais,
1996

CUO Les
Collines-de- l’Outaouais
MRC Pontiac MRC Vallée-de-
la-Gatineau
Français
Langue maternelle (%) 179 028 (82,9 %) 23 380 (69,5 %) 6 105 (39,6 %) 16 755 (83,2 %)
Langue d’usage (%) 179 157 (82,9 %) 22 849 (67,9 %) 5 380 (34,9 %) 16 878 (83,8 %)
Solde des transferts
linguistiques (%)
+ 129 (+ 0,07 %) – 531 (- 2,3 %) – 725 (-11,9 %) + 123 (+ 0,7 %)
Anglais
Langue maternelle (%) 25 660 (11,9 %) 9 590 (28,5 %) 9 150 (59,3%) 2 727 (13,5 %)
Langue d’usage (%) 29 436 (13,6 %) 10 533 (31,3 %) 10 005 (64,9 %) 2 852 (14,2 %)
Solde des transferts
linguistiques (%)
+ 3776 (+ 14,7
%)
+ 943 (+ 9,8 %) + 855 (+ 9,3 %) +125 (+ 4,6%)
Autres
Langue maternelle (%) 11 317 (5,2 %) 660 (2 %) 180 (1,2 %) 653 (3,2 %)
Langue d’usage (%) 7 407 (3,4 %) 253 (0,8 %) 40 (0,3 %) 405 (2 %)
Solde des transferts
linguistiques (%)
– 3 910 (- 34,5
%)
– 407 (- 61,7 %) – 140 (- 77,8 %) -248 (- 37,9 %)

Source: Recensement 1996, Statistique Canada

En Outaouais, le français ne se comporte donc pas comme la langue de
la majorité. Au pire, comme dans les MRCs du Pontiac et des Collines-de-l’Outaouais,
il se comporte comme une langue minoritaire. Au mieux, comme dans la CUO, il n’a
aucune force d’attraction.

Pourtant, à ce chapitre, Québec ne prend guère l’Outaouais en
considération. Le Rapport du comité interministériel sur la situation de la langue
française Le Français langue commune. Enjeu de la société québécoise, publié
en 1996, est exemplaire à cet égard. S’il s’attache à analyser la situation
particulière de la région métropolitaine de Montré al et de l’Île-de-Montréal,
il garde un mutisme quasi-total sur la région outaouaise. Quand il y réfère, c’est
de façon on ne peut plus vague. Par exemple, lorsqu’il se penche sur la situation du
français en tant que langue d’usage public, le Rapport précise:

En effet,
l’objectif de "normalisation" qui vise à faire du français la langue
"normale et habituelle" de toutes les activités publiques au Québec (et qui
touche tous les Québécois) est encore loin d’être atteint. Cette situation est
particulièrement observable dans la région de Montréal (et probablement dans les
régions frontalières
), où le recours au français dans les communications publiques
entre tous les Québécois, que ce soit comme travailleurs, comme consommateurs ou comme
citoyens, est beaucoup plus faible que dans le reste du Québec3
.

Pour l’Outaouais, Québec doit remplacer les « probablement » par
des analyses comme celles effectuées pour la région de Montréal et
l’Île-de-Montréal qui, elles, y ont droit comme l’illustrent les tableaux en
annexe du Rapport. Dans ses analyses en matière linguistique et culturelle, Québec doit
reconnaître la spécificité de l’Outaouais et fournir les données qui permettent
d’en suivre l’évolution avec précision.

3- éducation et culture en Outaouais

Pour l’Outaouais, comme pour le Québec tout entier, le problème
linguistique est un problème global qui nécessite un plan de mesures touchant
l’ensemble des facteurs qui influencent la situation linguistique. En effet, si
toutes les langues se valent, puisqu’elles permettent toutes de communiquer, il
n’en reste pas moins qu’elles sont de force inégale à cause de facteurs
extrinsèques: d émographique, politique, économique, social, culturel. Renforcer une
langue, c’est jouer sur l’ensemble de ces facteurs. Malheureusement, c’est
souvent l’inverse qui se passe. En voici deux exemples: l’offre de formation
postsecondaire en français et les investissements au titre de la culture.

3.1 éducation en Outaouais

La faiblesse de l’offre de formation postsecondaire en français
est notoire en Outaouais. C’est d’autant plus déplorable qu’une offre de
formation équivalente à celle que commanderait son poids démographique permettrait de
combattre plus efficacement l’acculturation qui frappe la région outaouaise.

Des quatre régions comparées (Tableau 3.1), l’Outaouais est non
seulement la plus populeuse avec ses 307 441 personnes, mais elle est aussi celle qui
compte le pourcentage le plus important de population de moins de 30 ans, soit 41,5 %.

Tableau 3.1
Caractéristiques démographiques des quatre régions comparées

Saguenay-Lac-
Saint-Jean
Mauricie Estrie Outaouais
Population totale 286 649 261 208 278 470 307 441
Population urbaine 70,3 % 74,1 % 61,7 % 72,9 %
Population de moins de 30 ans 41 % 36,2 % 40 % 41,5 %

Source: Institut de la statistique du Québec, 1996.

Normalement donc, l’offre de formation
universitaire et collégiale en Outaouais devrait au moins équivaloir à celle des trois
autres ré gions, Saguenay-Lac-Saint-Jean, Mauricie et Estrie, qui lui ressemblent par la
population en général et par la population de moins de 30 ans. Pourtant le portrait est
bien différent. L’offre de formation universitaire en français est globalement
moitié moindre en Outaouais quand on la compare aux trois autres régions. à s’en
tenir aux diplômes traditionnels que sont le baccalauréat, la maîtrise et le doctorat,
les chiffres sont éloquents: les 18 baccalauréats en Outaouais sont loin des 33, 38 et
35 des trois autres régions; les 6 maîtrises outaouaises s’effacent devant leurs
14, 19 et 44 maîtrises; finalement l’unique doctorat outaouais ne fait pas le poids
devant les autres respectivement au nombre de 6, 9 et 23.

Tableau 3.2
L’offre de formation à l’université

Saguenay-Lac-Saint-Jean
/ UQAC
Mauricie / UQTR Estrie /
Université de Sherbrooke
Outaouais /
UQAH
1er cycle
* baccalauréats 33 38 35 18
* certificats / mineures 49 31 55 22
* programmes courts 14 1 doctorat de
1er cycle
15 8
2e cycle
* maîtrises 14 19 44 6
* diplômes d’études
supérieures
6 6 28 6
* programmes courts
d’études supérieures / microprogrammes
8 0 25 6
3e cycle
* doctorats 6 9 23 1

Source : Plan stratégique de développement de l’éducation en
Outaouais
, p. 97.

L’offre de formation en français au collégial, par le public et
le privé, comporte une aussi grande disproportion entre les quatre régions comparées.
Le Saguenay-Lac-Saint-Jean arrive en tête avec 48 diplômes d’études collégiales
en formation technique pour une population de 286 649 personnes. Viennent ensuite la
Mauricie avec 45 programmes pour une population de 261 208 personnes et l’Estrie avec
23 programmes et 278 470 personnes. à noter que la région de l’Estrie a accès à
des institutions limitrophes: 7 programmes au cégep de Granby-Haute-Yamaska, 9 à celui
de la région de l’Amiante. Malgré une population de 307 441 personnes,
l’Outaouais arrive bon dernier avec 22 programmes
4.

Cette importante inégalité entre l’offre de formation
universitaire et collégiale en Outaouais et celle des régions comparables a des
conséquences : certains devant abandonner leurs études, d’autres vont chercher
ailleurs au Québec ou à l’extérieur du Québec ce que la région ne leur offre
pas. étant donné la proximité de l’Ontario, ils se dirigent, souvent, vers les
institutions d’enseignement collégial et universitaire d’Ottawa.

Tableau 3.3
Total connu du nombre d’élèves de l’Outaouais fréquentant les établissements
publics de l’Est ontarien, 1998-1999

établissements
publics
Régime
d’études
Nombre
d’étudiants
Université d’Ottawa Temps plein et temps partiel 2 440
La Cité collégiale Temps plein 893
Université Carleton Temps plein et temps partiel 280
Collège Algonquin Temps plein et temps partiel 185
Collège d’Alfred Temps plein 10
TOTAL 3 808

Source: Plan stratégique de développement de l’éducation en
Outaouais
, p. 131.

L’offre de formation professionnelle (secondaire) aussi est
moindre que dans les autres régions comparables.

3.2 Culture en Outaouais

Même dans le secteur si névralgique de la culture, l’Outaouais
ne reçoit pas la part qui devrait être la sienne. Pourtant, à cause de sa situation
géographique particulière, puisqu’elle est soumise à un bilinguisme systématique
et systémique, sans parler de son statut de vitrine du Québec dans la région de la
capitale canadienne, elle devrait même recevoir plus que sa part. Elle est en effet une
des régions qui, potentiellement, en a le plus besoin. Pour se rendre compte de la
disproportion des investissements dans la culture, il faut se rappeler que des quatre
régions comparées, l’Outaouais est la plus populeuse avec 307 441 personnes. Les
trois autres comptent respectivement 261 208 pour la Mauricie, 278 470 pour l’Estrie
et 286 649 pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Tableau 3.4
Dépenses internes et externes du gouvernement québécois au titre de la culture,
1998-1999

Saguenay-Lac-Saint-Jean Mauricie Estrie Outaouais
Bibliothèques 6 039,6 6 174,4 7 697,8 3 771,2
Patrimoine 5 654,6 2 685,5 3 552 1 364,2
Arts d’interprétation 1 020,9 477 1 099,1 335
Arts visuels et métiers
d’art
566,9 529 254,8 622
édition 171,1 431,2 106,7 108,4
Film 297,2 553 794,9 259,1
Diffusion des
télécommunications (Radio et télévision)
434 388,9 505,5 505,9
Phonogramme 2,9 46
Enseignement des arts 1 070,2 951,9 578,9 890,2
Relations interculturelles 130,7 110,5
Langue française 224,7 204,3 1 886 2 245,8
Activités multidisciplinaires 370,3 816,2 715,8 832,3
Autres 343,9 255,3 524 413,3
TOTAL 16 196,2 13 466,7 17 892,2 11 457,9

Source: Institut de la statistique du Québec, 1996.

La région outaouaise est celle qui reçoit le moins per capita parmi
les quatre régions comparées: 37 $ pour l’Outaouais, 52 $ pour la Mauricie, 57 $
pour le Saguenay-Lac-Saint-Jean et 64 $ pour l’Estrie. Le fait que l’Outaouais
reçoive plus que les trois autres régions au poste "Langue française" a de
quoi réjouir. Québec reconnaît peut- être que la région a besoin d’un effort
supplémentaire en matière de défense et de promotion de la langue. Mais, dans les
autres postes budgétaires — bibliothèques, patrimoine, arts d’interprétation,
par exemple —, l’Outaouais est en deçà de ce qu’obtiennent les autres
régions. Une langue, c’est aussi une culture. à ce titre, Québec doit investir en
Outaouais autant qu’il le fait dans des régions comparables.

Or, l’analyse de l’offre de formation postsecondaire en
français et de l’investissement du gouvernement québécois en matière de culture
montre que la région outaouaise est nettement défavorisée. à cause de sa situation
frontalière et excentrique, la région aurait besoin d’un surplus en ces matières .
Nul doute qu’une analyse d’autres facteurs feraient ressortir que
l’Outaouais reste une région délaissée de Québec qui, par son inertie, fragilise
la langue et la culture françaises.

4- Recommandations

En fonction des constats des trois sections précédentes, Impératif
français
formule un certain nombre de recommandations. Il tient à rappeler à
nouveau qu’il s’en tient ici aux recommandations qui ciblent la région
outaouaise et sa spécificité. Des recommandations plus générales portant sur la
situation de la langue française dans l’ensemble du Québec se retrouveront dans le
volet national de son mémoire présenté à Québec.

Il faut se rappeler que faire du français, en Outaouais comme au
Québec, une langue majoritaire normale, qui attire donc autant que l’anglais
assimile dans le reste du Canada, n’est pas en soi un problème linguistique.
Intrinsèquement, toutes les langues se valent, puisqu’elles permettent toutes de
communiquer. Leur inégalité, phénomène incontestable, s’explique par des facteurs
extrinsèques, soit démographique, politique, économique, social ou culturel. Rien
d’étonnant donc à ce que certaines recommandations d’Impératif français
ciblent des éléments qui, à première vue, ne sont pas à caractère strictement
linguistique.

Recommandation 1: Le gouvernement du Québec doit augmenter de façon
substantielle l’offre de formation en langue française dans l’Outaouais.

L’analyse précédente a montré que l’offre de formation
postsecondaire en français, en Outaouais, est nettement insuffisante. La proposition
n’a rien ici de restrictif. De plus, il faudrait s’assurer que, dans les
sous-régions les plus sensibles de l’Outaouais en matière de langue, le Pontiac et
la Basse-Gatineau, l’offre de formation en français soit suffisante pour contrer
l’assimilation.

Recommandation 2: Le gouvernement du Québec doit augmenter de façon
substantielle l’investissement au titre de la culture en Outaouais.

L’analyse a montré qu’à ce titre l’Outaouais est
nettement déficitaire. La défense et la promotion de la langue et de la culture
françaises en Outaouais passe par des investissements importants en matière de culture.

Recommandation 3 : Le gouvernement du Québec doit voir à ce que dans
toute étude qui prend en compte l’aspect linguistique, faite par un de ses
ministères ou un de ses organismes, la région outaouaise soit ciblée de façon
particulière afin d’en suivre l’évolution linguistique.

Actuellement, dans les études qu’il commande ou commandite,
le gouvernement s’en tient, comme régions sensibles, à l’Île de Montréal et
à la région métropolitaine. La région outaouaise est aussi une région sensible qui
doit, elle aussi, être examinée en particulier pour prendre acte de la situation de la
langue française et si nécessaire prendre les mesures correctives qui s’imposent.
à ce titre, le Pontiac, sous-région hypersensible, doit recevoir une attention
particulière.

Recommandation 4 : La Commission de protection de la langue
française
doit cibler l’Outaouais et tout particulièrement le Pontiac et la
Basse-Gatineau, comme région et sous-régions à surveiller en matière
d’application de la Charte de la langue française et y installer un inspecteur à
demeure.

Personne ne s’étonnera que l’ observation de la Charte de
la langue française
soit particulièrement déficiente dans l’Outaouais. Sa
situation frontalière, la fonction publique fédérale à toutes fins utiles unilingue
anglaise, l’importance de la minorité anglaise outaouaise expliquent cette
situation, mais ne la justifient pas. Comme le signalait le journaliste Mathieu Turbide du
Droit, plus de vingt ans après la loi 101, « la grande majorité des commerces de
Shawville affichent encore uniquement en anglais. Les affiches bilingues sont en minorité
et seulement quelques-unes accordent la prédominance au français
5 ». Fréquenter le Toys-R-Us de Gatineau permet de se
rendre compte que le pourcentage de jouets vendus sans indication, mode d’emploi ou
instructions en français est important. Attendre les plaintes, c’est dans les faits
accepter la situation. Région sensible en matière linguistique, l’Outaouais doit
devenir prioritaire pour la Commission de protection de la langue française.

Recommandation 5 : Le gouvernement du Québec doit s’engager dans
le dossier de la langue de travail des fonctionnaires fédéraux, faire des
représentations auprès de la Commissaire aux langues officielles et auprès du
gouvernement du Canada afin que les francophones puissent exercer leur droit de travailler
en français.

Dans la région Hull-Ottawa, en 1997, 39 % de la fonction publique
fédérale, soit 23 796 personnes, et 35 % de la GRC et des institutions et organismes
pour lesquels le Conseil du Trésor n’est pas l’employeur, soit 8 164 personnes,
sont de langue française. Ces 31 960 francophones travaillent très majoritairement en
anglais, même si leur droit de travailler en français est reconnu par la Loi sur les
langues officielles
. Le gouvernement du Québec doit faire pression sur le
gouvernement fédéral pour l’amener à faire en sorte que ces francophones puissent
exercer ce droit.

Recommandation 6 : Le gouvernement du Québec doit aller de
l’avant avec son projet de création d’une grande ville en Outaouais.

Le regroupement des municipalités de la région d’Ottawa-Carleton
en une seule entité municipale va renforcer la dominance de la langue anglaise dans la
région d’autant plus que le gouvernement ontarien refuse de reconnaître un statut
officiel à la langue française dans la Capitale du Canada. Dans cette optique, il est
urgent que l’on crée une grande ville en Outaouais pour consolider la force de la
langue française et de la culture d’expression française.

Recommandation 7: Le gouvernement du Québec doit revoir sa politique
en matière d’enseignement de l’anglais langue seconde.

Enseigner l’anglais en 3e année est risqué,
particulièrement en Outaouais. Il faudrait donc repousser l’apprentissage des
langues secondes le plus tard possible, quitte à en augmenter le nombre d’heures au
secondaire.

Recommandation 8: Le gouvernement du Québec doit rendre obligatoire la
règle de la double version pour la publicité écrite bilingue (dépliants, brochures,
encarts, etc.).

Le fait que le matériel publicitaire écrit soit de plus en plus
bilingue fait en sorte que la primauté du français est battue en brèche. Le phénomène
est particulièrement marqué dans l’Outaouais. L’obligation, pour les
commerçants qui veulent offrir une version bilingue, de séparer physiquement le
français et l’anglais permettra d’en limiter la prolifération et de faire de
l’Outaouais et du Québec une société française plutôt que bilingue.

Recommandation 9: Le gouvernement québécois doit subventionner les
organisme régionaux voués à la défense et à la promotion de la langue et de la
culture françaises, tout spécialement dans les régions sensibles au plan linguistique
comme l’ouest de Montréal, l’Estrie et l’Outaouais.

La défense et la promotion de la langue et de la culture françaises
ne doivent pas être politisées. Les laisser entre les mains du gouvernement seul et de
ses seuls organismes risque de minimiser l’impact de certaines campagnes
promotionnelles. Il faut que la population s’engage dans la défense et
l’illustration de sa langue. Aucune politique linguistique n’est applicable sans
l’appui de la population. De tels organismes permettent d’élargir le consensus,
vital en matière de langue.

Recommandation 10: Le gouvernement du Québec doit briser
l’isolement géographique de l’Outaouais, et du Pontiac en particulier, par
l’établissement de liens routiers adéquats.

L’Outaouais est une région excentrique par rapport à Québec.
Elle l’est surtout géographiquement. La promotion du français passe par
l’amélioration du lien routier entre l’Outaouais et le reste du Québec.
Parachever l’autoroute de l’Outaouais, c’est dire à la région outaouaise
qu’elle fait partie du Québec.

Ce qui est vrai entre l’Outaouais et le Québec l’est tout
particulièrement pour la partie francophone du Pontiac, encore plus isolée du Québec
français. Il faut pouvoir accéder à Rapides-des-Joachims par une route québécoise
plutôt qu’ontarienne. Il faut que l’ouest francophone du Pontiac puisse
atteindre par une route québécoise le Témiscamingue francophone.

Recommandation 11: Il faut rapprocher le gouvernement québécois de
l’Outaouais en s’assurant que la région est bien représentée au sein de
l’appareil administratif québécois et en installant en Outaouais certains
organismes nationaux.

Pour les gens de la région, le gouvernement québécois, principal
défenseur de la langue française, est trè s loin. Il l’est d’autant plus que
le gouvernement fédéral, défenseur du bilinguisme, est proche. Pour minimiser
l’impact de cet éloignement, le gouvernement du Québec doit s’assurer que
l’Outaouais a sa juste représentation de sous-ministres, hauts-fonctionnaires et
attachés politiques québécois. De plus, il doit augmenter sa présence dans la région
en y installant certains services nationaux, par exemple le Conseil de la langue
française
.

Recommandation 12: Le gouvernement du Québec doit avoir un réel
programme de développement régional pour l’Outaouais.

« Parce qu’une langue ne vit pas dans l’abstrait, comme un
ballon dans le ciel, sa force et sa vitalité s’appuient sur une véritable politique
économique et culturelle. Les dé fenseurs de la langue française doivent aussi
s’employer à favoriser cette politique de développement régional, dont
l’Outaouais a un urgent besoin. Ils doivent la réclamer à cor et à cris du
gouvernement québécois. » (Paul-Marcel Lemaire)

Recommandation 13: En tant que membre de la fédération canadienne, le
gouvernement du Québec doit exiger que la capitale du pays soit bilingue.

En tant que capitale d’un pays officiellement bilingue, dont les
résidants s’enrichissent avec les taxes québécoises, la capitale canadienne
doit reconnaître l’égalité du français et de l’anglais.


1. Commissaire aux langues
officielles, Langue de travail dans la région de la capitale nationale,
1995, p. 7, 9, 11.

2. Conseil du Trésor, Rapport
annuel sur les langues officielles 1997-1998
, p. 83-85.

3. p. 226. Nous soulignons.

4. Plan stratégique de développement de l’éducation en
Outaouais : état de la situation, enjeux et priorités
, mai 2000, p. 97-98.

5. Mathieu Turbide, "Le maire Amstrong rencontre le député
Middlemiss", Le Droit, 14 juillet 1999


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