L’OBLITÉRATION

L’OBLITéRATION

Patrimoine Canada aime beaucoup les francophones. Sheila Copps
investit chaque année des sommes considérables pour célébrer la
francophonie canadienne. Nous avons eu droit, à l’occasion de la
Semaine de la francophonie, à toute une batterie d’instruments
de propagande du plus meilleur pays du monde qui s’occupe des
francophones dans la langue de leur choix là où le nombre le
justifie.

Parmi ces instruments, le calendrier attirant l’attention sur
les fêtes nationales méritant d’apparaître à l’agenda de la
belle mosaïque canadienne du multiculturalisme ne retient pas le
15 août, jour de la Fête nationale des Acadiens. L’année
dernière la chose avait choqué et de nombreux Acadiens avaient
protesté. Le bureau de Sheila Copps avait invoqué une erreur
administrative et fait des excuses. Cette année, c’est une autre
histoire : pas d’erreur, pas d’excuses. Patrimoine Canada
considère que la Saint-Jean-Baptiste est la fête de tous les
Canadiens français. La fête religieuse lui permet un " deux
pour un " en matière d’oblitération : il n’y ni peuple acadien
ni peuple québécois pour les Canadians.

Patrimoine Canada refuse de considérer une fête reconnue et
instituée par l’Assemblée nationale du Québec et se sert de son
refus pour marginaliser encore davantage les Acadiens dont il
cherche pourtant à se servir pour mieux banaliser le Québec dans
la Francophonie. La belle affaire! Gué-guerre de drapeaux,
incident sans conséquence monté en épingle par des nationaleux
ou des séparatistes? Ceux qui cherchent à minimiser le poids
des symboles ne font des reproches qu’aux victimes de cette
oblitération. Sheila Copps, pour sa part, prend les symboles
très au sérieux. L’état canadien et sa constitution ne
reconnaissent qu’un peuple au Canada : Patrimoine Canada agit en
conséquence.

La propagande fédérale sur la francophonie canadienne fabrique
de toutes pièces une francophonie désincarnée à qui elle ne
reconnaît qu’un rôle de figuration dans l’image que l’état
canadien veut présenter de sa minorité officielle. Une minorité
revue et corrigée par un appareil bureaucratique qui reste
indifférent à la situation réelle des institutions, des lois et
des populations. Patrimoine Canada peut bien vanter les
réussites communautaires sympathiques au Manitoba, pendant ce
temps-là Mike Harris s’acharne à clouer le cercueil de l’Hôpital
Montfort, la ville d’Ottawa se réorganise en faisant le
nécessaire pour ne pas être officiellement bilingue, etc.

Et pendant ce temps-là, toujours, les tièdes plaident la
patience, s’imaginent avoir l’air sérieux en se drapant dans
les discours de la tolérance dont ils se présentent comme des
incarnations vertueuses sans même se rendre compte que le Canada
, dans les faits, tolère le fait français comme il endure une
verrue agaçante. Dans la guerre idéologique qu’il mène au Québec
le Canada voudrait bien faire croire qu’il s’en trouve embelli.
La francophonie de Patrimoine Canada n’aura jamais que la beauté
de l’insignifiance. La culture qu’on y présente reste
inoffensive : elle ne vit que dans les reliques folkoriques ou
les artifices de la mise en scène subventionnée. C’est une
injure pour le passé. Une insulte pour les vivants qui
s’acharnent à tenir une présence dans le monde digne et
originale. Les Acadiens ont eu raison de protester. Puissent-ils
y voir une raison de plus de réaliser qu’ils n’ont dans ce
Canada de l’imposture que les Québécois pour alliés. Des alliés
que le Canada cherche à tenir en discorde pour mieux les
oblitérer.

Robert Laplante
Directeur
L’Action nationale
425, boul. de Maisonneuve O., bureau 1002, Montréal H3A 3G5
Téléphone : (514) 845.8533 · Télécopie : (514) 845.8529
Site : http://www.action-nationale.qc.ca

(Le 2 avril 2000)