LES TOWNSHIPPERS EN PORTE-À-FAUX

Mouvement estrien pour le français

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Les Townshippers en porte-à-faux



Le Mouvement estrien pour le français constate que le président de l’Association des
Townshippers tient souvent des propos en porte-à-faux. Ainsi, dans La Tribune d’il y a
quelques semaines, monsieur Gary Richards présentait son organisme comme le «défenseur
du français, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du Québec». Heureux de
l’apprendre! Cependant, nous aimerions en connaître les circonstances et la portée. Dans
le contexte d’une Amérique du Nord anglophone à 98 %, ce n’est pas en insistant pour
mettre l’anglais sur le même pied que le français, partout dans l’administration
québécoise -en commençant par la santé- que les Townshippers vont travailler à
défendre le français «à l’intérieur». On sait, à leurs yeux et à ceux de leur
maîtresse à penser, Alliance Quebec, que stratégiquement les hôpitaux
constituent une tête de pont de la bilinguisation tous azimuts du Québec. Il est si
facile de culpabiliser les opposants. Le Centre universitaire de santé de l’Estrie (CUSE)
fut le théâtre illégal d’une telle offensive conduite (mais en partie avortée) par des
agents fédéraux-provinciaux de la Régie régionale de la santé et des services sociaux
de l’Estrie.

Ailleurs au Canada, à l’exception d’une partie du Nouveau-Brunswick, l’inégalité des
deux langues a rapidement conduit à l’anéantissement du français à titre de langue
utile. Ne parlons pas du bilinguisme de façade pratiqué dans le reste du Canada.
Déposé par le président du Conseil du trésor, le Rapport annuel sur les langues
officielles 1997-1998
indique qu’en Ontario un gros total de 9 % des fonctionnaires
sont reconnus bilingues (si on exclut la région de la capitale nationale) et ce, pour une
population de 600 000 francophones partiellement assimilés; par contre, il en dénombre
54 % au Québec pour une population équivalente d’anglophones. Au-delà des discours
racoleurs, voilà une façon de mesurer la non-importance accordée au français en dehors
du Québec d’une part et l’importance institutionnelle de l’anglais à l’intérieur du
Québec d’autre part. Ce dernier ne compte pourtant qu’à peine 10 % d’anglophones! Si, en
tant que «défenseur du français [sic] à l’extérieur du Québec», l’organisme que
dirige M. Richards ne semble pas remporter beaucoup de succès, en revanche sa défense du
statut de l’anglais «à l’intérieur» du Québec semble très efficace. La langue
anglaise, selon le Rapport, y progresse même grâce à l’assimilation des francophones et
des immigrants. C’est le monde à l’envers, la minorité qui rogne la majorité.

Par ailleurs, quand le président des Townshippers ressasse le cas du Sherbrooke
Hospital
(96 lits), il déforme les faits. En fait, cet établissement n’a pas
réellement été enlevé aux anglophones, même s’il a changé de vocation et de nom. Il
s’appelle aujourd’hui Sherbrooke Geriatric University Institute et correspond
bien aux besoins de la communauté vieillissante dont il est issu. Pour masquer sa
véritable identité (anglaise), on l’a baptisé (en français): Institut universitaire de
gériatrie de Sherbrooke. En effet, et qu’on ne s’y trompe pas, c’est bel et bien la
Charte anglophone du Sherbrooke Hospital qui le régit légalement et qui régit
sa deuxième composante, l’ex-Hôpital d’Youville (320 lits) qu’il a annexé et soustrait
à la communauté francophone. Contrairement à tout bon sens, c’est le petit qui a avalé
le gros. D’ailleurs, dans The Lennoxville Journal du 23 octobre 1996, quelques
mois après cette manoeuvre assimilatrice, John Hackett, alors président de la Fondation,
ne mentait pas en arguant «that Sherbrooke Hospital still existed» (que le Sherbrooke
Hospital
existait encore).

M. Richards doit prendre note que «l’identité centenaire appréciée» est
légalement préservée à l’encontre de l’esprit de la Charte de la langue française.
Celle-ci exige, en effet, d’un établissement, que plus de 50 % de ses patients soient
autres que francophones pour se voir accorder une reconnaissance anglophone. Or, avec 10 %
seulement de patients anglophones, on est encore loin du compte! Les manigances du Sherbrooke
Hospital
, pour intégrer un établissement francophone trois fois plus gros que lui,
sont consignées dans un document produit et facturé en 1995 (no 59715) par une firme de
Sherbrooke au coût de 6 334,37 $. On a fait indirectement ce que la loi ne permettait pas
de faire directement. Reprise avec complaisance par divers politiciens dont Monique
Gagnon-Tremblay et Jean Charest, l’affirmation fausse de la fermeture du Sherbrooke
Hospital
n’a pas fait long feu. Cet établissement n’est pas fermé, bien au
contraire, il est devenu trois fois plus gros. Qui plus est, on y procède aujourd’hui à
de très importants travaux d’agrandissement.

à Sherbrooke, c’est plutôt la communauté francophone qui a perdu
non pas un, mais deux hôpitaux patrimoniaux vieux de plus d’une centaine
d’années. L’Hôpital Saint-Vincent-de-Paul est réellement fermé et l’Hôpital
d’Youville est passé aux mains de la communauté anglophone, sous le nom reconnu de Youville
Pavilion,
par l’injection de la charte du Sherbrooke Hospital. Les chartes
des deux hôpitaux francophones, quant à elles, ont été jetées à la poubelle.

Rodrigue Larose, vice-président (819)846-6392
Mouvement estrien pour le français

décembre 1998