LES MISÉRABLES EN FRANÇAIS

LES MISéRABLES EN FRANçAIS ?

LE Figaro de ce jour, 20 août, annonce la préparation du tournage d’une série
télévisuelle d’après le roman de Victor Hugo, Les Misérables. La vedette principale
(et le coproducteur ?) en sera Gérard Depardieu. C’est ce même acteur qui avait
déclaré, en 1998, qu’il tournerait désormais toutes les séries en anglais. Le
sénateur Jacques Legendre indigné à l’idée que les œuvres du patrimoine
littéraire français seraient tournées en anglais en France, par des Français, avait en
octobre 98 interpellé le ministre de la culture à ce sujet. Vous trouverez en pièce
jointe la question et la réponse. Rien dans le Figaro n’indique le choix linguistique
pour ce tournage mais nous devons rester vigilants.

Marceau Déchamps
dlf98@club-internet.fr

SéNATDéBATS PARLEMENTAIRES

JOURNAL OFFICIEL DE LA RéPUBLIQUE FRANçAISE
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CULTURE ET COMMUNICATION
Adaptation télévisuelle d’œuvres de la littérature française en version originale
anglaise

11322. – 15 octobre 1998. – M. Jacques Legendre s’inquiète des propos prêtés à un
grand acteur français qui vient de s’illustrer dans le rôle du comte de Monte-Cristo
adapté à la télévision, et qui aurait déclaré que les prochains feuilletons d’après
Hugo seront tournés en anglais pour des raisons de rentabilité. Il demande à Mme le
ministre de la culture et de la communication quelles mesures elle compte prendre pour que
des œuvres particulièrement représentatives de la littérature française ne soient
pas à l’avenir tournées par des acteurs français en version originale anglaise.

Réponse. – Sur le plan économique, les producteurs audiovisuels ont un double souci :
respecter le patrimoine sans pour autant se couper des grands marchés étrangers qui
peuvent leur procurer les financements indispensables à la bonne fin de tels projets. Il
est vrai qu’ils sont parfois alors incités à tourner en anglais. Conscient de cette
difficulté, le Gouvernement a instauré plusieurs mécanismes incitant les producteurs et
les diffuseurs à tourner leurs films en langue française. Les sociétés nationales de
programme et les services autorisés diffusés en clair par voie hertzienne terrestre
doivent, dans le total du temps annuellement consacré à la diffusion d’œuvres
audiovisuelles, réserver 40 % au moins de la diffusion d’œuvres d’expression
originale française. Afin de contribuer au développement de la production audiovisuelle,
ces mêmes sociétés sont tenues de consacrer chaque année au moins 15 % de leur chiffre
d’affaires annuel net de l’exercice précédent à la commande d’œuvres
audiovisuelles d’expression originale française. D’autre part, le compte de soutien à
l’industrie des programmes audiovisuels majore de 25 % les sommes affectées aux comptes
automatiques des producteurs, lorsque les œuvres inscrites sur la liste des
œuvres de référence ont été réalisées intégralement ou principalement en
version originale en langue française, ou dans une langue régionale en usage en France,
et ont fait l’objet de dépenses de production très majoritairement effectuées sur le
territoire. En 1998, le Centre national de la cinématographie a soutenu 679 heures de
programmes de fiction, dont 218 téléfilms de quatre-vingt-dix minutes, et 251
téléfilms de cinquante-deux minutes, pour un montant d’aides de 413 MF. Parmi ces
œuvres, seulement quarante-cinq heures de programmes correspondant à trois
œuvres distinctes, ne sont pas considérées comme des œuvres d’expression
originale française. Le cadre réglementaire de la diffusion et le système de soutien
financier à la production sont aujourd’hui très efficaces pour inciter au tournage en
français comme on peut le constater. Toutefois, il est envisagé d’engager une réflexion
afin de considérer la mise en place éventuelle de soutiens supplémentaires aux
producteurs qui portent à l’écran de grandes œuvres du patrimoine.

(Le 22 août 1999)