LES MAUVAISES TRADUCTIONS

Où SE PLAINDRE ?

Vous avez acheté un produit
dont les instructions ne sont pas traduites ou sont à peine
compréhensibles ? N’hésitez pas à porter plainte auprès
de l’Office de la langue française en composant le (514)
864-2648. Si le coeur vous en dit, faites-nous également
parvenir une copie de ce texte. Il nous fera plaisir de le
publier dans nos pages, ainsi que de mentionner sa provenance.

*******

«LES MAUVAISES
TRADUCTIONS»
C’est pas parce qu’on rit que c’est
drôle

Isabelle Rivest
Consommation
Magazine d’information et d’action
ACEF-CENTRE

Vous êtes-vous déjà
retrouvé devant des instructions que vous aviez du mal à
déchiffrer ? Avez-vous déjà dû consulter la version anglaise
d’un mode d’emploi afin d’en comprendre la version
française ? Avez-vous déjà acheté un bien dont le mode
d’emploi en français était inexistant ?

Eh oui ! Encore
aujourd’hui, il arrive que les intstructions accompagnant un
bien vendu au Québec ne soient pas traduites en français. Quant
aux mauvaises traductions, elles sont partout : sur les menus des
restaurants, les étiquettes des produits pharmaceutiques, les
modes d’emploi des outils électriques et les garanties des
appareils électro-méagers.

Vous croyez que les mauvaises
traductions ne sont l’apanage que des petites entreprises ?
Détrompez-vous. Dans un de ses dépliants, la clinique médicale
de l’Université McGill annonçait un «accès garantie»
pour ses clients. Revenu Canada avisait une dame de Longueuil que
son «"tat du maximum dductible" annex cet avis de
cotistion».

Des exemples du genre, on
pourrait en aligner à l’infini. On sourit, on rit parfois,
mais ce n’est pas drôle. Et ça peut même être dangereux.
Que se produirait-il, par exemple, si on avait oublié de
mentionner, dans la version française, qu’un produit
contenait un dérivé d’arachide (auquel plusieurs personnes
sont allergiques) ? Et que dire de la posologie sur la boîte du
laxatif Ex Lax, qui invite les francophones à prendre «une
tablette par jour» plutôt que «a tablet (un carré) a day» !

Aberrant ! Surtout quand on
sait que quelque 68% des francophones du Québec ne parlent pas
d’autre langue que le français.

Traduction Taiwan
Inc.

Lorsqu’on pose des
questions sur les mauvaises traductions, on se fait d’abord
dire que c’est souvent le cas des traductions faites à
l’étranger, dans le pays de fabrication du produit. Les
détaillants d’ici, en particulier les grandes surfaces, ont
une multitude de fournisseurs un peu partout sur la planète. Ces
fournisseurs, surtout quand ils commencent à distribuer leurs
produits au Québec, ne voient pas toujours à quel point il est
important que leurs instructions soient traduites en français.
Et ils font souvent appel à leurs «traducteurs» maison. Dans
bien des cas, ces personnes ne parlent pas un mot de français.
Pour traduire, elles se servent mécaniquement du dictionnaire.
Elles peuvent ainsi créer des perles comme le célèbre «fait
en dinde» pour «made in Turkey» !

Dans certains cas, les fautes
d’orthographe ou de syntaxe sont si nombreuses qu’elles
peuvent venir à bout de la patience des moins puristes
d’entre nous. Dans d’autres cas, on a beau lire et
relire, il n’y a rien à comprendre. Les mots sont
français, mais les phrases n’ont aucun sens. On peut
imaginer la tête que ferait le nouveau propriétaire unilingue
d’une roue «scie-bois-dur» fabriquée à Taiwan et vendue
chez le Rénovateur Rona: «Ne trodre serrés écrous
qu’entière roue-scie a été assemblé», expliquait-on
dans le mode d’emploi.

«Les traductions faites à
l’étranger posent un problème bien particulier»,
reconnait M. Gilles Racine, secrétaire de l’Office de la
langue française. Au Québec, l’article 51 de la Charte de
la langue française exige que «toute inscription sur un
produit, sur son contenant ou sur son emballage», ainsi que tout
«document ou objet accompagnant ce produit, y compris le mode
d’emploi et les certificats de garantie» soit rédigé en
français. Or, les lois québécoises ne permettent pas de
poursuivre un contrevenant à l’extérieur du Québec.
«Comme ce sont les fabricants qui sont responsables des
inscriptions sur leurs produits, dit M. Racine, lorsque ces
fabricants sont étrangers, nous ne pouvons rien faire.» Et on
ne peut poursuivre que les fabricants…

Pitié pour le
traducteur

Les entreprises étrangères
ne sont pas les seules à ignorer la nécessité de retenir les
services d’un traducteur. Encore aujourd’hui, il arrive
que des entreprises québécoises fassent faire leurs traductions
par n’importe qui parlant bien les deux langues, la
secrétaire du patron ou son collègue. Ces gens sont souvent
bien intentionnés, mais leurs efforts peuvent donner des
résultats déconcertants.

Il arrive aussi que des
entreprises fassent appel à des traducteurs chevronnés, mais
sans leur donner les moyens de bien faire leur travail. Hélène
Dandurand, traductrice agréée et responsable des relations
publiques de l’Ordre des traducteurs et des interprètes
agréés du Québec (OTIAQ), en sait quelque chose. Au magasin,
alors qu’elle cherchait un cadeau pour sa fille, elle est
tombée sur un jouet où il était écrit: A = pomme; M = singe,
etc. «Je me suis aperçue que cette horreur, c’était moi
qui, à mon insu, l’avais créée ! Puisque c’est moi
qui avait exécuté "contrat de traduction" !»

Il faut dire que son client
lui avait fourni une liste de mots à traduire, sans lui
expliquer le contexte dans lequel ils allaient être utilisés.
C’est un problème auguel les traducteurs se heurtent
souvent. Parfois, ce sont les explications qu’on omet de
fournir, parfois c’est l’image qui accompagne le texte.

à l’OTIAQ, on déplore
les conditions dans lesquelles les membres de la profession sont
contraints de travailler. «Les traducteurs sont souvent mis dans
des situations impossibles, déplore Betty Cohen, traductrice
agréée et vice-présidente de l’Ordre. On les utilise
comme des pompiers, alors qu’il faudrait plutôt les
intégrer plus rapidement au processus de production. Mais la
traduction est le parent pauvre des communications. Quand il ne
s’agit que d’une ou deux phrases, c’est souvent à
l’imprimeur qu’on commande d’en donner la version
française !»

Ce qui est
acceptable et ce qui ne l’est pas

Presque le quart des plaintes
reçues à l’Office de la langue française (OLF) concernent
des textes mal traduits. Ce qui représente quelque 2000
récriminations par année. C’est Yves Béliveau, directeur
de la Direction du traitement des plaintes de l’OLF, qui est
chargé d’évaluer si le texte faisant l’objet
d’une récrimination respecte ou non les dispositions de la
Charte. La Charte ne précise pas le niveau de qualité de langue
nécessaire, mais à l’OLF, on s’est fixé des balises.
«Nous ne regardons pas le français pour le français, dit M.
Racine. Nous regardons le français afin de vérifier si le texte
est suffisamment clair pour que ni la santé ni la sécurité du
public ne soient compromises.»

Pour trancher, M. Béliveau
fait d’abord une lecture à voix haute du texte qui lui est
soumis. Par exemple, s’il est écrit, sur les instructions
accompagnant une ampoule électrique: «Ne reste pas dans
lumière si ton peau sentir chaude», à son avis, ça peut
aller. «Ce n’est ni correct ni élégant, mais on comprend
le sens», explique-t-il. Dans un tel cas, il n’y a pas
d’infraction. L’Office peut alors faire des suggestions
à l’entreprise, afin de l’aider à corriger la
situation. Un service que la plupart des entrepreneurs
accueillent très favorablement, puisqu’il leur permet de
soigner leur image publique.

Mais les choses peuvent être
toute différentes. «Quant on doit se référer à la version
originale pour comprendre le sens, c’est que ce n’est
plus du français, poursuit Yves Béliveau. Dans ces cas-là, il
y a infraction à la loi.» Les entreprises établies chez nous
recevront alors un avertissement. Si la situation ne se corrige
pas, elles recevront ensuite une mise en demeure. Souvent, il
n’est pas nécessaire d’aller plus loin. «Plusieurs
entreprises contreviennent par simple ignorance de la loi»,
constate Yves Béliveau.

Il arrive cependant que
certains entrepreneurs, pour des raisons idéologiques ou autres,
refusent de se soumettre au règlement. «J’ai beau leur
dire que c’est un de leur client qui s’est plaint, il
n’y a rien à faire», déplore M. Béliveau. à ce
moment-là, la seule solution est d’avoir recours aux
tribunaux. Actuellement, le fautif peut être condamné à une
amende de 50 $ à 700 $ pour une première offense et de 75 $ à
1400 $ pour une récidive. «Certains préfèrent accumuler les
amendes plutôt que de se conformer à la loi, déplore M.
Béliveau. Nous, on ne peut pas faire comme le fait la CSST et
décider de fermer une usine ! Quand il n’y a rien à faire
avec un entrepreneur, je rapelle le plaignant pour lui avouer mon
impuissance.»

Quelques solutions
possibles

Le gouvernement devrait-il
donner plus de mordant à sa législation en précisant mieux ce
qui est correct et ce qui ne l’est pas ? «Surtout pas !,
répondent en choeur les membres de l’OTIAQ. Ce serait
ouvrir une boîte de Pandore. Est-ce qu’on demandera à des
avocats de déterminer quel est un niveau de français acceptable
? Et à quoi serviraient des lois plus strictes si les fabricants
d’Asie ne les connaissent pas ?» Selon M. Racine, la
solution serait plutôt de se donner le pouvoir de poursuivre
aussi les détaillants et les distributeurs, pas seulement les
fabricants. «Après tout, eux aussi ont une responsabilité dans
tout cela», dit-il.

Le désir de M. Racine est sur
le point de devenir réalité. Au moment d’écrire ces
lignes, les projet de loi 40 était en voie d’adoption.
S’il est adopté, ce projet de loi permettra de poursuivre
quiconque contrevient à l’article 51 «en distribuant, en
vendant au détail, en louant, en offrant en vente ou en location
ou en offrant autrement sur le marché». «Lorsque le projet de
loi 40 sera adopté, nous aurons un réel pouvoir, dit M. Racine.
Et le message que nous lancerons aux fabricants étrangers sera
clair : s’ils veulent faire des affaires au Québec, ils
doivent les faire en français correct.»

Il va sans dire,
l’adoption du projet de loi 40 et l’augmentation des
amendes sont deux mesures qui inciteront les distributeurs et les
détaillants à faire pression sur les fabricants afin
d’obtenir des traductions correctes. Les fabricants qui
refuseront pourraient éventuellement ne plus trouver preneur sur
le marché québécois. «La Baie et Zeller’s ont déjà
commencé à agir de la sorte, dit M. Racine. C’est
d’ailleurs pour cette raison que nous leur avons récemment
décerné un certificat de francisation.»

En attendant l’adoption
du projet de loi 40, que peut-on faire ? Dans les cas où la
santé ou la sécurité des consommateurs risque d’être
compromise par une traduction mal faite, les consommateurs
peuvent avoir recours aux tribunaux. «Le Code civil du Québec
interdit les clauses incompréhensibles, dit Me éric Fraser,
responsable du service d’aide aux consommateurs à
l’ACEF-Centre. Pour quelqu’un qui ne dit pas un mot
d’anglais, un texte non traduit est tout à fait
incompréhensible. Et il en va de même de certaines traductions
particulièrement boiteuses…»

Il y a aussi une autre
solution: celle de se plaindre. «Les consommateurs ne s’en
rendent pas toujours compte, mais ils ont un énorme pouvoir, dit
Yves Béliveau. Les entreprises sont rarement indifférentes à
leurs plaintes.» L’opinion de M. Béliveau est partagée
par les membres de l’OTIAQ. à leur avis, la façon la plus
efficace de réagir serait d’organiser une «action
directe» auprès des détaillants. «Si les gens se plaignaient
systématiquement des mauvaises traductions comme ils le font
pour un produit de qualité douteuse, dit Betty Cohen, les choses
pourraient changer.»

Des exemples de
mauvaise traduction fournis par Consommation

Sur l’étiquette de la
boîte de haricots germés de marque Montréal Chop Suey
apparaît une recette de chop-suey à la viande. Dans les
ingrédients de la version anglaise de cette recette, on demande
notamment «1/4 cup pure lard». Sur la version française, cet
ingrédient est devenu «1/4 lb. de graisse». Plus du double, et
ce n’est même pas le même produit. ça ne donne sûrement
pas le même résultat…

Voici ce qu’on peut lire
sur le côté de la boîte de bouillon végétal de marque
Nutri-Chef : «Vite fait pour une assiette : 1/2 cube pour une
tasse (250 ml) d’une bouillon délicieuse à calories
basses.»

Et sur la boîte
d’édulcorant hypocalorique Les petites gâteries, de Weight
Watchers: «Chaque Sachet Renfirme moins de 3 calories et ai
pouroir sucrant de 2 cuillerées à thé de sucre.» à noter:
c’est Heinz, une entreprise ayant sûrement les moyens de
s’offrir les services d’un traducteur, qui fabrique ce
produit…

Trouvé sur des bouteilles de
vernis à ongles:

Essence of Nails
L’essence de Cloux

Organic nail grow
Le clou organique croît

Fiber enriched fortifier
La fibre enrichissait fortifiant pour clou

Calcium enriched top coat
Le calcium enrichissait manteau en dessus

Ceramic nail smoother
Les céramiques pour des clous lisses

Extra strenght base coat
La force extra manteau pour base

Aperçu sur une
étiquette apposée sur un vêtement:

Félicitations ! Le Vêtement
qui vous avez seulement a acheté est fait de 100 % SOIE PURE,
pour siècles, les la plupart luxueux et fiable de tout (fibres)
naturel. La qualité de ce vêtement de l’amende est
apparent de sa exécution supérieure, au (slubs) naturel cela
donne sa apparence du (textured) unique à cette structure. (ils
ne sont pas dégâts.)

Aimez! Nothing Jamais
Sérieux.

Vu sur
l’emballage d’un jeu d’enfant:

Merci à acheté cette service
à thé de porcelean par signet pour vos enfant. Chaque service a
été projeté pour assurer des heurs d’amusement pour vas
enfant. Cette service a été projeté pur utilizer seulement sur
des étuve à joue et ne les jamais pas exposé au chaleur. Tout
les jouets qui peut être aller en contact avec la nourriture
aurais lâver dans l’eau chaud et avec le savon doux avant
de l’utilization par les enfants. Cette service est pour les
enfants qui avaits 8 ans et plus. Encore merci et nous espeions
que vos enfant aime nos produit.

VOS COMMENTAIRES :
imperatif@imperatif-francais.org