LES «PEDDLERS» D’INDÉPENDANCE

LES «PEDDLERS» D’INDéPENDANCE

(Version originale)

Bonjour,

Dernièrement, j’ai vu un éditorial apparu sur le site Web www.voir.ca. L’éditorial, écrit par un certain Pierre
Monette, porte sur l’interminable question de la souveraineté du Québec. L’auteur
s’oppose au besoin de la souveraineté, mais ne donne aucun argument convaincant. Mais
avant de m’engager d’avantage dans mes commentaires, voici d’abord cet éditorial:

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ça va faire, calv…! Avec trois petits points pour la rime afin de ménager les
susceptibilités de ceux qui ont encore des soutanes dans les oreilles. Qu’on me comprenne
aussi parmi ceux qui ont le populo chic: y en a marre! Marre des peddlers d’indépendance!
Marre d’entendre les éminences grisonnantes du mouvement nous seriner toujours les mêmes
rengaines.

Il y a ceux qui nourrissent le vieux joual de bataille de la dégénérescence du
français en faisant tout un plat d’opuscules qui s’affichent ouvertement être du frère
Untel réchauffé. D’autres dégainent la plus émoussée des scies souverainistes: celle
du poids de l’histoire (pour ne pas parler de son fardeau, ou même du Falardeau de
l’histoire — le père d’Elvis Gratton étant de ceux qui ressassent le plus souvent
l’argument), qui devrait à lui seul suffire à faire pencher tous les Québécois du
«bon» côté.

La raison de l’indépendance serait de réparer l’affront de la Conquête de 1760. On
nous sert du même souffle, la voix nouée d’émotion, la tragédie de la Rébellion, les
Patriotes pendus à la prison du Pied-du-Courant, et les trois ou quatre malheureuses
phrases de lord Durham qu’il faudrait finir par faire ravaler à tous les anglos. Aussi
bien dire que la souveraineté servirait seulement à tourner une mauvaise page
d’histoire.

Nous avons certes à régler quelques vieux comptes que le passé a laissés en
suspens. Mais s’il est éventuellement explicable de trouver un semblable fond de sève
revancharde chez ceux qui peuvent se revendiquer de vieille souche, elle ne saurait
nourrir les aspirations de nos greffons. Les nouveaux arrivants ne sont pas ici pour faire
l’histoire à la place de nos ancêtres: tout ce qu’ils veulent, c’est se refaire une vie
— ce qui est déjà un sapré contrat!

Quant aux «maudits Anglais» qui nous entourent de nos jours, souvent ils ne sont
même pas d’origine britannique, et, pour la plupart, leurs aïeux n’étaient pas encore
arrivés au pays à l’époque de la Conquête, ni même au temps de la Rébellion! Il est
tout à fait absurde de prendre prétexte qu’un des leurs n’a pas été tendre avec nous
aux environs de 1837 pour prétendre que les anglophones d’aujourd’hui continuent à nous
mépriser; et si les anglos se justifiaient, afin de soutenir l’idée que les francos
veulent tous leur faire la peau, du fait que Frontenac a refusé de négocier avec les
Britanniques autrement que par la bouche de ses canons…

On a vu, l’an passé, certains de nos béni-oui-oui de la francophonie se réclamer de
leurs ancêtres les gaullistes! Il faudrait faire l’indépendance afin de donner raison au
Général d’avoir laissé échapper son «Vive le Québec libre!» du haut du balcon de
l’hôtel de ville. Par fidélité à ce qui ne sera jamais rien de plus qu’un court
paragraphe, voire une note en bas de page dans les biographies du personnage. En fin de
compte, on s’accroche à la souveraineté non pas parce qu’elle demeure nécessaire, mais
comme pour s’excuser de ne pas l’avoir fait quand c’était le temps!

Depuis les années soixante, nous avons fini par prendre concrètement le contrôle de
notre appareil gouvernemental, et d’une partie des forces économiques: par réaliser bon
nombre des objectifs liés à l’accession à la souveraineté sans avoir besoin de la
réaliser. Tout ce qu’on trouve de nouveau à nous dire, c’est que la situation ne serait
malgré tout pas aussi bonne qu’elle en a l’air. Chaque fois que j’entends quelqu’un en
appeler de la domination socioéconomique des anglophones, il me semble suffisant de lui
pointer du doigt le nombre grandissant de petits boss pure laine empressés de manger
celle qu’ils trouvent sur le dos de leurs employés…

La lutte n’est certainement pas finie, et le fractionnement politique des dernières
élections fédérales démontre que le Québec n’est pas le seul à avoir des relations
problématiques avec le pouvoir central. Peut-être aurons-nous simplement été les
premiers à être sensibles à la nécessité d’une refonte majeure de l’état canadien.
Chose certaine, on ne peut plus poser la question de l’autonomie gouvernementale et
culturelle dans les mêmes termes que par les décennies passées.

Avant de se demander pour une troisième fois si le Québec doit ou non se constituer
en état plus ou moins indépendant, ou même s’il est en droit ou pas de le faire, il est
nettement plus urgent de répondre à une tout autre question: acceptons-nous de
participer à un débat qui se réduit désormais à un choix entre l’armateur Martin et
le liquidateur Landry, entre des William Johnson et des Gilles Rhéaume, des Guy Bertrand
et des Guy Bouthillier, entre les partitionnistes et la Société Saint-Jean-Baptiste —
d’avoir pour seule alternative ou bien des mémés avec des unifoliés de papier plantés
dans la perruque, ou bien des mononcles avec un fleurdelisé noué autour de la bedaine?
Au Québec, on ne discute plus d’options politiques: on se chicane proprement pour un oui
ou pour un non. Quel que soit le libellé du prochain référendum, il reviendra
parfaitement au même de pencher d’un côté ou de l’autre: on grossira les rangs du même
parti, celui de l’étroitesse d’esprit.

Tous les drapeaux sont des torchons, sauf lorsqu’ils sont rouges, ou noirs.

Ce n’est pas en maintenant active la flamme souverainiste qu’on pourra éteindre les
feux que la pauvreté allume au sein de notre société. Les squeegees sont les nouveaux
porteurs d’eau.
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Voici maintenant mes commentaires ci-bas. Notez que le site Vigile (http://w3.alphacom.net/~frapb//vigile/index/indexa.html)
présente d’autres commentaires pertinents et intelligents.

M. Monette croit que la raison du mouvement indépendantiste est une revanche contre
l’affront de la Conquête de 1760 et de la Rébellion de 1837. Il ne comprend pas du tout,
et il prend les souverainistes pour des idiots! Bien que le conflict actuel a ses origines
dans ces temps passés, le mouvement souverainiste actuel a des raisons bien
contemporaines. Les souverainistes cherchent à assurer le futur du Québec français, et
c’est sûrement pas le Canada Anglais qui va y voir! Les souverainistes ne luttent pas
contre le passé mais bien contre les manques de respects démontrés par les Canadiens
Anglais d’aujourd’hui. Ces manques de respects ne semblent pas du tout évident pour les
Québécois, mais déménagez dans le Canada Anglais, et ça va vous frapper en plein
visage!

Ensuire M. Monette prétend que les souverainistes poussent leur aspirations politiques
afin de donner raison au << Vive le Québec libre du Général de Gaulle. Non mais,
il croit vraiment que les souverainistes sont des idiots! Les sentiments souverainistes
existaient déjà bien avant cet évènement! Peut-être que si M. Monette s’intéressait
un peu à son histoire Québécoise, il en saurait quelque chose.

M. Monette nous rappelle que les nouveaux arrivants ne sont pas ici pour se faire
raconter notre histoire. Non mais ce M. Monette souffre d’un complexe d’infériorité
incroyable! Les Québécois sont ici depuis plus de 400 ans, bien avant même les anglais,
et les Québécois devraient se plier aux attentes d’immigrants nouveaux venus? Oublions
l’histoire des Québécois, oublions l’origine des Québécois, oublions l’identité des
Québecois!

M. Monette parle exactement comme un supporteur du Parti Réformiste: oubliez que vous
êtes des Québécois! D’ailleurs lors d’une visite à Saskatoon de M. Duceppe, chef du
Bloc Québécois, un anglophone l’avait menacé à la radio avec "There is no such a
thing as a Québécois, you are a Canadian". En rejetant sa propre histoire, M.
Monette donne inévitablement raison à cet anglophone insolant.

M. Monette devrait faire sa vie au Canada Anglais. Il va y être très bien acceuilli,
mais en anglais seulement, et quand M. Monette demendera des services en français, les
gens vont répondre "why french service? You know english anyway" ou bien
"You should learn english".

Peut-être que M. Monette ne réalise pas que ses paroles sont quasiment une copie
parfaire de ce que le Canada Anglais aime entendre. Croyez-moi: un Québécois qui fait
l’affaire du Canada Anglais est rarement un bon choix pour le Québec. M. Monette est un
autre Québécois fédéraliste qui mange dans la main des anglais. Très honteux!

Dans toute la vulgarité des propos de M. Monette il avance tout de même une bonne
question: acceptons-nous de participer à un débat qui se réduit désormais à un choix
entre fédéralisme et séparatisme? En effet il y a un manque de choix dans l’arène
politique Canadienne. Il y a avait plus de choix dans les années 70, l’idée de
souveraineté-association de René Lévesque par exemple. Malheureusement le Canada
Anglais y a vu une menace.

Pour le Canada Anglais si tu es un souverainiste, tu es nécessairement un
séparatiste, un indépendantiste, un anti-Canadien. Le Canada Anglais ne voit jamais
aucune distinction entre nationalisme, souverainiste ou séparatisme, et pour le Canada
Anglais un bon Québécois fédéraliste ne doit pas montrer de sentiment Québécois.
Dire "je suis Québécois d’abord, Canadien ensuite" serait vu ici comme un
sentiment de sympathie envers les séparatistes. Quand Robert Bourassa se trouvait dans
une situation où il n’avait pas de choix que de résister aux pressions contre
l’affichage unilingue français, les anglais se mettaient à songer: oh! Est-il vraiment
un fédéraliste ou plutôt un séparatiste comme les autres?

M. Monette, tenez-vous debout! Le problème n’est pas chez les Québécois, alors
s’il-vous-plaît jetez le blâme ailleurs!

Jean Corriveau, Moose Jaw, SK
corriveau@siast.sk.ca