LES CROISÉS DE LA LANGUE II

LES CROISéS DE LA LANGUE II

Américanisation linguistique (car c’est de cela qu’il s’agit) de notre pays, la France.

NDLR – Ce texte fait suite à l’article LES CROISÉS DE LA LANGUE

à l’attention de M. Benyamin, France 2

Votre "Envoyé spécial" du 17 février contient un reportage sur " les croisés de la langue française". Je suis un de ces croisés et chaque matin je parcours à cheval les rues de ma ville en pourfendant les infidèles qui ne parlent pas françois.

Plus sérieusement, je crains, à la lecture de certains magazines de télévision, que l’on ne présente encore ce combat pour notre langue comme un combat rétrograde d’arrière garde et réservé à "retraités ou des doux dingues" (dixit Télérama)

Ce serait mal apprécier les enjeux qui sous-tendent cette question de la langue. Les associations ne se contentent pas de " défendre la majuscule ou de promouvoir le point-virgule " (dixit Télé Star). Elles dénoncent les abandons graves orchestrés ou encouragés par certains politiques et des hauts fonctionnaires en poste ou reconvertis au privé. Elles comptent parmi elles de jeunes ingénieurs, des cadres en activités, des chercheurs, des professeurs mais aussi des employés et des ménagères.

Sommes-nous de doux dingues lorsque nous dénonçons l’adoption de l’anglais par M. Claude Allègre comme deuxième langue nationale, la pratique obligatoire, en France, de l’anglais par le comité de direction de chez Renault, l’interdiction faite aux chercheurs des Hôpitaux de Paris de rédiger leurs articles en français, l’utilisation de l’anglais, par un haut fonctionnaire dans un discours fait à Bruxelles devant des députés français, l’obligation, pour certains chercheurs du CNRS de remplir en anglais des dossiers destinés à l’administration française ? Quelle élite étrangère attirerons-nous dans nos universités si nous déclarons nous-mêmes qu’il n’y a de bonne langue que l’anglaise ? Que deviendra la Francophonie ? Que deviendra le rayonnement intellectuel et politique de notre pays ? Quel impact cela aura-t-il sur notre économie? N’allons-nous pas créer une nouvelle fracture sociale entre ceux qui parlent l’anglais et ceux qui ne le parlent pas.

Je pourrais ainsi développer d’autres aspects négatifs de cette américanisation linguistique (car c’est de cela qu’il s’agit) de notre pays.

Il est surprenant que beaucoup de journalistes ne voient pas le danger que représentent, pour eux, ces abandons. Faucille leur rappeler que la langue française est leur principal outil de travail ? Pourtant, demain, tout porte à croire que l’on encouragera l’implantation de médias de langue anglaise pour perfectionner et entretenir la pratique de l’anglais par nos concitoyens. Il faudra alors des journalistes avec " English mother tongue ".

Si votre émission n’aborde pas tous ces sujets, vous aurez manqué l’occasion de servir la vérité et d’informer honnêtement les Français.

Il ne restera plus qu’à programmer un nouveau reportage…

Marceau Déchamps
dlf78@club-internet.fr

(Le 14 février 2000)