LES ÉTATS GÉNÉRAUX DU FRANÇAIS

LES éTATS GéNéRAUX DU FRANçAIS
Un président résolu, des commissaires à découvrir.

Gérald Larose n’y est pas allé par quatre chemins quand, au début de l’été, il a
lancé les états généraux du français. Monsieur Bouchard a dû sourciller et
peut-être regretter cette nomination. Il faut se souvenir que lors de l’élaboration de
la Charte de la langue française, la plus vive opposition à Camille Laurin est venue,
non des anglophones, mais du Premier ministre René Lévesque qui avait lui-même mandaté
le courageux docteur.

Lors de cette conférence de presse initiale, les Québécois de toutes allégeances et
surtout le gouvernement apprennent donc, s’ils l’ignoraient, à quelle enseigne
(française) loge le président de la commission des états généraux de la langue. Dans
sa bouche, «distinction entre neutre et pleutre» sonne comme airain; quel à propos que
cette invitation aux tenants de la fausse «harmonie francophone-anglophone à retirer
leurs 35 plaintes contre la loi 101»; en invoquant «la normalité du commerce dans la
langue du peuple», il cible un enjeu crucial. Déjà, quel bel aperçu de la sorte
d’états généraux qu’entend mener Gérald Larose!

Mais les 9 commissaires dans cette galère? De quel bois se chauffent-ils? Ont-ils des
convictions? Lesquelles? Sont-ils naturellement préoccupés par la précarité du
français au Québec même? Ce qui serait normal. Comme, à l’époque, Fernand Dumont et
Guy Rocher, ces penseurs de la Charte de la langue française. Les informations à ce
sujet sont plutôt restreintes.

Il semble y en avoir peu de commissaires qui se soient déjà mouillés activement en
faveur du fait français à part le secrétaire, Jean-Claude Corbeil, qui, dans les
circonstances, peut être vu comme le commissionnaire de la tiédeur gouvernementale.
Combien de ministres et de fonctionnaires y compris ceux de l’Office de la langue
française amenuisent la place du français pour ne pas déplaire aux anglophones
investisseurs ou non et aux mondialisateurs ou non! Le français au Québec n’est tout de
même pas un dossier ordinaire, comme l’agriculture qui veut aussi ses états généraux.
Le français c’est l’identité première de notre peuple. Il faut espérer des
commissaires avisés, non des gens de compromis. Car le français en Amérique du Nord
(parlé par moins de 2 % de la population) ne peut faire de compromis avec l’anglais sous
peine de disparaître. Ce sont les états généraux du français, non de l’anglais. Il
n’y a pas de compromis à faire si la commission veut assurer la pérennité du français
au Québec d’abord et sur le continent. Vu sous cet angle, parmi les commissaires, Gary
Richards, le président des Eastern Townshippers, semble cadrer assez mal.

à moins qu’il ait changé, Gary Richards est un modéré… comme Julius Grey, un faux
modéré. Belle façon, belle façade. être de relations publiques (sa profession
d’ailleurs), il est très fort sur les contacts personnels. Il aime les tête-à-tête
avec ses adversaires politiques et idéologiques. Un jour, il invite à dîner tel
président estrien du PQ, le lendemain le député Claude Boucher, plus tard le président
du Mouvement estrien pour le français, récemment juste à la veille du dernier congrès
des 6 et 7 mai 2000, Marie Malavoy (stratégiquement convertie au statu quo linguistique)
à titre d’aspirante vice-présidente nationale du PQ. C’est un démarcheur audacieux,
très efficace au profit des intérêts des anglophones, au mépris de ceux des
francophones, quoi qu’il en dise… qui sait promouvoir, temporiser, contourner, jauger,
se reprendre, imposer, se contenter temporairement d’un peu moins, toujours garder le cap
sur ses objectifs qui sont les mêmes que ceux d’Alliance antiQuébec.

à preuve.

• En 1994, les Townshippers de Gary Richards ont imposé la charte du Sherbrooke
Hospital (96 lits) à l’Hôpital d’Youville (380 lits), le petit avalant le gros, lors de
l’intégration des deux établissements donnant naissance au Sherbrooke University
Geriatric Institute. Aux termes de la loi, l’hôpital francophone d’Youville est devenu un
établissement relevant de la communauté anglophone de l’Estrie. Loin d’avoir perdu un
établissement de santé, comme Gary Richards s’amuse à le propager, les Townshippers ont
fait main basse sur un deuxième établissement en Estrie, l’hôpital d’Youville
aujourd’hui légalement anglophone. Sous les pressions et par les tractations des
Townshippers, Jean Rochon a aliéné ce patrimoine de la communauté francophone datant de
1870. La députée du temps, Marie Malavoy, ferma les yeux sur ce coup de force des
anglophones contre les francophones estriens. Depuis cette arnaque des Townshippers, 100 %
des offres d’emploi à l’institut de gériatrie exigent la connaissance de l’anglais et
discriminent de nombreux candidats francophones… alors qu’il y a 8 ou 9 % de patients
anglophones. Et dire que l’OLF, piétinant carrément l’article 29.1 de la Charte de la
langue française, a honteusement collaboré à cette manoeuvre townshippérienne issue du
virage ambulatoire où il a suffi du poids d’un seul anglophone pour contrebalancer
(écraser) légalement neuf francophones. Au même moment, la communauté de langue
française de l’Ontario au nombre de 600 000 perdait son seul hôpital, Montfort, alors
que les 600 000 anglophones du Québec règnent sur 63 établissements de santé dont 17
hôpitaux.

• En 1996, violant ouvertement la Charte de la langue française, les Townshippers
de Gary Richards, très actifs dans la Régie régionale et subventionnés directement par
Ottawa, avaient réussi à bilinguiser (moitié/moitié) de A à Z tout l’affichage des
établissements du CUSE. Et voguait le bilinguisme institutionnel! Pris en flagrant délit
d’illégalité, les établissements ont décroché les affiches anglaises. Pas toutes.
Démarchant fortement auprès du Premier ministre enclin à la culpabilisation, les
Townshippers ont contraint l’OLF à accepter une quinzaine d’affiches permanentes de
langue anglaise dans les établissements francophones. Cette offensive tous azimuts contre
la Charte de la langue française, malgré un demi recul, a quand même permis aux
Townshippers de Gary Richards d’introduire le principe de l’affichage bilingue dans
l’administration québécoise. C’est ainsi que, dans la santé au Québec, la Loi
canadienne des langues officielles (ignorée par neuf provinces) a préséance sur la
Charte de la langue française.

• Très actif dans l’Association touristique, le président des Townshippers a
réussi, en mai 1996, après avoir noyauté une assemblée générale, à faire tomber
l’appellation Estrie, officielle depuis 1981, et à la remplacer par l’ancien vocable
colonialiste Cantons-de-l’Est pour baptiser le guide touristique de la région. Et les
médias, incités à se conformer, ont pratiquement rayé l’Estrie de la carte et de leur
vocabulaire. En plus, ce guide à la sauce strictement townshippérienne passe sous
silence l’existence de l’université de Sherbrooke et de la cathédrale. Mais il insiste
sur l’université Bishop’s et sur une douzaine de lieux de culte anglophones. Il n’y a à
peu près rien sur les églises des catholiques francophones. à feuilleter le désormais
Guide touristique des Cantons-de-l’Est, le visiteur croit que l’Estrie est anglophone à
92 %. Alors que c’est exactement le contraire.

Les Eastern Townshippers de Gary Richards pratiquent donc des stratégies très
efficaces. Tout en se disant un ami du français, le président fait tout pour promouvoir
l’anglais et les institutions anglophones dans des proportions qui dépassent très
largement la réalité et les besoins de la communauté anglophone estrienne (8 %) au
détriment des intérêts identitaires des francophones. Mais Gary Richards est un
anglophone québécois normal, comme tous les autres, comme Bill Johnson, comme Anthony
Housefather. Il poursuit, par des moyens différents (sournois) cependant, les objectifs
d’Alliance Quebec tracés par l’éternel mentor Eric Maldoff. Les états généraux
constituent, certes, pour lui un lieu stratégique d’intervention pour s’opposer au
français et aux francophones malgré ce qu’il en dit et dira.

Ne se trompant pas de langue, le très résolu président des états généraux du
français, Gérald Larose, saura-t-il neutraliser l’action appréhendée du commissaire
Gary Richards en particulier et probablement la froideur ou l’hostilité de certains
autres commissaires? Devant les intérêts fondamentaux divergents qui ne manqueront pas
de se manifester à l’interne, le président devra être fait fort s’il aspire au titre de
second père de la Charte de la langue française. Non de son fossoyeur par commissaires
interposés.

André Carrier 819-822-2681

Sherbrooke 5 août 2000

(Texte soumis par le MEF http://www.mef.qc.ca/
)