LE RECUL DU FRANÇAIS AU CANADA – LES DEUX CÔTÉS DE LA MÉDAILLE

LE RECUL DU FRANÇAIS AU CANADA

LES DEUX CÔTÉS DE LA MÉDAILLE

LES SILENCES MENSONGERS !

«Au cours des 20 dernières années», selon Mme Sheila Copps (LeDroit du 5 octobre 1996), «le nombre de francophones à l’extérieur du Québec a augmenté» et «on compte aujourd’hui un million de francophones hors Québec». Selon Mme Copps, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes ! Qu’ont-ils donc tous, francophones comme Québécois, à se plaindre ?

Contrairement à ses prétentions, le tableau indicateur suivant sur l’évolution de la langue française au Canada hors Québec montre un net recul parmi ceux-là même qui se déclarent de langue maternelle française ! Sur 976 415 francophones de langue maternelle, près de 35% confessent parler le plus souvent anglais à la maison.

Tableau 1
évolution de la langue française
Canada hors Québec
1971-1991

Langue
maternelle
Langue
d’usage
écart %
1971 926 400 675 925 -250 475 -25,95%
1991 976 415 636 640 -339 775 -34,79%
Différence +50 015 -38 285

Source : Statistique Canada. Cat. 96-313F

Selon les données du Recensement de 1991 (tableau 2), les écarts continuent, au Canada, à favoriser l’anglais au détriment du français !

Tableau 2
Assimilation au Canada

Langue
maternelle
Langue
d’usage
écarts %
anglais 16 311 210 18 440 540 +2 129 330 +13,05
français 6 562 065 6 288 430 -273 635 -4,17
autres 4 120 770 2 265 075 -1 855 695 -45,03
Total 26 994 045 26 994 045

Source : Statistique Canada, Cat. 96-313F

Des gains faramineux de 2 129 330, soit l’équivalent du tiers de la population francophone, en faveur de la langue majoritaire, contre des pertes de 273 635 pour le français ! Ce phénomène des transferts linguistiques, mieux connu sous le vocable d’«assimilation», joue nettement en faveur de l’anglais et au détriment du français. Comment Mme Copps peut-elle ignorer ces faits ?

Le tableau suivant la contredit encore une fois sur le poids démographique et sur le pouvoir relatif des Québécois et des francophones qui ne cesse de décliner.

Tableau 3
évolution du poids relatif des
francophones et des Québécois
Canada, 1951 et 1991

Francophones
Canada et Québec
Québécois Francophones
Canada hors Québec
1951 29,0% 28,9% 7,3%
1991 24,3% 25,2% 4,8%

Source : Statistique Canada

Au plan linguistique, l’impact canadien a des effets dommageables sur l’identité francophone et québécoise. Le Canada anglicise. Lors d’une conférence qu’il donnait à Montréal le 1er juin dernier, le commissaire aux langues officielles «a parlé carrément d’un problème d’assimilation des francophones hors Québec».

Puis, devant le Comité parlementaire sur les langues officielles, le 11 juin, le Président du Conseil du Trésor, M. Marcel Massé, avouait que cette assimilation était «normale» et «naturelle» : «Que ce soit aux Indes ou que ce soit à Malawi, c’est le même processus sociologique… vous avez clairement une tendance par la majorité d’assimiler la minorité, et que plus la majorité est large proportionnellement à la minorité, plus l’assimilation se fait vite et complètement.»

Le comité ne devrait-il pas demander au ministre responsable de l’administration de la Loi sur les langues officielles de revenir expliquer comment il se fait que, dans sa propre circonscription électorale de Hull-Aylmer, mais aussi dans l’ensemble de l’Outaouais et du Québec, l’assimilation se fait non pas vers le français, mais davantage vers l’anglais ?

Mme Copps était restée étrangement silencieuse sur cette question, sauf récemment, où, devant ce même comité parlementaire, elle déclarait le 20 novembre dernier : «…suggérer que ce sont des problèmes d’assimilation est tout simplement faux.» ! Y en a-t-il un problème ou n’y en a-t-il pas ? Ou serait-ce que l’assimilation constatée est normale et naturelle !!! Encore une fois le comité ne devrait-il pas inviter de nouveau Mme Copps afin qu’elle explique ce qu’elle a voulu dire par ses propos ?

Regardons maintenant ce qu’en dit une étude du professeur John Richards de Simon Fraser University :

Tableau 4
Langue française –
taux de «persévérance» linguistique
par région et province

1971 1991
Terre-Neuve 56,5 % 45,0 %
Île-du-Prince-édouard 56,8 53,1
Nouvelle-écosse 65,9 58,3
Nouveau-Brunswick 91,2 90,3
Québec 98,4 98,8
Ontario 69,7 59,1
Manitoba 62,8 49,7
Saskatchewan 47,6 32,4
Alberta 45,9 35,2
Colombie-Britannique 26,4 26,7
Yukon 25,6 45,7
Territoires du Nord-Ouest 46,6 45,7
Reste du Canada 70,2 64,2
Reste du Canada sans l’Ontario
ni le Nouveau-Brunswick
51,3 40,8
Canada 93,8 93,8

Source : John Richards, «Language Matters : Ensuring That the Sugar Not Dissolve in the Coffee». (C.D. Howe Institute, 1996) p.9

Ces chiffres mettent en évidence le poids démesuré qu’exerce la langue anglaise au Canada.

Une citation de l’Institut C. D. Howe faite à la suite de l’étude du professeur Richards devrait faire réfléchir : «En dehors du Québec et des zones bilingues dans les provinces adjacentes, l’assimilation des francophones à l’anglais s’est accélérée au cours des deux dernières décennies, et ce, malgré l’adoption de politiques de bilinguisme officiel. En 1971, dans les sept provinces autres que le Québec et ses voisines immédiates, 51% des francophones de langue maternelle parlaient français à la maison; en 1991, cette proportion était tombée à 41 %».

Tableau 5
Connaissance du français ou de l’anglais
Canada (1991)

Langue
unique
Langue
maternelle
écart %
anglais 18 106 760 16 311 210 +1 795 550 111,01
français 4 110 300 6 562 065 -2 451 765 62,64

Source : Statistique Canada

Bien que 16 311 210 citoyens se déclarent de langue maternelle anglaise, 18 106 760 Canadiens disent ne connaître qu’une seule langue officielle, l’anglais. Le multiculturalisme canadien qui s’apparente à une forme d’assimilation culturelle remplit donc à merveille son mandat d’intégration au Canada… «anglais» ! En ce qui concerne la connaissance des langues officielles, l’unilinguisme anglais se porte admirablement bien !

Le tableau 5 permet de conclure que l’anglais est populaire chez les francophones ! Sont donc en place tous les ingrédients d’un aménagement linguistique favorable à la poursuite de l’érosion ou, au pire, de l’extinction de la culture d’expression française.

Tandis que 91,5% des anglophones du Canada sont unilingues anglais, près de 40% des francophones affirment pouvoir parler anglais. Du point de vue «canadien», le bilinguisme est sans contredit une réussite, puisqu’il permet aux anglophones de parler leur langue et aux francophones de parler la langue de l’autre ! L’harmonie règne donc sans pour autant empêcher certains de déclarer qu’il y a encore trop de français et pas assez d’anglais!

Les ravages de la dominance de la langue anglaise, bien que présents partout au Canada, sont plus palpables au «Canada hors Québec». En 1991, il n’y reste que 976 415 citoyens de langue maternelle française, dont seulement 636 640 déclarent encore parler «le plus souvent» français à la maison. Soit un taux d’assimilation incroyable de 34,80% (cf. tableau 1). Comment Mme Copps a-t-elle pu «fermer les yeux» sur cette triste réalité ? En réalité, ce taux est encore plus élevé puisque certains francophones d’origine déclarent être de langue maternelle anglaise, ayant perdu l’usage du français.

La politique canadienne des langues officielles mettant «les deux langues sur un même pied» est de la poudre aux yeux. Il faudrait plutôt dire que la politique canadienne consiste à «mettre les deux pieds sur la même langue» ! La langue française et la langue anglaise ne peuvent être traitées sur un même pied : le français exige des mesures de protection supplémentaires. Il faut plus qu’une égalité de statut…

Le professeur Richards est ferme sur ce sujet : «Préconiser le libre-échange linguistique comme substitut à une répartition territoriale de la compétence en matière linguistique constitue une forme d’échappatoire morale. Bien qu’il soit important d’élaborer un ensemble de services en langue minoritaire, il n’existe tout simplement pas de façon d’échapper à l’obligation de faire des choix explicites en ce concerne les gagnants et les perdants dans les régions de contestation linguistique. Le seul fait d’insister sur le libre-échange linguistique en tant que principe adéquat constitue déjà un choix : condamner les petits groupes linguistiques à une sorte d’extinction intergénérationnelle.»

Tableau 5B
Effet de l’anglicisation au Canada, 1991

Anglais Français Autres
Origine ethnique 9 783 193 7 168 703 10 032 145
Langue maternelle 16 311 213 6 562 062 4 120 765
Langue d’usage 18 440 533 6 288 425 2 265 073

Source : Charles Castonguay. Le Devoir, 22 août 1996.

Lorsque, sous prétexte de venir en aide «aux minorités officielles», le gouvernement canadien choisit de subventionner à coups de millions de dollars les organismes canadiens établis au Québec qui oeuvrent «très activement» à la promotion et au rayonnement de la langue et de la culture anglaises, langue et culture dominantes d’au-delà de 300 millions d’anglophones en Amérique du Nord, il choisit de créer de toutes pièces une «fausse minorité» à laquelle il fournit des moyens incroyables de faire progresser la langue de la vaste majorité là même où «la minorité francophone» doit, elle, mener une lutte de tous les instants, non pour progresser, mais pour simplement survivre. Bizarre de fair-play, n’est-ce pas ? ça, Mme Sheila Copps le tait. Pourquoi ?

Dans un avis rendu public le 31 mars 1993, le Comité des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies arrivait à la conclusion suivante : «Les citoyens canadiens anglophones ne peuvent être considérés comme une minorité linguistique.» (Article 11.1) D’un côté, le gouvernement canadien se sert de cet avis pour appuyer quelques extrémistes réclamant l’anglicisation du paysage linguistique du Québec et, de l’autre, maintient ses généreuses subventions à la pseudo-minorité anglophone oeuvrant, au Québec, au rayonnement de la langue anglaise ! «Je les applaudis de défendre leurs droits, a déclaré M. Chrétien, puisque je me suis battu pour les minorités à travers le Canada.» Le premier ministre du Canada ne peut prétendre ignorer que les anglophones ne constituent en rien une minorité !

Nous croyons que le gouvernement peut faire mieux dans le domaine de la défense de la langue française. Tout simplement en remettant les subventions versées aux organismes de promotion de la langue vastement majoritaire aux organismes oeuvrant à la «défense» de la véritable langue minoritaire, la langue française. De ça, Mme Copps ne parle pas ! Pourquoi ce silence ?

Sous les apparences d’un pays bilingue, le gouvernement canadien cache aux yeux de l’opinion canadienne et étrangère une toute autre réalité : le Canada a une langue plus officielle que l’autre, et c’est l’anglais.


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